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jeudi 30 juin 2011

Le Soldat Chamane – Robin Hobb


Je ne pensais pas le finir un jour, mais voilà, c’est fait, j’ai refermé le dernier tome du Soldat Chamane. J’avais commencé à le lire voilà déjà un bon bout de temps (deux ou trois ans au bas mot), et le temps que tous les tomes sortent et soient disponibles à la bibliothèque…

Il faut dire que comme d’habitude, le découpage français est tout ce qu’il a de plus approprié, puisqu’on passe de trois livres en vo à huit en vf :

Shaman’s Crossing
1. La déchirure
2. Le cavalier rêveur

Forest Mage
3. Le fils rejeté
4. La magie de la peur
5. Le choix du soldat

Renegade's Magic
6. Le renégat
7. Danse de terreur
8. Racines

Vous allez dire que je me répète, mais quand même, couper les bouquins en trois... En deux parties, je veux encore bien le tolérer, que ce soit pour des raisons de coûts et parce que d'un point de vue purement matériel, un volume de 600 pages, ça se manie moins bien et ça s’abime plus vite.

Mais sur le dernier tome, les volumes atteignent à peine les 300 pages chacun, et le découpage casse complètement l’intrigue. C’est juste ridicule. Mais trêve de mauvaises manières éditoriales, parlons plutôt du contenu.


Le Soldat Chamane est une histoire qui n’a rien à voir avec l’Assassin royal et confrères. Elle se déroule dans un monde complètement différent, pas du tout médiéval. On est plutôt à quelque part dans les Temps Modernes, avec une bonne louche d’interrogations sur la colonisation pour faire bonne mesure.

On y suit les pas de Jamère, un fils de nouveau noble destiné à une carrière militaire, qui va se retrouver contre son gré en plein milieu d’un conflit entre son pays, la Gernie et les peuplades « primitives » qui vivent à ses frontières, les Ocellions, dont les forêts barrent la route des voies commerciales.

S’il y a un point à saluer dans ce cycle de Robin Hobb, c’est d’abord l’univers. Je pense qu’elle prenait quand même des risques en changeant radicalement d’univers (elle a quand même construit sa renommée actuelle sur un seul univers, qu’elle a repris depuis d’ailleurs), mais pourtant elle réussit dans le Soldat Chamane à prouver qu’elle peut créer autre chose.

Elle délaisse les châteaux pleins de recoins et les navires marchands pour un univers qui évoque bien plus la conquête de l’Amérique, la confrontation entre les colons (ici les Gerniens, extrêmement puritains à leur façon à cause de leur société très traditionaliste) et les indiens (les Ocellions, vu comme des sauvages mais qui ont une civilisation toute aussi développée, centrée autour de leurs Opulents qui pratiquent la magie).


Mais le problème, c’est qu’au milieu de ce bel univers tout neuf, elle nous colle un Fitz bis. Mais en pire. A ceux qui n’ont jamais fini l’Assassin Royal parce qu’ils n’en pouvaient plus de ce héros à qui toutes les misères du monde arrivent et qui passe son temps à se lamenter sur son sort, vous n’aimerez pas plus Jamère, héros du Soldat Chamane, j’en ai peur, puisqu'il souffre des mêmes tares.

Ca ne serait pas désagréable (personnellement j’aimais beaucoup Fitz) s’il n’était pas en plus désespérément bête et borné. Pour reprendre (approximativement) une expression de J.K Rowling, la vérité pourrait danser toute nue sous son nez avec le cache théière de Dobby qu’il ne la verrait pas !

C’est dommage, parce qu’il a des bons côtés, comme un sens du devoir tout à fait admirable, même quand il se retrouve au fond du gouffre. Et il a la particularité d’être un héros obèse à partir du deuxième tome (donc 3-4-5 en français), ce qui est assez original et mérite d’être signalé.

Mais surtout dans les premiers tomes, il m’est arrivé d’avoir envie de lui hurler un « mais enfin c’est évident ! », tellement son aveuglement me fatiguait. Et comme le récit se fait à la première personne, on est un peu obligé de le supporter.


Heureusement, comme dans tout Robin Hobb, l’intrigue est prenante, et la narration très fluide, ce qui fait qu’on dévore littéralement les tomes, et qu’on passe tout de même un bon moment de lecture. La Madame s’y entend pour écrire de la bonne vieille fantasy avec ce qu’il faut de rebondissements, et d’univers étranges à découvrir.

Le problème, c’est que pas mal de thèmes ont un air de déjà-vu, notamment le fait que Jamère soit « incomplet », spécificité qui est en passe de devenir un classique chez Robin Hobb (entre Fitz et Kennit, ça faisait déjà beaucoup).

Bref même si ce nouveau cycle avait un bon potentiel au départ, et se lit facilement, je ne suis pas loin d’être convaincue. La qualité va en s’améliorant heureusement, et le tome 3 (donc 6-7-8) m’a semblé le plus intéressant, même si la fin un peu trop mielleuse et qui n’en finissait pas a bien failli avoir raison de moi !

Autant dire que c’est une lecture à réserver aux périodes de vacances, en empruntant les tomes à la bibliothèque, ou en les lisant en anglais pour faire des économies !

CITRIQ

mardi 28 juin 2011

Single Father (mini-série)


Avertissement : Compte tenu de l'acteur principal de cette série, l'auteur a préféré ne pas illustrer outre mesure cet article pour ne pas baver dessus des heures durant et endommager son matériel informatique.

Non ne cherchez pas, à un moment au mois de mai, je me suis rendue compte que j’allais bientôt être à court de Doctor Who, et qu’il allait falloir me trouver un substitut (qui ne date pas des années 60 et est en noir en blanc, j'aime William Hartnell mais quand même !), du coup je me suis penchée sur ce que mes Doctor préférés avaient fait d’autre.

Du coup j’ai récupéré Single Father et Casanova pour le sieur Tennant, et j’ai aussi l’adaptation de Sally Lockhart pour Matt Smith (y’a Billie Piper qui joue dedans, le monde de la TV anglaise est un vrai mouchoir de poche !).

Single Father se penche sur comment un père (Dave, vu qu'il est joué par notre Doctor favori, ils ne se sont pas foulés sur le prénom) et ses cinq enfants gèrent leur deuil après la mort de la mère, Rita (c’est la fille qui jouait Door dans Neverwhere) dans un accident de la route. Ce n’est vraiment pas le genre de chose que je regarde en temps normal, mais que ne ferait-on pas pour les beaux yeux de David Tennant ? *siffle*.

A part le premier épisode vraiment bizarre (pourquoi revenir deux fois sur la mort de la mère alors que c’est déjà traumatisant la première fois ?), j’ai trouvé cette mini-série en quatre épisodes tout à fait honorable, et très juste dans son ton : elle est triste, mais on ne tombe jamais dans le larmoyant. Et si certaines intrigues laissent penser à un développement à la Dallas, le dénouement est finalement très humain.

Ceci dit je pense que le scénariste un peu fumé en concevant la famille, parce que c’est tellement compliqué comme famille recomposée que je suis allée lire l’article Wikipedia pour m’y retrouver à la fin du premier épisode ! Imaginez un peu que Rita et Dave ont eu trois enfants ensemble, mais chacun a ramené dans l’équation un enfant.

Lucy, celle de Rita, ne connait pas son père biologique et veut absolument le retrouver à la mort de sa mère. Tanya est la fille qu’a eu Dave de son premier mariage, qui elle-même a eu un bébé à quinze ans. L’ex-femme de Dave traine aussi dans les parages, ainsi que la famille de Rita, mais attention, Rita a été adoptée, pour compliquer encore les choses !

Du coup en quatre épisodes, on a à peine le temps de faire le tour de tout le monde, ce qui est un peu le défaut de cette mini-série. Ca et la gestion du temps : on a une ellipse de 10 semaines dans le premier épisode, puis tout s’enchaine sur une durée ridicule de deux ou trois semaines (l’histoire d’amour va vraiment vite en besogne d’ailleurs).

Ceci dit, les acteurs sont très bons. Ca m’a fait tout bizarre de voir un David Tennant très posé qui ne court pas partout (en comparaison dans Doctor Who on dirait un gamin qui a mangé trop de sucre !), mais qu’est-ce qu’il est émouvant et touchant (et adorable, et craquant, et qui n’aurait pas envie de le consoler, mais je m’égare).

Les enfants sont aussi très bons dans leur genre, je les ai trouvé très vrais (typiquement Lucy fait tellement bien l’ado en pleine crise que j’avais envie de lui coller deux baffes), et j’adore quand ils se disputent entre frères et sœurs, ils ont des répliques énormes parfois.

Bref si comme moi vous êtes en manque de David Tennant, sachez que Single Father peut combler ce vide, au moins pour quelques heures (quatre, pour être exact). Bon, sans TARDIS, c’est tout de suite moins fun, mais c’est assez rigolo de le voir jouer un type normal (parce qu’à part Doctor Who, je ne le connaissais que dans Harry Potter et Barty Croupton Jr. n’est pas vraiment un type normal !).

Sinon pour la petite anecdote, la meilleure amie de Rita est jouée par Suranne Jones, qui elle aussi de toutes les séries anglaises ma parole. Quand elle a joué dans Doctor Who (Idris dans The Doctor’s Wife), je n’ai absolument pas fait le lien avec la Mona Lisa dans The Sarah Jane Adventures. Et même en voyant son nom au générique de Single Father, je ne l’ai pas reconnu pour autant (à ma décharge, elle est blonde et habillée normalement dans cette série, ça change). 

Je dois avoir des problèmes de vue. Ou bien j'étais trop concentrée sur David *siffle*.

dimanche 26 juin 2011

Joe Hisaishi en concert


L’inconvénient, quand on aime les musiques de films, c’est que un genre qui se produit assez peu en live, et qu’on doit se contenter de l’écouter au cinéma (ce qui est un immense plaisir en soi) ou bien chez soi, en CD ou en mp3 (achetés légalement bien sûr !). Et quand bien même certains concerts ont lieu, quelle est la probabilité d’avoir le compositeur sur scène ?

Il y a quelques années, il y a eu un concert d’Ennio Morricone à Paris, où il dirigeait lui-même l’orchestre, un rêve… évidemment, c’était en semaine, je faisais mes études à Grenoble, et les places étaient hors de prix. J’en ai encore des regrets. Alors quand j’ai vu passer l’annonce d’un concert de Joe Hisaishi à Paris, avec Joe Hisaishi lui-même aux commandes, j’ai sauté sur l’occasion.

Pour ceux qui ne situent pas bien qui il est, Joe Hisaishi est un compositeur japonais que l’on retrouve dans pratiquement tous les films d’Hayao Miyazaki (de Nausicaä à Ponyo en passant par Chihiro, Totoro, Mononoke et le Château ambulant…) et pas mal de films de Takeshi Kitano (Hana-bi et l’Eté de Kikujiro entre autres, je n’ai toujours pas vu les films mais les BO sont très belles).

Je suis toujours admirative devant son travail, car si ce sont ses grandes envolées symphoniques dans Princesse Mononoke qui m’ont attiré, il arrive aussi à faire des choses sublimes avec un simple piano, ou mieux encore, avec des percussions (toujours dans Princesse Mononoke, jetez un œil au morceau Battle Drums).

Entre autres choses, il a composé une nouvelle bande-originale pour le Mécano de la Générale, de Buster Keaton, lorsque le film est ressorti en salle en version restaurée il y a quelques années, et pour l’avoir vu en salle, le résultat est superbe (et diablement entrainant).

Bref Joe Hisaishi, concert, Paris, j’ai sorti la carte bleue, et me voilà au Zénith le jeudi 23 au soir !


Pour le coup ils n’avaient pas fait les choses à moitié, un bel orchestre symphonique et deux chœurs (d’ailleurs tout ce blanc facilite grandement les photos), mais il fallait bien ça pour rendre toute la splendeur des musiques de Hisaishi.

Le programme était tout à fait alléchant (du Miyazaki, du Kitano, le Buster Keaton et quelques titres que je ne connaissais pas), et après les applaudissements de rigueur et une petite présentation (il s’agit d’un concert caritatif pour le Japon), il met la barre très haut dès le début avec Nausicaä.

Ca va être ma minute râlage et on n’en parlera plus, ce qui m’a énervé pendant ce morceau, c’est le bruit de fond des gens qui finissaient de s’installer. Bien qu’ils aient ouvert les portes très tôt et que le concert ait démarré avec une bonne vingtaine de minutes de retard, pendant tout ce morceau, ça a été le festival des derniers arrivés, les gens obligés de se lever, l’ouvreuse qui réclame son pourboire.

A vous donner des envies de meurtre, heureusement ça avait cessé au morceau suivant, sans quoi vous auriez entendu parler de moi au journal télévisé ! D’autant plus qu’il a enchainé avec Princesse Mononoke, BO qui peut toujours potentiellement vous coller des frissons dans certains passages et je n'aurais pas aimé qu'on me le gâche.

Evidemment, pour chaque film, il ne joue pas la BO entière, mais un meddley des thèmes les plus connus (principalement The Legend of Ashitaka, The Demon God et la chanson du film pour celui-ci), qu’on réécoute avec plaisir. Un petit bémol sur la chanson chantée en anglais, j’aime autant la version japonaise, mille fois plus jolie même si je ne comprends pas les paroles !

Je ne vais pas tout vous détailler, c’était un vrai bonheur pour les oreilles d’entendre ces morceaux en live. D’ailleurs en rentrant, ma playlist Hisaishi a remplacé celle de Murray Gold (oui je sais, c’est à peine croyable), mais les musiques que j’écoute me semblent bien plus creuses en version CD.


J’ai beaucoup apprécié le Mécano de la Générale parce que les extraits qui correspondaient étaient projetés en même temps, ce qui donnait un côté ciné-concert tout à fait charmant. D’autant plus quand les gens se laissaient absorbés par le film et riaient aux facéties de Buster Keaton.

De tous les morceaux, celui qui a bien failli me tirer les larmes était Summer (l’Eté de Kikujiro), une musique déjà sublime en temps normale. L’orchestration un peu différente l’a carrément fait monter d’un cran, ce que je ne n’aurais pas pensé possible. D’ailleurs je ne dois pas être la seule à avoir été conquise, ça s’est carrément ressenti au niveau des applaudissements.


Chose marrante, Joe Hisaishi ne se contente pas de conduire l’orchestre, il joue la plupart des parties piano lui-même. Du coup on le voit tout à coup partir vers son piano, et la première fois j’ai cru que l’orchestre allait arrêter de jouer (bah oui, c’est un peu comme si le conducteur d’une voiture sortait de son véhicule quoi xD), et en fait non. D’ailleurs il dirigeait à moitié de son piano des fois, c’était rigolo.


Bref ce type est un héros, et j’aime beaucoup comment il s’adapte aux morceaux, autant il est très sérieux sur certains, autant sur les Miyazaki il a un air très guilleret !

Le concert devait se terminer sur Ponyo (histoire de finir sur une note très positive et une musique pouvant potentiellement rester dans votre tête toute la nuit !), évidemment, vu l’enthousiasme de la salle, nous avons eu le droit à un bis et un ter.

Le morceau Ashitaka to San (avec une très belle partie piano bien sûr), ce qui était déjà un superbe cadeau, et pour ceux qui résistaient encore au charme de ce compositeur (y’en-avait-il seulement ?), Mon voisin Totoro en guise de conclusion.


Voilà, j’espère vous avoir bien fait baver, c’était un très chouette concert, comme quoi la musique de film n’est pas à réserver qu’aux salles de cinéma. Et c’est tellement mieux sans les danseuses bavaroises !

Pour ceux qui veulent un compte-rendu un peu plus détaillé, je vous conseille le compte-rendu du Geeksinvaders (à qui j’ai emprunté les vidéo), qui a nettement mieux reconnu les musiques que moi et pris de bien plus belles photos ^^.

vendredi 24 juin 2011

Batman : Silence - Jeph Loeb & Jim Lee


Je suis toujours un peu perdue dans les rayons BD des bibliothèques que je fréquente, si bien qu’à part quand je cherche une référence précise, je pioche souvent sur les présentoirs de nouveautés et coups de cœurs. C’est comme ça que j’ai mis la main sur l’intégrale de Batman : Silence.

En fait, j’avais commencé à lire cette série il y a quelques années, alors que l’intégrale n’existait pas, mais la bibliothèque n’ayant que le tome 1, j’avais dû finir ma lecture en version accélérée en librairie. J’en gardais une très bonne impression, et pouvoir la relire à tête reposée dans son intégralité était diablement tentant.

Mazette, j’avais oublié que cette série était une telle bombe ! Du pur Batman, avec tout ce qu’il faut de noirceur, tout en étant plus accessible qu’un Frank Miller (j’adore son Dark Knight, mais c’est nettement moins facile à lire que Silence).

Alors que Batman est occupé à sauver un otage de Killer-Croc, la rançon est dérobée par Catwoman, qui la remet à Poison Ivy, pendant que Batman manque de peu d’y laisser la peau. A peine remis sur pied par un ami chirurgien, il se rend bien compte que cela ne ressemble pas à ses chères némésis, et qu’il y a sans doute quelque chose de bien plus complexe derrière.

D’autant plus que c’est bientôt toute la tribu de ses ennemis qui se permet de faire une apparition : le Joker et Harvey Quinn, l’Epouvantail, Ra’s Al’Ghul et j’en passe des meilleurs. Ce n’est pas un mega-crossover, on reste dans Batman, mais quand toute la Bat-family bien faire une apparition (Oracle, Nightwing, le troisième Robin) et même Superman (dans un moment tout à fait épique), il y a de quoi jubiler quand on connait l’univers de Batman.

Il serait facile de se planter sur l’histoire avec autant de personnages, au contraire, l’intrigue est très bonne. J’avoue que j’ai tout de suite compris qui était derrière (ceci dit, l’ayant déjà lu une fois, il est possible que j’ai gardé quelques réminiscences), mais ça n’empêche pas de prendre grand plaisir à le voir se dévoiler.

Silence est une histoire très riche, qui met en perspective le personnage de Batman au travers de tous ses antagonistes et de ses alliés (la confrontation avec le Joker est fascinante en cela). De nombreux flash-backs sur le passé de Batman se glissent ici et là, et la narration est assurée par l’homme chauve-souris lui-même, ce qui donne une sacrée profondeur au comic.

L’histoire est portée par un dessin qui est juste magnifique (avec des flash-backs rendus dans un style bien plus simple mais tout aussi beau), autant dire que c’est un vrai plaisir à lire et à dévorer des yeux. 

C’est bien simple, entre le dessin, l'histoire et le casting gigantesque, je suis restée scotchée tout au long de ma lecture. Jeph Loeb est vraiment un scénariste que je vais garder en tête.

CITRIQ

mercredi 22 juin 2011

Doctor Who – The Movie (1996)

 

Pendant que j'avance doucement dans les aventures en noir et blanc du Doctor (j'arrive à la fin de la saison 2 !), j’ai fait un grand bond dans le temps et je me suis attaquée au cas particulier du huitième Docteur, dont la (très) courte existence télévisuelle se limite à un seul et unique téléfilm (!) américain (!!) sorti en 1996. En fait, destiné à relancer une série arrêtée depuis 1989, il aurait été suivi d'une série s'il avait été un succès. Ca n’a pas été le cas. C'est presque un soulagement.

J’ai une certaine indulgence pour les canards boiteux, encore plus lorsqu’il s’agit de Doctor Who (il le faut pour revoir les vieilles saisons où on voit passer des fourmis avec des pieds humains et des poulpes en peluche sur fond en carton peint), mais il faut être honnête, ce film est un gros navet. Sa plus grande réussite est encore de m’avoir fait pleurer de rire dans certains passages tellement c’est nul. Si si, c’est possible.

Ca commence déjà (raconté en voix-off par le Doctor) par le Master qui a été jugé et exécuté par les Daleks (oui parfaitement, ils jugent les gens !), et qui a demandé que ses restes soient ramenés sur Gallifrey par le Docteur. Evidemment, c’est un piège, les cendres du Master ne restent pas tranquilles et s’échappent sous la forme d’une gelée maléfique (si si, de la gelée maléfique, parfaitement !), et le TARDIS tombe en panne à Los Angeles le 30 décembre 1999, juste avant le passage à l’an 2000.

Là-dessus, le septième Docteur meurt dans un enchainement de circonstances complètement stupides (glisser sur une peau de banane et se fracasser la tête contre le mur aurait été moins ridicule), régénère, et part sauver la Terre bien évidemment menacée par le Master avec l’aide de Grace, son assistante du moment.

Pour la subtilité on repassera, et le scénario traine un sacré lot d’incohérences (le Docteur est à moitié humain ?!) ou de détails n’ayant aucun sens. Ajoutez à ça le côté mélodramatique plus que poussé de cette nouvelle incarnation (on m’avait parlé d’une drama queen pour le huitième Docteur, c’est plus qu’approprié), on comprend que le film n’ait donné suite à rien, surtout que certains détails pourraient vous faire tiquer.

C’est à voir si vous avez envie de rire un bon coup, mais c’est à peu près tout son intérêt. Je vous recommande l'intro, qui peut faire peur...


Et voilà les meilleurs morceaux (les bons comme les mauvais), pour ceux qui n’ont pas peur des spoilers :


Commençons par la mort du Docteur : alors qu’il sort de son TARDIS, il se retrouve en plein milieu d’un règlement de compte et de se fait tirer dessus, ça commence bien. Un des survivants appelle une ambulance, on l’emmène à l’hôpital… notez que les balles ne l’ont pas tué jusque là.

Mais voilà, ils trouvent que son cœur bat bizarrement, alors on décide d’introduire une sonde pour voir ce qui ce passe, on l’emmène au bloc, on l’anesthésie, et figurez-vous que c’est l’opération qui le tue ! Et devinez qui l’opère : Grace, qui sera sa compagne pour l’épisode !

Si certains compagnons sont indirectement responsables de la mort d’un Docteur, c’est tout de même la première à le tuer franchement ! On comprend mieux pourquoi le Docteur préfère partir à l'aventure en Grande-Bretagne...


Comme toujours, la régénération du Docteur ne se fait pas sans accroc, et il se réveille amnésique dans une morgue. Evidemment, il faut que ce soit un soir d’orage, et qu’il se retrouve très vite dans une aile abandonnée de l’hôpital, vêtu en tout et pour tout d’un drap, à hurler « Who I am ? » à genoux les bras levés vers le ciel…

Rassurez-vous, il s’habille ensuite en se servant dans les vestiaires de l’hôpital, comme d’habitude…


The Doctor : A meteor storm... the sky above us was dancing with lights ! Purple, green, brilliant yellow... yes !
Grace : What ?
The Doctor : These shoes ! They fit perfectly !

Un des rares passages vraiment qui fait vraiment DW, mais ça ne dure pas longtemps. Cinq minutes après, il embrasse Grace. Deux fois. *pars se pendre*


Et voilà le deuxième passage le plus DW du film : un échange entre Grace, le Docteur et le Master (mais comme il porte des lunettes de soleil sur ses maléfiques yeux verts, personne ne sait que c’est lui), alors qu'elle est persuadé que c'est un fou (le Docteur) et essaye de le faire interner.

Grace : He likes me to call him Doctor.
The Master : Well…
Grace : You know Freud had a name for that.
The Master : Transference.
The Doctor : Yes. Very witty, Grace. At least Freud would have taken me seriously.
Grace : He would have hung up his pipe if he’d met you.
The Doctor : Actually, we did meet.
Grace : Oh ! That’s right ! He’s a Time Lord !
The Doctor: We got on very well.
Grace: Did you know Madame Curie too ?
The Doctor: Intimately.
Grace: Did she kiss as good as me ?
The Master : As well as you.

Par la suite il y a quand même quelques références rigolotes à la série en général, et ce Docteur-là aime à faire des prédictions aux gens qu’ils rencontrent, ce qui a un certain charme.

Le final par contre, c’est un peu n’importe quoi, quand à la conclusion…


Oui, ils s’embrassent, sous les feux d’artifice, à minuit le 1er janvier de l’an 2000. Ouch.

Mais tout de même il y a un bon point à ce film, enfin un truc que j’ai adoré, c’est le TARDIS dont l’intérieur est vraiment chouette  :

 


Pour le coup, l'intérieur où se mélange style très XIXe, architecture médiévale et console moderne, c'est la classe !

lundi 20 juin 2011

Dehors les chiens, les infidèles - Maïa Mazaurette


Je pense que ce livre doit se trouver dans les bibliothèques de bon nombre de blogueurs vu la quantité de concours qui ont permis de le gagner pour les dix ans de Folio SF. Pour ma part, je n'en ai gagné aucun, Olya (qui est une sacrée veinarde !) en a gagné deux, et m'a gentiment fait don du second. Je la remercie donc grandement au passage.

Dehors les chiens, les infidèles s’ouvre (et tire son titre) d’une sympathique citation qui met tout de suite dans l’ambiance :
« Dehors les chiens, les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres. Moi, Jésus, je suis l’étoile brillante du matin »
Apocalypse de Jean, XXII, 15-15
L’histoire se situe en effet dans un univers médiéval (presque Renaissance, à en juger par certains détails) apocalyptique, un peu comme si la fin du monde était arrivée en l’an 1000.

En effet, dans ce monde médiéval où s’affrontent sans cesse les forces de la lumière (le royaume d’Auristelle et sa sympathique Sainte Inquisition) et celles des Ténèbres (l’Occidan noir, ses sacrifices de vierges, son Antépape, je vous laisse imaginer le reste) le ciel s’est assombrit au point d’en cacher le soleil le jour où Galaad, héros de la lumière a perdu la légendaire Etoile du Matin.

Depuis trois générations, les hommes vivent dans les ténèbres, ce qui n’est pas sans conséquence : le froid, la faim, et des enfants souvent malformés. Un véritable hiver nucléaire qui ne dit pas son nom ! Malédiction divine, c’est tellement plus joli.

Tous les cinq ans, Auristelle envoie donc en Quête un groupe de cinq adolescents pour essayer de retrouver l’Etoile du Matin et mettre fin à cette malédiction, et c’est un de ces groupes que l’on va suivre.

L’histoire démarre sur les chapeaux de roues (enfin disons qu’on rentre dans le vif du sujet directement), si bien que j’ai un peu pensé à la Horde du Contrevent (une bande de gamins envoyée dans une quête impossible, ça ne vous rappelle rien ?). Et puis en fait pas du tout.

De manière assez surprenante, on dévie très vite de cette idée de quête, et dans un enchainement de combats et de complots, on dévore littéralement les quatre cents pages de ce roman en prenant à peine le temps de respirer.

J’aime bien de temps en temps lire un pur page-turner, et Dehors les chiens, les infidèles correspond tout à fait ce genre de lecture. L’histoire est prenante, ce qui est un énorme avantage, mais l’univers aussi a quelque chose de fascinant.

Une fin du monde médiéval, des gens au bord du gouffre qui n’ont plus que la religion à quoi s’accrocher, le pouvoir temporel et spirituel qui essayent de se manipuler l’un et l’autre… au milieu de tout ça, les Quêteurs se révèlent tous des personnages plein de nuances.

Ce ne sont pas forcément des personnages qu’on peut aimer (surtout Astasie !) mais ils ont tous quelque chose de fascinant : de lourds secrets pour certains, un esprit tellement rivé sur une certaine définition du bien qu’il côtoie clairement la folie et l’obscurité, sans parler du fait qu’ils se prennent tous un grand pain dans la gueule (physiquement ou mentalement, souvent les deux) à un moment ou un autre.

On ne peut pas dire que l’auteur leur mène une vie facile, et même Spérance qui est de loin la figure la plus classique et la plus simple, se démarque du stéréotype avec quelques réflexions sympathiques sur le final.

Autant dire que c’est un roman que j’ai lu (que dis-je, je l’ai dévoré) avec plaisir, d’autant plus que ce n’est en aucun cas le premier tome d’une série en quinze volumes (du moins je ne le crois pas).

On y trouve tout ce qui fait un bon roman de fantasy, non sans une certaine pointe d’ironie envers certains clichés du genre dans certains passages (notamment quand Spérance s’étonne de ne pas savoir quoi faire alors que les héros dans les histoires le savent toujours !).

Et l’univers post-ap façon médiéval est tout à fait savoureux. Discrètement, on y retrouve une bonne partie des codes du genre, bien qu’ils ne soient jamais nommés. Je vous renvoie aux articles de mes collègues de lecture, il y en a qui ont un avis bien précis sur la question !

Lu en lecture commune avec : Cachou, Endea, Guillaume, Julien, Lhisbei, Nelfe, Val

Et comme je ne suis pas la seule à lui trouver un petit parfum de post-ap, ça m’en fera un de plus pour le challenge Fins du Monde (et sans zombies cette fois-ci !)

CITRIQ

dimanche 19 juin 2011

Le Chat du Rabbin (film) - Joann Sfar et Antoine Delesvaux


Qu’est ce que ça fait du bien, les bouffées d’air frais dans le genre ! Si le temps maussade vous donne le blues, si l’état du monde vous colle le cafard, si les informations le matin vous donnent envie de vous recoucher, prenez le temps d’aller voir ce film, c’est un petit rayon de soleil indispensable !

J’avais commencé à lire la BD Le Chat du Rabbin il y a bien longtemps (une série avec un chat pour héros, signé Joann Sfar, comment résister ?), mais comme les derniers tomes sont bien évidemment très demandés à la bibliothèque, je n’ai jamais eu l’occasion de la finir.

Mais j’avais beaucoup aimé les premiers tomes, pleins d’humour, mais aussi parfois justes émouvants. Ca peut paraitre bizarre pour une série qui parle beaucoup de religion, mais le ton est très juste, le maitre mot étant tolérance, dans cette Alger des années 1930 où toutes les religions du Livre se côtoient.


On suit les traces d’un chat, le chat d’un rabbin d’Alger plus précisement, qui un jour dévore le perroquet de sa maitresse (même s’il le niera toujours) et se retrouver doté de la parole. Le rabbin lui interdit alors de fréquenter sa fille, vu qu’il n’est pas un bon animal (en plus, il ment).

Le chat, de son côté, aimerait bien pouvoir retourner dans les bras de sa maitresse, et décide qu’il doit se convertir au judaïsme et faire sa bar-mitsva afin que son rabbin accepte qu’il recommence à fréquenter sa fille. Oui, c’est aussi fou que ça, et ce n’est que le premier tome.

Le film adapte les cinq tomes de la série de façon assez condensée, non sans quelques raccourcis (de ce que j’ai pu en juger, le mariage de la fille du rabbin est complètement laissé de côté notamment), mais ça reste tout à fait fidèle à la BD et on y retrouve tout à fait l’atmosphère.

Il faut dire que Joann Sfar est aux commandes, d’où un scénario respectueux et un style graphique presque identique (c’est vraiment la BD mise en images), à vous donner envie d’aller visiter l’Afrique. Tout est tellement coloré et lumineux, et ce côté orient rêvé en plus… L’ambiance musicale y est aussi pour beaucoup, d’ailleurs (BO achetée juste après le film, ça ne vous surprendra pas).


L’histoire est peut-être un poil décousu, à l’image de son précédent film sur Gainsbourg, mais on suit les pérégrinations du Rabbin et de son chat avec plaisir. Comme dans la BD, on parle beaucoup de religion, mais avec beaucoup d’humour, et de surtout, de tolérance.

Le personnage du chat est tout simplement excellent, je suis fascinée à quel point il fait chat : adorable, mais profiteur, menteur, parfois cruel, ce qui ne l’empêche pas de beaucoup aimer ses maitres. Il est doublé par François Morel qui fait un chat extrêmement convaincant. Si je n’avais pas déjà vu sa tête en vrai, je jurerais que c’est un chat qui fait ses chroniques sur France Inter le vendredi matin !

Les discussions entre le Rabbin et son chat sont assez cocasses (mais parfois aussi très émouvantes), mais les plus beaux échanges, ce sont ceux entre le rabbin et le cheikh, qui m’avaient déjà marqué dans la BD et qui sont juste magnifiques.

Si tout le monde voyait la religion de la même façon qu’ils conçoivent la leur (et perçoivent celle des autres), on vivrait sur une planète sacrément différente. Leur amitié, leurs péripéties pendant leur traversée de l’Afrique, tout cela est vraiment délicieux (avec mention spécial au « caméo » du Congo…).


Je n’ai pas pu couper à la 3D du Chat du Rabbin hélas. C’est tout à fait supportable (comme tous les films d’animation), et cela donne un relief étagé plutôt joli. Mais bon soyons honnêtes, ça ne sert à rien dans le film (à part rendre vraiment bizarre certains passages où tout défile vite), sinon à augmenter le prix du billet.

Menfin 3D ou pas, c’est un très joli film plein d’humour et de choses vraies, alors n’hésitez pas à aller le voir, surtout si vous aimez les chats !

Film vu avec Elysio (c'est comme ça qu'on se retrouve le samedi midi à fabriquer un étui à lunettes 3D dans une boite de céréales au lieu d'aller faire ses courses), qui pour une fois a posté son avis après moi !)

vendredi 17 juin 2011

Vendredi ou les limbes du Pacifique - Michel Tournier


Quand j’étais plus jeune, j’ai lu et relu Vendredi ou la vie sauvage de Michel Tournier. J’adorais ce roman qui réécrit l’histoire de Robinson Crusoé à sa sauce (est-ce une forme de fanfiction, je vous laisse méditer sur le sujet). Un jour, j’ai lu Robinson Crusoé (le vrai), et j’ai nettement moins aimé d’ailleurs…

Il faut dire que Vendredi ou la vie sauvage prend l’histoire de Robinson Crusoé complètement à l’envers. Si le début est le même, la situation bascule au milieu du bouquin. Dans l’ouvrage de Defoe, c’est Robinson qui « civilise » Vendredi, et finit par rentrer riche en Angleterre (oui je vous spoile la fin, en même temps c’est un classique !). Chez Tournier, c’est pratiquement le contraire.

J’ai découvert un jour que Vendredi ou la vie sauvage était une version expurgée pour la jeunesse, tirée d’un autre roman, Vendredi ou les limbes du Pacifique, et comme le bouquin m’est passé entre les mains au Marché au Livre, je me suis dit : « Pourquoi pas ? ».

C’est vrai ça, pourquoi ne pas lire autre chose que de la SFFF pour une fois ? Si je me pose la question de temps en temps, je me suis bien rappelée la réponse en lisant ce roman. Il y a presque un côté frustrant à buter sur un texte adulte alors que la version jeunesse passe bien.

Il faut dire que dans Vendredi ou les limbes du Pacifique, pratiquement chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe contient un symbole, une réflexion, une idée… Je n’ai rien contre le fait de réfléchir en lisant, bien au contraire, mais je vous avoue que j’ai vite été noyée dans les délires métaphysiques de Robinson sur l’île (et même les délires métaphysiques de Robinson avec l’île), qui font que de se rendre d’un point A à un point B prend des pages et des pages…

(qui ne sont pas mises à profit pour caser cinq collations hobbits, quatre descriptions de paysages et deux chansons à boire et un poème de 150 vers sur l’histoire de Beren et Luthien, ça j’aurais apprécié)

Je crois que j’ai vraiment du mal avec ces romans où les idées prennent le pas sur le récit, ce que j’aime lire, c’est des histoires (avec quelques idées derrière, bien sûr), et l’histoire ici est un peu noyée sous le reste. La version jeunesse (que mon prof de français considérait presque avec dédain) est donc bien plus adaptée pour moi.

On va dire que c’est parce que j’ai su rester jeune dans ma tête.Et le premier qui prétend que c’est que c’est parce que la SFFF que je lis en si grande quantité est une littérature d’ados, je le décapite avec mon sabrolaser, en toute simplicité :D

mercredi 15 juin 2011

Je challenge, tu challenges…

Je crois qu’il y a une grande vérité dans la vie : malgré toute la résistance dont on peut faire preuve, on finit forcément à succomber à quelque chose. Tenez ça fait à peu près six mois que je n’ai pas acheté de thé histoire de vider les vieux restes dans mon placard. Et j’ai à peine acheté deux livres depuis début mai.

Mais voilà, du coup, je suis frustrée, et je succombe à des challenges. Je commence à arriver au stade où je dois me faire une liste à quelque part pour en garder la trace d’ailleurs ! Je suis en effet toujours en course dans le Middle Earth Challenge (et je compte bien en venir à bout), et je mange du zombie –entre quelques légumes irradiés pour les Fins du Monde de Tigger Lilly.

Ca fait un petit moment que je me suis inscrite au Challenge Jules Verne d’Isil même si je n’ai pas encore décidé de ce que j’allais lire.

Et puis en à peine deux semaines, j’ai craqué sur deux autres :


Summer Star Wars Episode V

A ma décharge, Lhisbei m’a inscrite de (F)force, mais j’ai même pas protesté, deux jours plus tard j’empruntais mon premier space-opera à la bibliothèque. Pour ceux qui auraient raté le concept, il s’agit de lire du space-opera pendant l’été, avec cette année une ouverture au planet-opera. C’est bien dommage, le cycle de Tyranaël de Elisabeth Vonarburg, je l’ai déjà lu !

Pour le moment, j’ai déniché un space-opera de Scott Westerfield (Succession que ça s'appelle), et ça me fera une bonne occasion de lire les livres que j'avais reçu dans le cadre du swap Star Wars (Fondation et Hypérion pour ne pas les citer), et comme j’ai très envie de me lire un ou deux romans dérivés de Doctor Who cet été, je vais voir si je ne peux pas en dénicher un qui colle au challenge, parce qu’il ne faudrait pas lire des livres trop sérieux cet été non plus !

Pour ceux que ça intéresse, ça se passe ici. Mais ce n'est pas tout !


Défi martien

A côté de ça, j’ai aussi signé pour le Défi martien chez Guillaume / Traqueur Stellaire, parce que je suis retombée amoureuse de la planète Mars en mars en lisant le Grand livre de Mars de Leigh Brackett. Comme j’avais prévu de relire les Chroniques martiennes, ça me fera un bon prétexte pour m’y mettre.

Et puis il n'y a pas de limite de temps, comme expliqué ici

Bon et après promis, je me calme !

lundi 13 juin 2011

X-Men : First Class - Matthew Vaughn


Le titre français est en fait X-Men : le commencement, mais j’ai un peu de mal avec la VF, je sais bien que tout le monde n’est pas bilingue, mais des fois, ils gagneraient à garder la version originale (enfin, ça pourrait être pire, ça pourrait être les Hommes X !).

Mais laissons cette éternelle problématique de côté pour parler de ce nouveau film sur les X-men, qui au lieu de poursuivre la première trilogie, se la joue à la George Lucas. L'action se situe donc avant les précédents, mais rassurez-vous, la numérotation ne devraient pas changer !

La première série de films X-men m’avait laissé un souvenir assez mitigé : le premier était correct mais sans plus, le second plutôt chouette et le troisième était un tel bordel qu’il ne m’a laissé aucun souvenir, si ce n’est la (très belle) BO. J’ai zappé le spin-off sur Wolverine, qui m’inspirait un peu, mais First Class me tentait bien.

Déjà l’idée de départ, revenir aux sources, est toujours une bonne astuce pour renouveler l’univers (ça a très bien marché pour Batman). Et le fait que Matthew Vaughn soit aux commandes était pour moi un gage de réussite, vu qu’il avait plutôt bien géré l’adaptation de Stardust et rondement mené celle de Kick-Ass.

(pour faire une parenthèse - c'est Cachou qui me contamine -, je me permettrais de signaler d’ailleurs que pour avoir revu le film Kick-Ass il n’y a pas longtemps, c’est incroyable à quel point aussi violent et subversif qu’il soit, il fait très soft et consensuel comparé au comic)

Je ne suis pas une fine connaisseuse de l’univers X-men (ma connaissance se limite aux films et au dessin animé qui passait à la télé dans ma folle jeunesse), je suis donc incapable de juger la fidélité au comic, mais je trouve que la cohérence avec les autres films est plutôt bien conservée. Même si tout ne colle pas parfaitement, on est plus dans la prequel que dans le reboot, et ça fonctionne plutôt bien.

Nous voilà donc dans les années 60, à regarder les débuts de Charles Xavier (qui marche et arbore une sacrée tignasse sur le crâne) et de Magneto, leur rencontre, leur amitié, les premiers mutants qu’ils rassemblent et forment, le tout sous fond de guerre froide.

Je vous avoue tout de suite (et je vous spoile vaguement l’intrigue) que ma seule déception se trouve dans le fait que les méchants de l’histoire sont de méchants mutants. Certes, je comprends bien qu’il leur fallait des gens aussi puissants pour taper dessus (sinon le combat n’aurait pas été très loyal ou pas très impressionnant).

Mais si l’origine des X-men se trouve dans le fait qu’il existe des méchants mutants à tabasser (et pour le coup ce sont des méchants très méchants et c’est tout), je trouve qu’on tourne en rond pour ce qui est du propos. Mais si ça se trouve c’est déjà comme ça dans les comics.

Si on laisse ce petit point négatif de côté, le reste est impeccable, surtout la relation entre Charles et Eric, qui est orchestrée avec brio (et de très bons acteurs). Tout est très nuancé, et même si on sait bien que fondamentalement Magneto  = méchant et Professor X = gentil, ils ont chacun leur part d’ombre, et il m’est arrivée d’être plus en accord avec Erik que Charles.

(et ça va sûrement donner lieu à des tonnes de slash en fanfiction à mon avis, à peu de chose près ça aurait pu faire une grande histoire d’amour xD)

Les premières recrues de nos deux lascars sont plutôt sympathiques, avec mention spéciale à Mystique dont j’ai trouvé le parcours tout à fait cohérent. Les autres ne sont pas tellement développés que ça (c’est le propre des films avec beaucoup de héros), et cela reste assez classique, mais c’est tout à fait acceptable.

Que dire d’autre ? Comme dans tout film X-men, on a le quota de pouvoirs divers et variés, de la baston, de grandes scènes de batailles qui sont pratiquement toutes dans la bande-annonce, et une musique bien bourrine signée Henry Jackman. A noter aussi deux cameo bien rigolos que je vous laisse découvrir.

Le résultat est un très bon divertissement bien dosé, avec ce qu’il faut de passages drôles (avec quelques clins d'oeil aux évènements à venir), de dialogues qui fusent, et de scènes d’action qui claquent. Un bon film pop-corn, mais avec une petite valeur ajoutée qui fait qu’on y reviendrait avec plaisir. C’est un peu banal de dire ça (en se basant sur à peine trois films) mais c’est juste un pur film de Matthew Vaughn, et j'aime définitivement ce qu'il fait.

Une fois n'est pas coutume, c'était une séance de groupe (même que ça ressemblait à une rencontre PI qui ne disait pas son nom xD). Tout le monde ne blog pas, mais vous pouvez aller consulter l'avis d'Elysio).

samedi 11 juin 2011

Fantômes et farfafouilles - Fredric Brown


D’habitude je ne suis pas aussi à la bourre pour chronique les lectures du Cercle d'Atuan, mais le début du mois de juin a été plus que rempli, et j’ai un peu de mal à me motiver pour m’occuper de mes chroniques en retard.

Mais ce n’est pas une raison pour laisser de côté Fantômes et farfafouilles, ce sympathique recueil de nouvelles lu au mois de mai, et qui se passera de résumé, du fait de son statut de recueil, justement. Quarante-deux nouvelles de SF/fantastique plutôt humoristique, c’est forcément un signe !

(et on s’en fiche complètement que le Guide Galactique soit sorti bien plus tard, je suis sûre que le 42 est tellement fort que sa présence résonne à travers l’espace et le temps !)

Je ne me suis pas trop renseignée sur le personnage qu’est Fredric Brown (je sais juste qu’il est connu comme auteur de SF humoristique) ou les circonstances d’écriture de ses nouvelles, mais ses écrits ont le parfum des récits de fiction coincés entre la page sport, les mots croisés et les faits divers dans les journaux.

Ce sont des récits courts (certains font à peine trois pages), et principalement des nouvelles à chute, avec une conclusion pleine d’humour (noir), en général. Côté thématique, on oscille entre SF et fantastique, avec des nouvelles qui ne relèvent ni de l’un ni de l’autre. En vrac, on rencontre des monstres, des aliens, des voyages dans le temps, des fous, deux trois blagues un peu grasses, des meurtres… il y en a pour tous les goûts, en fait.

C’est le genre de nouvelles plaisantes à lire sur le pouce, quand on a juste cinq minutes pour tourner quelques pages. Fredric Brown est un très bon nouvelliste qui sait parfaitement poser une situation en peu de lignes et retourner la situation à la fin. Certaines conclusions sont très prévisibles, mais ça n’enlève rien au plaisir de la lecture.

Certes les jeux de mots se perdent beaucoup en français, malgré les efforts du traducteur, mais ça reste très drôle, grâce à un humour très noir et très riche en ironie, mon genre favori !

Le problème est sur l’enchainement. Comme toutes les nouvelles ont grosso modo la même structure (bien que chacune soit différente de l’autre), les lire à la suite, sachant qu’elles sont très courtes et qu’il est facile d’en lire une dizaine en moins d’une demi-heure, peut assez vite lasser.

Là-dessus, je pense que le recueil n’est pas idéalement conçu, puisqu’on dirait que les nouvelles ont été classées par ordre de taille, les plus longues (celles qui prennent leur temps et du coup diminuent l’impression de répétition) se trouvant toutes remisées à la fin du recueil. Un peu plus d’alternance n’aurait pas fait de mal.

Mais ça reste néanmoins une lecture plaisante. Je ne vais certainement pas m’amuser à détailler les 42 nouvelles, mais j’ai beaucoup aimé toutes celles qui jouaient du voyage dans le temps (et particulièrement Sombre interlude), parce que le voyage dans le temps, c’est biiien (et même sans le Doctor !)

On trouve des choses très intéressantes dans le registre du fantastique (avec une mention spéciale aux Farfafouilles), de la SF rigolote (Pas encore la fin, Moi Flapjack et les martiens, ou le Dessinateur), ou des choses plus inclassables lorsqu’il s’essaye au conte (Barbe luisante ou Trois petits hiboux).

J’en oublie sûrement en route d’ailleurs… en tout cas c’est un recueil intéressant, je comprends mieux pourquoi c’est un auteur que je retrouve souvent cité comme « classique » de la SF. Bien sûr, certaines nouvelles ont un univers un peu désuet qui fait son âge, mais c'est tout à fait délicieux !

Avis des autres atuaniens : Cachou, Elysio, Endea, Iluze, Tigger Lilly

CITRIQ

jeudi 9 juin 2011

Sexe ! Le trouble du héros - Alexandre Mare


A partir d’aujourd’hui, quand j’aurais des requêtes tordues sur Google qui conduisent à mon blog, je saurais au moins d’où elles viennent, vu le titre de cet ouvrage… Entre ça et certaines illustrations, c’est un plaisir à lire dans le métro, on passe son temps à se planquer pour éviter les regards des voisins !

Mais il faut reconnaitre que le concept du livre a quelque chose d’irrésistible, et que le menu, particulièrement déjanté, est tout simplement alléchant : outre la sexualité de tous ces bons vieux super-héros (Batman, Superman et cie), Sexe ! aborde aussi celle des Schtroumpfs, de King Kong, de l’homme invisible et de Alerte à Malibu, entre autres.

Ceci dit on est loin de la séance de psychanalyse, l’auteur pose d’ailleurs les bases dès la première page :
Ce livre n’est ni un manuel de psychanalyse, de philosophie, d’anthropologie ou de quoi que ce soit d’autre. Il est le résultat d’un travail où je me suis efforcé de faire des recoupement, a priori, improbables entre des héros de fiction et les réalités du monde. […] Les connaisseurs et les spécialistes des disciplines citées plus haut trouveront peut-être les analyses peu orthodoxes. C’est certain.
En effet, bien que s’appuyant sur de solides références (enfin, de ce que je peux en juger), l’auteur s’amuse clairement à son sujet, et ne cherche aucunement à rendre une étude complexe et exhaustive de son sujet.

Il suffit de voir comment certains héros sont expédiés (ce pauvre James Bond a le droit à seulement deux pages où il est associé à Barbe-Bleue), ou comment le sujet est parfois circonscrit à son plus simple avatar (pour Conan, il ne s’appuie que sur le premier film, de même qu’il parle beaucoup des films de Nolan pour Batman).

Ceci dit, ça fait tout l’intérêt de ce livre qui se lit avec plaisir, vu qu’il ne se prend pas la tête. Il aborde ses différents d’étude un peu comme ça lui chante, et si on pourrait hurler à certaines mises en parallèle, elles sont amenées avec un tel aplomb qu’on en rigole.

En fait, il fait un travail assez similaire à celui que semble faire Antoine Bueno quand il passe la société des schtroumpfs au crible des sciences politiques et qu’on en parle dans tous les journaux (comme par ici pour ceux qui ont raté l’histoire).

Pour avoir entendu le monsieur défendre son point de vue à la radio l'autre matin, son propos aurait pratiquement pu s’appliquer ce bouquin. Sauf qu’ici on parle sexualité (à quelque part, ça choque moins les consciences, et accessoirement Alexandre Mare n'est sans doute pas aussi médiatisé).

D’ailleurs, le premier chapitre de Sexe ! porte sur les schtroumpfs. Il met en parallèle le village des petits êtres bleus avec les utopies communautaires du XVIIIe-XIXe siècle où chacun a sa place (« le Schtroumpf paresseux est la preuve qu’on doit, aussi, s’adonner à la contemplation et à la farniente »).

Je vous révèlerais pas les secrets de la sexualité schtroumpf (allez donc lire le livre, mais sachez que toujours selon les mêmes idéaux communautaires, le mariage ne créé que des frustrations), mais c’est assez rigolo à lire, et ça peut radicalement changer votre vision des schtroumpfs (en même temps, envisager leurs histoires d’un point de vue sexuel est traumatisant en soi, manquerait plus qu’on s’occupe du cas de Tintin après !).

Je ne vais pas développer sur tous les chapitres, ils sont plus ou moins intéressants selon les héros passés en revue, ainsi que ce qu’on connait à leur sujet (ma connaissance des Marx Brothers est trop infime pour vraiment y comprendre quoi que ce soit…).

Voilà quelques morceaux choisis par ci par là :
Tarzan, que l’on pensait être l’homme le plus libre et le plus à même de tirer parti de son corps, apparaît de ce fait, être l’exemple type de celui qui se refuse à toute sexualité. Comme si Tarzan sublimait l’inactivité sexuelle pour faire cesser de hurler « en lui » ses conflits intérieurs.
(Tarzan)

En effet, et le voyeurisme en est d’autant plus provocant, l’homme invisible est nu. C'est-à-dire qu’il vit, qu’il marche, qu’il se bat, qu’il se dissimule, qu’il jouit de son voyeurisme nu. […] Un exhibitionnisme invisible.
(L'homme invisible)

A ce paradoxe s’ajoute que, vraisemblablement, le groupe de sauveteurs se détache en deux catégories qui vont non seulement définir pour chacun d’entre eux la durée de leur séjour sur la plage mais aussi, par conséquent, leur valeur d’héroïsme. Cette séparation distincte se fait dans la manière d’envisager la proximité sexuelle.
(Alerte à Malibu, un des meilleurs chapitres)

Dans l’ensemble, c’est une lecture très distrayante, érudite sans être assommante, et juste assez ubuesque dans les parallèles qu’elle trace pour qu’on s’amuse beaucoup au fil de la lecture. Bref, si vous avez toujours voulu connaitre tous les détails de la vie sexuelle de Superman, n’hésitez pas !

CITRIQ

mardi 7 juin 2011

Lavinia - Ursula K. Le Guin


Ca fait un bon moment que j’ai acheté le dernier roman d’Ursula Le Guin, mais je cherchais une bonne occasion pour me lancer dedans. En finir avec les concours me paraissait un très bon prétexte, même si ce n’était peut-être pas la période idéale.

En effet, je préfère prévenir d’entrée de jeu, je n’ai pas autant apprécié ce livre que j’aurais dû. Il faut dire aussi que j’ai eu la bonne idée de le commencer en attendant de passer devant le jury du concours, ce qui n’a pas aidé du tout vu le stress qui s'accumulait peu à peu.

En plus, j’avais entendu et lu tant d’éloges sur ce livre que de ne pas tomber immédiatement amoureuse de lui m’a beaucoup perturbé, et j’ai un peu passé le restant de l’histoire à chercher ce qui en faisait un chef d’œuvre au lieu d’apprécier la lecture en elle-même…

Du coup je me retrouve avec un bilan pas aussi enthousiaste que je ne l’aurais pensé, alors que ce livre n’a rien fait pour mériter ça. Je n’aurais pas dû le faire trainer autant, je pense. Mais vous n’êtes pas là pour m’entendre raconter ma vie, parlons plutôt du contenu.
Une fille lui restait, seule héritière de sa maison et de ses vastes domaines, bien en âge de prendre un époux. Plusieurs princes du vaste Latium et de l’Ausonie tout entière briguaient son alliance.
Avec cet exergue (dont je vous épargne la version latine), Ursula K. Le Guin quitte le terrain de la science-fiction pour s’approcher de celui du roman historique, en s’attaquant à un texte, on ne peut plus classique, l’Eneide de Virgile, et en le réécrivant du point de vue de Lavinia, la femme qu’épouse Enée en débarquant dans le Latium.

Vos cours de latin ne sont qu’un lointain souvenir, voir vous n’en avez jamais eu. L’Enéide est un peu aux romains ce que l’Iliade et l’Odysée sont aux grecs, un poème en vers épique avec en bonus la volonté d’inscrire l’Empire romain dans une sorte de continuité mythologique.

En effet, il raconte les mésaventures d’Enée, un prince troyen fils d’Aphrodite, qui après moult péripéties, débarque dans le Latium (l’Italie quoi), fondera un royaume, deviendra l’ancêtre de Romulus et Remus (les fondateurs de Rome), et accessoirement inscrira Auguste dans cette filiation en rattachant la famille de Jules César à cet illustre ancêtre.

C’est un grand classique de faire ça, je crois qu’on roi de France a fait la même chose plus tard avec encore un autre prince troyen qui fuit Troie en flammes pour aller s’installer ailleurs. Quoi de mieux pour créer ainsi une légitimité dynastique. L’Eneide ne se résume pas qu’à ça, ceci dit, mais comme je suis loin de l’avoir lu dans son intégralité, je laisserais d’autres en parler.

Lavinia reprend donc la matière de l’Eneide, mais dans une interprétation très personnelle et très féminine surtout, puisque le narrateur n’est autre que Lavinia, qui nous raconte sa jeunesse, l’arrivée des Troyens et les guerres qui en découlent, puis, continuant là où s’arrête l’Eneide, son mariage avec Enée, et le reste de sa vie.

En soi, c’est un exercice exemplaire de réécriture, qui s’attache à donner vie à une époque qu’on ne connait pas forcément bien, celle de la Rome avant l’Empire, et même d’avant la République. On a souvent tendance à confondre civilisation grecque et romaine, mais Ursula Le Guin pointe parfaitement les différences entre les deux.

Cela se voit surtout au niveau de la place des femmes (bien moins enfermées dans leurs quartiers), et en matière de sentiment religieux. On est ici plus dans une religion du quotidien, avec des dieux qui sont moins des êtres supérieurs que des puissances tutélaires là en permanence.
En Grèce, le grand Homère dit que ce sont les dieux qui allument les flammes. En Italie, la jeune Lavinia dit que le feu est le dieu.
C’est donc un plaisir de plonger dans cette ambiance, d’autant plus que Ursula Le Guin est comme toujours une très bonne conteuse. Il ne se passe pas grand-chose, et pourtant, on plonge dans l’histoire avec plaisir, parce que c’est bien raconté.

Bien qu’ayant un cadre assez strict pour les personnages, elle arrive à leur donner une vie et une épaisseur, que ce soit Lavinia, son père (tous deux sont vraiment caractérisés par leur piété) ou Amata (la mère folle de Lavinia).

Mais ce roman resterait juste classique s’il ne jouait pas sur la réalité de l’histoire, en confrontant Virgile et Lavinia. Cet échange complètement surréaliste (même pour de la fantasy) entre un auteur et sa création fait presque toute la saveur de l’ouvrage. Leurs dialogues sont parmi les plus émouvants de l’ouvrage, et le fait que Lavinia se considère donc comme un personnage de fiction peut vous travailler un moment.
Le poète l’a fait vivre, vivre grandement : il doit donc mourir. Moi, à qui le poète a donné si peu de vie, je peux continuer. Je peux vivre et voir le nuage sur la mer à la fin du monde.
En fait, ce qui m’a sûrement dérouté par rapport à la production habituelle de Le Guin (surtout les derniers que j’ai lu, que ce soit les Chroniques des Rivages de l’Ouest ou le cycle de l’Ekumen), c’est que le texte m'a paru moins riche en idées.

Bien sûr, on trouve dans les propos de Lavinia des choses très intéressantes, notamment sur la guerre vue du côté des femmes. Mais le sous-texte est moins riche que d’habitude, sans doute limité par l’histoire d’origine, et c’est sans doute ce qui m’a manqué le long de ma lecture. Il y a finalement assez peu d’ouverture, l’histoire est fermée sur elle-même.

Ca n’enlève rien au roman, ceci dit. C’est un récit prenant, une très belle réécriture qui donne envie de se plonger dans le texte original (qui est sûrement bien moins abordable), et c’est très bien écrit, comme toujours avec Ursula K. Le Guin (le fait que ce soit un roman d’elle est gage de qualité, de toute façon), mais il me laisse un petit goût d’inachevé.

Mais c’est souvent le cas quand on se fait de très grandes espérances. Cependant rassurez-vous, je l’ai tout de même lu avec beaucoup de plaisir, et je vous le recommande chaudement.

Ce livre a été lu en lecture commune avec Cachou.

CITRIQ

dimanche 5 juin 2011

Doctor Who 6x07 – A good man goes to war


Je pense qu’on pourrait sous-titrer cet épisode « Doctor Who rencontre Star Wars », parce que c’est de loin l’épisode le plus space-opera qu’on ait pu voir depuis six saisons. Scénaristiquement, il est assez bizarre (et c’est loin d’être la plus brillante réalisation de Moffat), mais visuellement il a un panache incroyable, et il déborde de petits trucs qui mis à la chaine, en font un très bon épisode.

Si vous ne l’avez pas encore vu, fuyez, parce qu’évidemment, les spoilers sont au rendez-vous (normal, River Song est là).

- I wish I could tell you that you'll be loved. That you'll be safe and cared for and protected. But this isn't a time for lies. What you are going to be, Melody... is very, very brave.
Nous retrouvons donc Amy qui a eu son bébé, une fille, et qui se retrouve contrainte à l’abandonner, non sans lui tenir un petit discours pour la rassurer (discours qui joue toujours sur une certaine ambiguïté, on ne sait pas trop si elle parle du Doctor ou de Rory pendant un moment, et comme d’habitude je me fais avoir).

Et pendant ce temps, Rory habillé en centurion romain se farcit les Cybermen, rien que ça : 


A se demander qui est le plus bad-ass des deux, Rory ou le Doctor ? En tout cas, des vaisseaux spatiaux de partout, des explosions, des grands discours, c’est bien Starwarsien tout ça. On trouve aussi le quota d’aliens (ou équivalents) d’ailleurs…


On rencontre une Silurian qui vit à l’époque victorienne et vient de dégommer Jack l’éventreur à l’épée, quoi de plus normal. On pourrait facilement imaginer un spin-off sur ses aventures avec sa copine humaine Jenny (qui n’est pas LA Jenny, j’avais des doutes au début quand j’ai su qu’il y aurait une Jenny dans cet épisode…).

- Will I be OK ?
- Of course you will, my boy. You'll be up and around in no time ! And perhaps one day you and I shall meet on the field of battle, and I will destroy you for the glory of the Sontaran Empire.
Et puis on a aussi un Sontaran infirmier, formidable personne aussi dont les répliques sont à mourir de rire. Le Doctor semble en pleine campagne de recrutement, d’ailleurs, pourquoi s’arrêter là…

- This is The Battle of Demons Run. The Doctor's darkest hour. He'll rise higher than ever before and then fall so much further.
Rory s’en vient récupérer River Song, mais celle-ci ne peut venir pour le moment. La scène est cependant extraordinaire complexe, pleine de sous-entendus, et quand on la re-regarde après coup, tout à coup tout prend du sens. J’ai tilté sur le fait que ce soit son anniversaire personnellement.

- If that man is finally collecting on his debts, God help you.
Et on finira par un monsieur tout bleu dans une cantina déserte, receleur d’informations et de marchandises diverses (encore une fois, on nage en plein space-opera), qui se retrouve à son tour avec un TARDIS qui l’attend.

Ca fait finalement assez peu de monde pour une armée, en même temps le Doctor est habitué à sauver la situation avec trois bouts de ficelle et un chewing-gum, rien d’étonnant à ce qu’il se contente de ceux qui lui seront le plus utiles…

- Hello everyone ! Guess who !
En parlant du Doctor d’ailleurs, il faut bientôt attendre la moitié de l’épisode pour le voir apparaitre. C’est marrant parce que l’épisode pose clairement le fait que le Good man est le Doctor, et on le voit finalement assez peu au milieu de sa troupe.

Je ne voyais venir à trois kilomètres qu’il serait un des moines sans tête, mais c’est bien drôle, typiquement Doctor-esque, et bien évidemment il ne peut s’empêcher de faire des plaisanteries débiles !

Evidemment, tout cela est un plan bien calculé de sa part, qui sème la zizanie entre les moines et l’armée de clercs, parce que oui, il s’agit de la même armée que du double épisode sur les anges. C’est très intéressant ça et tellement peu mis en valeur que ça cache sûrement quelque chose. A la base ils semblaient quand même assez gentils (et heureux de bosser avec le Doctor), et là ils sont contre lui ?


Ce n’est pas grave, l’essentiel, c’est que les moines sans tête ont des grandes capuches et des épées lumineuses, la grande classe quoi ! Ca n’a pratiquement aucun impact sur le scénario, mais ça conforte l’ambiance Star Wars

- This ship is ours, m'lady !
Et pour couronner le tout, on revoit nos pirates de l’épisode 3, youhouh ! Purement gratuit, mais très fun. En fait, cet épisode me rappelle beaucoup le final de la saison 4, où Russel T. Davies avait fait revenir tous ses personnages. Du coup l’histoire est un peu bancale, mais on ne s’en rend pas compte, tellement on apprécie les cameos. Et donc, grâce à tout ce joyeux monde :
- Demons Run is ours without a drop of blood spilled. My friend, you have never risen higher !
Oui, nous sommes à la moitié de l’épisode, et l’histoire est comme conclue, un peu comme si Moffat avait conçu ce double épisode à l’envers et avait mis la fin avant le début. Ou s’il manquait un épisode entre le 6 et 7, celui où on voit réellement le Doctor planifier tout ça…

Forcément, c’est louche, mais ce n’est pas l’heure des questions. Plutôt celle des retrouvailles de la joyeuse bande. D’abord Amy, Rory et leur petite Melody, puis le Doctor. C’est tout mignon, et le Doctor leur sort même un joli berceau…

(A votre avis, il faudra combien de temps avant que quelqu’un le fabrique pour de vrai pour les jeunes parents fans de DW ?)

- Doctor, it's our baby. Tell us something. One little thing.
- It's mine.
- What is ?
- The cot. It's my cot. I slept in there.
C’est marrant ce passage, ils créent encore une ambiguïté sur qui est le père de Melody lorsque le Doctor sort son « It’s mine » avant de s’expliquer. Ca vire au running gag cette affaire, même s’il y a des révélations sur l’enfant qui font que ce n’est pas si simple…

Oui l’enfant est bien celui d’Amy et Rory, mais il a certainement été conçu dans le TARDIS, et a récupéré des gènes de Time Lord dans l’affaire, ce qui explique l’intérêt qu’il suscite. D’ailleurs, la petite Melody a été récupéré bien trop facilement, et pour citer cette chère Madame Kovarian :
- Oh, Doctor. Fooling you once was a joy... but fooling you twice, the same way, it's a privilege.
J’ai mis un long moment à comprendre, pendant un moment je me suis dit « Amy est encore une Ganger ? » sans comprendre en quoi ça permettait de récupérer la gamine, et puis pouf, le bébé se change en liquide. Y’a pas que le Doctor qui s’est fait avoir deux fois. Et cette pauvre Amy, si elle ne finit pas complètement traumatisée…

Pendant ce temps, River déclame un très joli poème. Elle est très douée pour les narrations en voix-off, ça me rappelle la fin de Forest of the Dead.
'Demons run when a good man goes to war.
Night will fall and drown the sun when a good man goes to war.
Friendship dies and true love lies.
Night will fall and the dark will rise when a good man goes to war.
Demons run but count the cost.
The battle's won but the child is lost.’
Et d’ailleurs, la voilà qui se pointe. Vu la tenue, on dirait qu’elle provient d’une époque proche de ses aventures dans The Impossible Astronaut, mais c’est difficile à dire. En tout cas elle est sûrement plus jeune que celle vue au début de l’épisode (qui savait), même si paradoxalement elle semble plus vieille…

Un peu normal, elle ne vient pas pour rigoler mais pour faire la leçon au Doctor.

When you began, all those years ago, sailing off to see the universe, did you ever think you'd become this ? The man who can turn an army around at the mention of his name ? Doctor ?
C’est un passage dont j’ai encore du mal à digérer toutes les implications. C’est assez surprenant que ce discours vienne de River qui est quand même une tueuse dans l’âme (les Daleks la supplient, n’oublions pas). Mais c’est peut-être aussi celle qui le comprend le mieux.

On retombe dans la même veine que l’histoire de la Pandorica, à force de parcourir l’univers, le Doctor fait théoriquement le bien, mais inspire aussi la peur à tous ses ennemis (qui sont au moins aussi nombreux que ceux qu’ils sauvent), au point qu’ils cherchent à tout prix à l’éliminer, à tout prix.

On quitte vraiment le domaine de la série pour tomber dans celui du feuilleton, parce que tout est lié depuis le début de la saison 5 (les failles, l’explosion du TARDIS, la Pandorica et les Silence, et même River), mais pour le moment, on n’y voit pas bien clair, à part sur l’identité de River…


J’adore la tête du Doctor, et toute sa gestuelle quand il comprend qui elle est, et j’imagine parfaitement ses pensées quand il regard Rory et Amy (il doit demander à Rory la permission de prendre Amy dans ses bras, alors pour avoir le droit de fréquenter sa fille !).

Pendant un moment, j’ai cru que Moffat allait nous planter là après que le Doctor ait compris et ait filé avec son TARDIS pour sauver la petite Melody, sans nous révéler à nous la vérité (qu’on commence à soupçonner sérieusement), mais finalement non.

- It's your daughter's name in the language of the forest.
- I know my daughter's name.
- Except they don't have a word for "pond". Because only water in the forest is the river.
D’ailleurs je ne sais pas si vous avez remarqué, mais si on remet ça dans le contexte et qu’on admet logiquement que la gamine du premier épisode est Melody/River, c’est la deuxième fois qu’Amy pointe un pistolet sur sa propre fille. Faut qu’elle fasse attention à ne pas en faire une manie !


Et donc oui je tourne autour du pot, mais River est bien la fille d’Amy et Rory, révélation à la Star Wars inclue ! Ca ne m’a pas tant surpris que ça, vu les indices qui trainaient. A un moment de l’épisode, je me disais aussi que Melody Pond / River Song, on était à la limite de l’allitération.

En soit ce n’est pas très important (elle pourrait être la fille de Machin et Bidule, ça serait pareil), mais ça éclaire deux choses. D’une part, elle est morte pour assurer sa propre naissance (bah oui, si le Doctor était mort dans la Library, elle n’existerait pas), et accessoirement, on comprend mieux pourquoi elle connait Amy et Rory (parce qu’on l’a déjà croisé à des moments différents de sa vie, et elle n’a jamais eu besoin de présentation).

Ensuite, en toute logique c’est elle la gamine astronaute, et ce serait elle qui tuerait le Doctor, après avoir été élevée par Mme Kovarian ? Ce n’est pas nouveau, on s’en doutait sérieusement, mais vers quoi se dirige-t-on ?

Le Doctor ne peut mourir, ça serait la fin de la série, donc il va contourner le problème, mais comment ? En réécrivant toute l’histoire ? Mais dans ce cas, ne risque-t-il pas de réécrire sa vie avec River ? Et les Silence dans tout ça (parce que je refuse de les perde de vue moi, même si on en parle plus) ?

On aurait peut-être un début de réponse à l’automne avec la suite de cet épisode, et j’avoue, avec un titre comme ça, ça fait très envie !


En tout cas je trouve que c’est un bon épisode de coupure, puisqu’il contient son lot de révélation sans pour autant tout éclaircir, et ne finit pas sur un cliffhanger de malade. Bien sûr, on a envie de voir la suite, mais on se serait arrêté la semaine dernière, j’aurais été nettement plus sur les dents.

J'ai beaucoup aimé son côté « bigger on the inside » aussi, avec tous ces personnages qui ont l'air d'avoir une longue histoire avec le Doctor, mais dont on sait finalement peu de chose, de la fille de Gamma Forest à la Silurian en passant par le Sontaran infirmier, on imagine toutes les aventures que le Doctor a pu vivre entre les épisodes qu'on voit à la télé, ça fait rêver tout de même !