dimanche 16 décembre 2012

The Hobbit : An Unexpected Journey - Peter Jackson


Cela fait tout bizarre, de replonger ainsi en Terre du Milieu presque dix ans après la sortie du Retour du Roi. J’avais l’impression de retrouver les mêmes gens assis à côté de moi, tant tous avaient la tête d’un fan qui a attendu dix ans pour avoir son adaptation du Hobbit !

Je vous avoue que j’étais un peu inquiète avant la séance : en dix ans, les goûts, ça évolue, et entre le découpage en trois films (pour un roman de 300 pages !) et les trailers parfois un peu inquiétants, je m’interrogeais sur le résultat. Mais finalement, en rangeant le livre au placard trois heures durant, on passe un très bon moment.


APERCU GENERAL
(garanti sans spoilers)

Ce n’est pas comme une adaptation du roman de Tolkien qu’il faut considérer ce premier film Le Hobbit, mais comme la prequel de la trilogie des films de Peter Jackson. Et à ce titre, c’est une réussite à tout point de vue.

Cela se voit dès le prologue du film, qui s’amuse à merveille à nous refaire l’introduction de La communauté de l’Anneau. Avec une belle séance flash-back épique et des scènes qui font joliment le lien entre les deux films, on se remet immédiatement dans le bain.

Même si le ton est un peu plus léger, il y a donc une réelle continuité : on retrouve les mêmes décors, les mêmes acteurs pour bon nombre de protagonistes (et pour les autres, Martin Freeman fait un Bilbo jeune tout à fait crédible notamment), la même façon de filmer… et la musique, bien sûr, cite abondamment certains motifs du Seigneur des Anneaux.


Autant dire qu’on n’est pas du tout dépaysé. Peter Jackson a vraiment recréé son petit monde, et s’est fait plaisir se faisant, comme s’il avait moins de contraintes cette fois-ci. Il semble en vouloir toujours plus : plus de flash-backs historiques, plus de beaux paysages, plus de nains et même plus de chansons ! (et une version longue encore plus longue, probablement !)

Du coup, quand on a aimé Le Seigneur des Anneaux, on retombe immédiatement sous le charme. C’est beau, c’est épique, c’est drôle, que demander de plus ? Si vous aimez la trilogie de Peter Jackson, ce film vous ravira. Si ce n’est pas le cas, vous n’aimerez pas plus ce Hobbit à mon avis.

Pour ma part j’ai passé un très bon moment cinéma, qui a été suivi par un sympathique débriefing entre amies à la sortie (qui m’a rappelé le bon vieux temps). Le film est un peu longuet par moment, mais ça reste un grand spectacle et une très belle réalisation en matière de film de fantasy. J’ai été ravie de retrouver son univers, et il s’en tire tout à fait honorablement question adaptation.

J’ai cependant un peu de mal à arrêter définitivement mon avis, car n’ayant vu finalement qu’un tiers de film, toutes mes questions n’ont pas trouvé leur réponse. Il me faudra voir les trois films pour fixer mon opinion sur cette nouvelle trilogie. Ce qui ne devrait pas être un supplice, bien au contraire !


PINAILLAGE
(garanti 100% spoilers et 100% trop long)

Ma plus grosse inquiétude vis-à-vis de ce Hobbit, ce n’était pas vraiment la façon dont Peter Jackson allait l’adapter (après tout, il s’en était tiré plus qu’honorablement pour le Seigneur des Anneaux), mais plutôt la façon dont il allait remplir deux puis trois films avec un roman aussi court.

Ce petit malin est donc allé chercher des idées ailleurs pour enrichir l’histoire, notamment dans L’expédition d’Erebor (publié dans les Contes et légendes inachevés et dans Le Hobbit annoté), qui développe tout l’arrière-plan du Hobbit (autrement dit pourquoi Gandalf a lancé les nains dans leur expédition, et ce qu’il faisait lorsqu’il ne trainait pas avec eux).

C’est une bonne idée, surtout que cela permet d’aligner habilement le Hobbit (un texte à la base assez décalé dans l’univers où il se déroule) sur Le Seigneur des Anneaux, plus sombre et plus vaste. Ca donne vraiment un côté « prequel » bien pensé, cohérent et très sympathique.

Après, pour ce qui est de l’adaptation, comme toujours, il y a des choses qui m’ont plu, d’autres moins. C’est très subjectif, mais je ne peux m’empêcher de vous faire une petite liste des bons et des mauvais points, du moins pour moi.

Ce que j’ai aimé :

  • Les nains
Dans le livre, ils sont à peine développés et pas forcément très plaisants. Il y a un formidable boulot fait pour que ce ne soit pas le cas. Ils sont tous très différents, et si je ne les ai pas encore tous identifiés, j’ai apprécié que leurs personnalités soient plus étoffés, de même que leur apparence. Du coup à côté Gimli fait l’effet d’un cliché sur pattes.

Thorin, qui m’était assez antipathique dans le livre, m’a bluffé. Il a un réel charisme dans le film, avec une personnalité bien travaillée qui ferait presque de l’ombre à Aragorn (même s’il m’est moins sympathique, faut pas abuser non plus).
 
  • Les chansons
Ca m’a toujours manqué dans les films du Seigneur des Anneaux, qu’il n’y ait pas plus de chansons que cela. Alors forcément, quand on retrouve à peu près toutes les chansons du livre dans le film, comment voulez-vous ne pas tomber sous le charme.

Il y a la chanson des nains bien sûr (qui sert de leitmotiv/thème principal), mais aussi celle lorsqu’ils font la vaisselle, et une des chansons des gobelins. Il n’y a guère que la chanson des elfes qui manque à l’appel, et on comprendra que Peter Jackson l’ait écarté, ça n’aurait pas fait sérieux de voir Elrond débarquer en chantant (mais ça aurait été drôle !).
 
  • La musique
Howard Shore s’en tire à merveille, une fois de plus. Je trouve qu’il a trouvé un bon équilibre entre reprise des anciens thèmes et nouvelles créations. J’aime beaucoup la façon dont il ressort des anciens leitmotiv de telle sorte qu’on comprend immédiatement qu’on va croiser Galadriel ou Gollum.

C’est d’ailleurs assez marrant, parce que j’ai passé une bonne partie du film à me demander où s’arrêterait l’histoire, et c’est la bande-son qui m’a pratiquement donné la réponse, car la dernière scène utilise une musique très similaire aux dernières scènes de La communauté de l’Anneau et des Deux Tours.

  • Les petites allusions au texte
Comme dans Le Seigneur des Anneaux, j’ai beaucoup apprécié qu’on retrouve pratiquement des morceaux du roman dans le film. Il y a les chansons bien sûr, mais aussi certains dialogues provenant directement du livre (Gandalf et Bilbo qui se disent bonjour…), sans parler de quelques titres de chapitres glissés ici et là (notamment le « out of the frying-pan into the fire »).
  • Le flash-back sur Erebor et Dale
La montagne solitaire est un lieu que j’ai toujours eu du mal à me représenter dans ma tête. Enfin tel qu’il était au moment du Hobbit, c’était assez facile, mais imaginer ce que cela avait été avant l’arrivée de Smaug, c’était difficile car Tolkien n’était pas forcément très prolixe sur le sujet. Ce n’est pas comme Minas Tirith qui garde sa grandeur passée, ou l’Ithilien qui n’a pas encore complètement succombé au Mordor. Dale a été complètement dévastée, de même qu’Erebor.

Du coup j’ai beaucoup aimé le flash-back de l’intro qui nous montre ce lieu au temps de sa grandeur (un peu too much sur les bords mais sacrément impressionnant quand même). D’autant plus que c’est un lieu nouveau. Il aurait été facile de faire un remake d’Osgiliath ou de la Moria, mais je n’ai pas du tout eu cette impression. On voit bien qu’on est à un autre endroit de la Terre du Milieu.


  • Le passage des trolls
C’est pour moi la scène la plus magique du film, celle où on a vraiment l’impression de voir le livre prendre forme sous nos yeux. La scène des énigmes avec Gollum est aussi brillamment orchestrée, mais m’a moins touché. Mais les trolls qui discutent cuisine, les nains dans les sacs, Bilbo qui essaye de s’approcher discrètement et qui plus tard leur sauve la mise (certes à la place de Gandalf, mais ne pinaillons pas, il a besoin de s’affirmer ce hobbit), c’est juste magique !
  • Le ton plus léger
Même si le Hobbit s’inscrit quand même bien dans la lignée des très sérieux films du Seigneur des Anneaux, il a quand même conservé un peu de la légèreté du roman, ce qui permet des péripéties assez ubuesques parfois.

J’ai beaucoup aimé l’escapade au royaume des gobelins, la scène de fuite m’évoquant alternativement un jeu de plate-forme ou Pirates des Caraïbes, avec ses passerelles et ses enchainements de cascades et de combats.

Autre moment complètement délirant, l’apparition de Radagast, qui est de loin le personnage WTF de tout le film. Avec ses copains les animaux déjà (Sebastian le hérisson), mais surtout son traineau tiré par des lapins ( !!!), je ne sais si on doit voir ça comme un hommage aux Monty Python ou la revanche de Tom Bombadil ! C’est assez perturbant lors de sa première apparition, mais finalement ça allège un peu l’atmosphère en dépit des mauvaises nouvelles que le personnage amène.


Ce qui m’a moins plu :
  • Le conseil blanc
Sans doute parce que ce point est assez peu développé dans l’univers de Tolkien, j’avais peut-être beaucoup d’attente pour le film, et j’ai été assez déçue du résultat. Il faut dire qu’on se retrouve avec quatre clampins, dont les réjouissances consistent à s’y mettre à trois pour faire la morale à Gandalf.

C’est assez peu cohérent, surtout de la part d’Elrond lorsqu’il explique bien que la paix règne depuis 400 ans, juste après une petite sortie récréative pour chasser de l’orc ! Et ne parlons même pas de Galadriel qui alterne entre dialogues et télépathie, et dont la dernière scène avec Gandalf m’aurait choquée à vie si je ne l’avais pas déjà vu dans les bandes-annonces.

Il n’y a que venant de Saruman que la démarche semble cohérente .Par contre sa remarque sur Radagast qui abuse des champignons m’a paru assez déplacée par contre, ceci dit vu qu’il reprochait à Gandalf d’abuser de l’herbe à pipe dans Le Seigneur des Anneaux, on va dire qu’il mène une lutte de longue haleine contre la consommation de drogues en Terre du Milieu !

Du coup je me demande comment cette ligne narrative va se développer dans les films à venir, vu que je ne les vois pas trop partir tous les quatre à l’assaut de Dol Guldur. Ou réunir une armée pour le faire. Ou embaucher les nains pour la tâche… Ca reste vraiment l’arc narratif qui me convainc le moins pour le moment.


  • Azog
Ce sont les lois de l’adaptation qui veulent ça, un antagoniste est nécessaire sinon ce n’est pas correct, on n’a pas de boss de fin ! Même si Azog est présent dans le roman, j’ai trouvé que son omniprésence était un peu artificielle, d’autant plus que l’intrigue fonctionnerait aussi sans.

Avec sa quête pour récupérer son royaume, Thorin en a déjà bien assez sur les bras sans tomber dans une sorte de remake de Conan le Barbare avec le méchant qui tue son (grand-)père devant lui, qui lui met la pâté une fois (heureusement Bilbo intervient), et qui sera sûrement vaincu dans le troisième film.
  • Bilbo le grand guerrier
C’est l’élément qui m’a un peu choqué dans la dernière partie, lorsque Bilbo commence réellement à combattre. Quelques jours plus tôt, j’écrivais justement à propos du Hobbit que Bilbo avait la grande qualité d’accomplir des exploits à sa hauteur et qu’on ne le verrait jamais trancher un gobelin en deux à coup de hache.

Et voilà t'y pas qu’il nous descend non pas un warg, mais deux wargs. Si le premier peut passer pour une erreur de parcours (la bestiole s’est clairement empalée d’elle-même sur sa dague), le deuxième, on le voit clairement se battre.

Ce qui me perturbe un peu, parce que ça ne ressemble pas au personnage. On n’avait pas besoin de cela pour en faire un vrai héros, ce n’est pas comme s’il allait affronter le Nécromancien de Dol Guldur à lui tout seul (pitié, faites que non !).


Bon ceci dit même si ces éléments m’ont dérangé (et il fallait bien qu’il y en ait, c’est une adaptation après tout), c’est tout de même assez facile de les accepter comme des modifications nécessaires. C’est la loi (implicite) des adaptations après tout. Je serais donc au rendez-vous l’an prochain pour la deuxième partie du Hobbit : The Desolation of Smaug !

Film vu en compagnie de Shaya et Tigger Lilly

mercredi 12 décembre 2012

Click-Clack the Rattlebag - Neil Gaiman


Histoire de bien commencer le challenge JLNN, quoi de mieux qu’une petite nouvelle de Neil Gaiman ? Et ça tombe à pic, j’en avais une qui m’attendait sur mon ordinateur. Une histoire qui fait peur, écrite et lue par Neil Gaiman pour Halloween, dans le cadre de All Hallow’s Read.

Il s’agit d’une initiative lancée par Neil Gaiman, qui consiste à offrir à son entourage des livres qui font peur pour Halloween. Et cette année, en guise de bonus, il a carrément proposé cette nouvelle gratuite, histoire de terrifier son lectorat. Et pour chaque téléchargement sur le site d’Audible, une donation était faite à une œuvre caritative.

Dans l’affaire tout le monde y gagne : le lecteur qui a une nouvelle gratuite, Neil Gaiman, qui terrorise quelques lecteurs supplémentaires, les bonnes œuvres, bien sûr, et sans aucun doute Audible qui peut désormais vous envoyer de la pub !

La nouvelle n’est plus disponible désormais, du moins sur le site d’Audible, mais j’imagine qu’il y a encore des moyens de la dénicher à quelque part pour les plus motivés…

Click-Clack the Rattlebag est une petite nouvelle dans la veine « histoire qui fait peur » que les enfants aiment à se raconter dans le noir. Il met en scène le narrateur qui garde le petit frère de sa copine dans une grande maison. Le garçon lui demande de lui raconter une histoire avant d'aller au lit, et la conversation dévie vite sur les histoires effrayantes et sur Click-clack the Rattlebag.

C’est très classique comme histoire, mais cela fonctionne à merveille lorsqu’on l’écoute, d'autant plus que c'est raconté à la première personne.

C’est la première fois que j’écoute un livre audio en anglais, et j’ai été assez surprise d’arriver relativement bien à suivre. Le seul problème, c’est qu’on ne peut rien faire à côté, à part s’occuper les mains, sous peine de perdre le fil (heureusement, il y a le solitaire !).

Neil Gaiman est un type énervant, parce qu’en plus d’être un très bon auteur, c’est aussi un excellent lecteur à voix haute. Il parle très clairement, et il n’a pas son pareil pour poser une ambiance.

Du coup, même si je suis sûre d’avoir compris toutes les subtilités de Click-Clack the Rattlebag (Gaiman joue beaucoup sur les mots, c’est déjà dur sur le papier en VO, alors à l’oral je vous laisse imaginer), mais rien que la subtile évolution des intonations de sa voix a suffi à me coller des angoisses et à sentir l’horreur qui naissait peu à peu dans le texte. Et le tout en moins de dix minutes, ce que je trouve quand même assez épatant !

Ce n'est certainement pas son texte le plus mémorable, mais j'ai apprécié cette expérience originale de lecture. Sachant que ce n'est pas la seule nouvelle qu'il a enregistré en version audio, je me demande si je ne renouvellerais pas l'expérience...

En plus, ça me fera un bon entrainement si je m'intéresse à la prochaine adaptation radio de Neverwhere, dont le casting est pour le moins... alléchant ? (et encore, le mot est faible). Et non je n'ai pas écrit cet article juste pour arriver à évoquer ce sujet, non voyons, ça ne me serait jamais venu à l'idée...

Ironie du sort cependant, il m’a fallu bien 30 minutes pour écrire cette chronique, soit trois fois plus de temps que pour écouter la nouvelle. Heureusement que ce n’est pas pareil pour les pavés de 3000 pages, vous imaginez le temps qu’il faudrait pour pondre un article !


lundi 10 décembre 2012

Gabriel - Lisa Tuttle


En découvrant les nouvelles de Lisa Tuttle l’an dernier, je m’étais promise de continuer à explorer son œuvre. Un peu tardivement, je suis donc allée emprunter quelques titres disponibles à la bibliothèque dont un de ses rares romans traduits en français : Gabriel.
« Il s'appelait Gabriel Archer et avait été mon mari durant onze mois. Il était mort à vingt-trois ans, à quelques jours de mon dix-neuvième anniversaire. Dix ans plus tard jour pour jour, il était revenu me hanter. »
Voilà comment en quelques lignes à peine, dès le deuxième paragraphe de son livre, Lisa Tuttle nous introduit son histoire. Dinah est une jeune femme qui vit de petits boulots à Chicago, et qui n’a jamais vraiment reconstruit sa vie depuis la mort de son mari.

Alors qu’elle se réinstalle à la Nouvelle Orléans, qu'elle a quitté après le décès de Gabriel, pour commencer un nouveau travail, c’est comme si son mari venait la hanter, notamment via un jeune garçon, Ben, qui s’attache très vite (et bien trop) à elle.

Dès les premiers mots, j’ai retrouvé avec grand plaisir la plume de l’auteur, qui n’a pas son pareil pour mettre mal à l’aise en peu de mots. Et cette sensation de malaise subsiste tout au long de la lecture. Lisa Tuttle écrit des histoires fantastiques, mais c’est une horreur subtile qu’on trouve à l’intérieur.

Il n’y a pas de monstre et à peine un élément surnaturel (et encore, on peut les considérer comme tel ou comme le fruit de l’imagination des personnages). Tout est dans la psychologie des personnages, qui semblent tous par très nets dans leur tête (à quelques rares exceptions près).

Dinah semble n'avoir toujours pas fait le deuil de son mari, sacrée embûche dans toute tentative d'une nouvelle relation, surtout quand elle commence à s'accrocher à Ben. Le garçon n'est pas très clair non plus, surtout quand on se rend compte que sa vision des faits diffère parfois radicalement de celle de sa mère (il est difficile de savoir si c'est Ben qui déteste son beau-père et voit donc tout en noir, ou si le beau père est réellement mauvais). Et ne parlons pas de Sallie, la mère de Ben !

Cela contribue à poser une ambiance sacrément glauque (surtout pour l’étrange relation qui se développe entre Ben et Dinah), et c’est absolument fascinant à suivre, d’autant plus que le ton est incroyablement juste. Surtout dans les dialogues entre Dinah et Sallie, qui ont des retrouvailles plutôt dures, mais terriblement véridiques.

J'aime beaucoup la façon typiquement féminine de s'envoyer des piques qui font bien plus mal qu'un poing dans la figure, et leur capacité à finalement mettre de côté leur inimité parce que ce qu'elles ont partagé fait que paradoxalement qu'elles ont tout intérêt à se retrouver. 

Inutile de vous dire que j’ai été complètement happée par l’histoire, et que je me suis empressée de dévorer ce roman. Pour savoir comment ça finirait, certes, mais aussi pour en finir au plus vite avec la sensation de malaise (à la fois fascinante et révoltante) qui m’a accompagné durant toute la lecture.

Sur ce point, je crois que je privilégierais dorénavant les nouvelles de l'auteur, parce que porter cette histoire, plusieurs jours durant le temps de la finir, ce n'est pas une sinécure. Au moins avec les nouvelles, on se libère plus vite de leur atmosphère (quoique...).

En tout cas, cette lecture a confirmé tout le bien que je pensais de Lisa Tuttle, et je vais continuer à explorer son œuvre. Ca tombe bien, j'ai aussi récupéré un vieux recueil de ses nouvelles, Le nid.

CITRIQ

samedi 8 décembre 2012

Winter Time Travel : Saison 3


Comme chaque année alors que l’hiver approche, Lhisbei nous propose de nous évader, du 21 décembre au 21 mars, à travers le temps et l’histoire avec son Winter Time Travel qui nous invite à visiter les vastes terres de l’uchronie. Ca tombe à pic, il me restait quelques uchronies dans ma bibliothèque :


- Le faiseur d’histoire de Stephen Fry (que je comptais déjà lire l’an dernier)
- Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick (que j’ai chez moi, donc ça serait bien que je le relise, mais j’en ai pas gardé un souvenir mémorable ceci dit)
- Langues de serpents (Téméraire 6) – Naomi Novik (si y’a un terrain uchronique intéressant, mais je le lirais de toute façon)


Et à priori avec Lhisbei et Spocky, nous lirons ensemble Goliath de Scott Westerfeld, la suite de Léviathan et Béhémoth. On s’est plus ou moins fixées le 21 janvier comme date de début de lecture, si vous voulez vous joindre à nous, n’hésitez pas !

Cette année, le challenge s’étend également aux voyages dans le temps, et s’ouvre également aux films et aux séries télé. Non, ne fuyez pas tout de suite, je promets de ne pas vous assommer de Doctor Who. J’y vois plutôt l’occasion de vider ma PàL de deux titres supplémentaires :


- Le voyageur imprudent de Barjavel (un grand classique du genre dont je repousse la lecture depuis trop longtemps)
- Palimpseste de Charles Stross (qui fait double-emploi avec le JLNN en plus)

Je vous parlerais sûrement de l’épisode de Noël de Doctor Who (tout de même). Mais surtout, plutôt que de vous noyer fastidieusement sous des chroniques d’épisodes, j’ai dans un coin de ma tête des projets d’articles sur comment sont traités les voyages dans le temps dans deux de mes séries favorites : Doctor Who bien sûr, mais je pensais également à Stargate SG1. Si j’ai le temps bien sûr…

Si vous voulez rejoindre l’aventure en tout cas, n’hésitez pas, l'inscription se fait par ici, et l’ambiance est toujours très sympathique !

jeudi 6 décembre 2012

Petit week-end à Lille (bis) - Fantastic 2012 (2)


J’avais dit que j’y retournerais, je l’ai fait ! Un peu sur un coup de tête, j’ai pris des billets pour Lille, histoire de continuer à explorer un peu les expositions de Fantastic 2012. Une fois encore, je ne suis pas restée assez longtemps (et la météo encourageait plus à rester sous la couette qu’à mettre le nez dehors en plus), mais j’ai tout de même l’occasion de voir deux très belles expositions.



C’était l’exposition que j’aurais voulu voir la fois précédente, et que je n’avais pas pu faire, j’en ai donc fait ma priorité cette fois-ci, et j’y étais à peine 15 min après être arrivée à la gare. Il faut dire que le Tri Postal est juste à côté, je n’avais donc aucune excuse.

Exposition d’art contemporain tournant autour de la notion d’imaginaire, Phantasia présente sur trois étages des œuvres et des installations très étranges. Si tout ne m’a pas touché, j’ai beaucoup apprécié cette visite, alors que je suis en générale assez réfractaire à l’art contemporain.

C’est assez marrant parce qu’en venant, j’ai (enfin !) écouté dans le train la rencontre avec Neil Gaiman aux Utopiales, et ses propos sur les idées et l’imaginaire m’ont poursuivie tout le week-end, tant ils trouvaient une application direct dans les expositions que j’ai vues.

Je ne vais pas vous parler de tout (j’ai du mal avec toutes les installations vidéo de toute façon), mais voilà mes petits favoris vus à Phantasia :


Desperanza – Theo Mercier

De toute l’installation qui occupe le rez-de-chaussée, et qui comprend des fantômes, des créatures écorchées, des cigarettes, des hommes cactus et beaucoup de squelettes, ce sont ces poteries à dents que j’ai préféré, parce que je les trouve à proprement parler terrifiante. Je m’étonne de n’en avoir jamais vu dans des films d’horreur d’ailleurs.


La chambre des murmures - Marnie Weber

C’est toujours étrange de se balader au milieu d’une œuvre, comme dans cette pièce étrange, au sol couvert de tapis, avec son mobilier ancien et toutes ces étranges créatures fantastiques. Je pense que Guillermo Del Toro n’en aurait pas renié certaines d’ailleurs.

A côté de la chambre des murmures, il y avait aussi The Tenth Sentiment de Ryota Kuwakubo, superbe théâtre d’ombres réalisé par un petit train passant entre des objets du quotidien. Comme ça se déroule dans le noir absolu, inutile d’envisager des photographies, mais c’est un spectacle de toute beauté (surtout avec les bruits de la gare qu'on entend à côté qui ajoutent au surréalisme de la chose).


Tripple-Ripple – Nick Cave

On quitte là le domaine du fantastique sinistre pour quelque chose d’un peu plus léger et coloré, du moins pour ce qui est de toute la série d’êtres étranges de Nick Cave, qui pour le coup pourraient sortir droit de Lombres. C’est peut-être ça que j’ai aimé dans cette expo, ça m’évoque immédiatement des univers que j’ai vu ou lu ailleurs.


Untitled - Borre Sarthre

Le troisième étage est celui qui m’a le moins touché. Beaucoup d’installations vidéo, et pour couronner le tout je m’y suis retrouvée coincée entre les groupes scolaires qui s’étaient tous passés le mot pour faire leur visite en même temps. Ceci dit, outre un ascenseur assez perturbant avec ses effets de miroirs, j’ai bien aimé cette étrange installation lumineuse qui semble sortie droit des films de SF.

Par contre j’ai été un poil déçue par la licorne qu’on voit partout pour illustrer l’exposition, planquée derrière une vitre rouge, on n’en profite pas trop !



Le lendemain, après une rapide excursion pour acheter des chaussettes (si c’est capital, figurez-vous qu’acheter des chaussettes à Paris, c’est un peu une sinécure si on ne veut pas les payer 10 euros la paire…), ça a été petite expédition à Hornu (pas loin de Mons), en Belgique, pour voir une autre exposition touchant de très près à la SF, dans un très joli cadre.

Il faut savoir que le Grand Hornu est un ancien complexe industriel avec une conception architecturale assez ambitieuse (avec une cour ovale gigantesque, des colonnes…). Alors qu’il était menacé de destruction, il a été transformé en musée d’art contemporain, ce qui donne un espace assez unique.


Il y a notamment l’ancien magasin aux foins, gigantesque grange qui abritait pour cette exposition une seule œuvre, et quelle œuvre ! On s’est demandé avec ma famille si on n’allait pas finir dans une soucoupe volante, ou si on allait retrouver la sortie !

En fait il y avait deux expositions (enfin trois, mais je vous épargnerais la troisième qui parlait de céramique et de design) à voir là-bas, à commencer par la fameuse S.F. [Art, science & fiction], une exposition d’art contemporain qui fait dialoguer science, SF et art.

On trouve donc d’étranges univers mis sous cloche…

Des maquettes que n’aurait pas renié Léonard de Vinci, mais aussi quelques sympathiques variations autour de la fin du monde (dont un compte à rebours avant l’explosion du soleil), une table couverte de Farenheit 451, ou encore une frise qui s’amuse à reprendre ensemble tous les évènements d’un tas de livres et de films de SF.

Bref, il y a plein de choses à voir ! Et une fois le tour fait de cette partie, il y avait une deuxième exposition, Space oddity : Design/Fiction, qui comme son nom l’indique est centrée sur le design, et qui était fort chouette elle-aussi.

Quand je vous dit que Neil Gaiman m’a accompagné tout le week-end à cause de la sa conférence, je ne mentais pas :


Ma première pensée a été « Oh une chaise-garou » ! (cf. conférence des Utopiales citée plus haut)

C’était rigolo cette expo, et j’ai été fascinée par la deuxième partie qui s’intéressait à l’impression 3D, qui dans le genre technique du futur qui fait rêver. Ça me rappelle les compilateurs de L’âge de diamant notamment.


Cette chaise et cette table ont été réalisées à partir de carcasses de vieux frigos, on voit le bras robotisé qui la réalise dans une vidéo, c’est fascinant. Ca fait rêver et c’est quand même plus classe que du mobilier IKEA non ?

Bref, pour ceux qui ne sont pas trop loin, je vous recommande vivement ces deux expositions, on n’a pas souvent l’occasion de voir des expositions d’art touchant à l’imaginaire et à la SF, il faut en profiter quand cela arrive !

mardi 4 décembre 2012

Top Ten Tuesday (8) : Les 10 livres que vous aimeriez recevoir pour Noël


Les 10 livres que vous aimeriez recevoir pour Noël


1. Le chant du barde – Poul Anderon

Cela fait trois nouvelles de Poul Anderson que je découvre et que j’apprécie (alors que j’avais essayé un de ses romans sans réussir à rentrer dedans), autant continuer sur une si bonne lancée avec un recueil de nouvelles de l'auteur !


2. Medieval Superheroes – Olivier Boile

A lire la quatrième de couverture, ça a l’air d’être une histoire bien délirante avec des super-héros, comment voulez-vous résister ? (et puis ça fait plaisir de revoir un livre édité chez Nestiveqnen)


3. Mes cheveux fous – Neil Gaiman & Dave McKean

J’ai beau l’avoir déjà en VO, j’aimerais beaucoup l’avoir en VF (sous le prétexte fallacieux de le faire lire aux plus jeunes de la famille). Accessoirement j’aime bien réclamer des beaux livres à Noël, tant qu’à faire !


4. Sandman 1 – Neil Gaiman

Encore un Gaiman que j’ai déjà, mais je ne peux résister à cette nouvelle édition aux couleurs revues et corrigées, mais un peu chère pour moi ces temps-ci…

 

5. L’anniversaire du monde – Ursula K. Le Guin

Un recueil de nouvelles (oui Lune, je pense à ton challenge en fait !) se déroulant dans l’univers de l’Ekumen. Il me fait envie depuis un moment, et après, je me motiverais peut-être à racheter tous les autres titres du cycle (que j’avais lu à la bibliothèque).


6. La vallée de l’éternel retour – Ursula K. Le Guin

Celui-là j’avais prévu de le mettre sur ma liste de l’an dernier, vu qu’il s’agit d’un beau livre un peu cher. Mais sa date de sortie a été repoussée à 2012. Je ronge mon frein depuis ! Et puis c’est du Ursula Le Guin, ça se passe d’explications !


7. Roi du matin, reine du jour – Ian McDonald

Cela fait un moment que j’entends parler de cet auteur de façon très élogieuse, mais certains de ses titres me semblent pas forcément faciles d’accès. Celui-là a une quatrième de couverture qui m’attire (ainsi qu’une belle couverture), ça me parait un bon moyen de commencer !


8. Daytripper : au jour le jour – Fabio Moon & Gabriel Ba

J’ai tellement entendu de bien de ce comic que je me dit qu’il ne peut que me plaire. Et il a l’avantage d’être une histoire complète, ce qui est un excellent argument pour la gestion de la place sur les étagères !


9. Une place à prendre – J.K. Rowling

J’ai envie de le lire, mais son prix me rebute un peu, sachant que les avis vont dans les deux sens. J’ai lu autant de déceptions que de coups de cœur à ce sujet, du coup j’hésite à investir. Même si j’ai envie de me faire mon propre avis.


10. Une liseuse

Je commence à accumuler une belle collection de nouvelles et autres textes à lire sur mon ordinateur, et je manque de motivation pour les lire sur mon écran d’ordinateur (j’y passe déjà trop de temps quand je lis des fanfictions). Avec les prix qui baissent, et des offres alléchantes chez les petits éditeurs, ah ce que j’aimerais que le Père Noël m’en amène une.

Il faudra sûrement que je me l’offre moi-même, ce qui n’est pas plus mal, vu que j’hésite encore sur le modèle. Le dernier Cybook Odyssey frontlight me fait de l’œil (parce qu’il n’est pas uniquement tactile), j’attends quelques retours pour me décider (j'y réfléchis depuis bientôt un an, je ne suis plus à quelques mois près !).

Le Top Ten Tuesday est une initiative de The Broke and the Bookish, reprise en version française par Iani.

dimanche 2 décembre 2012

Sans coeur - Gail Carriger


Contrairement à mes habitudes, je n’aurais pas attendu bien longtemps pour me jeter sur le nouveau volume du Protectorat de l’Ombrelle. Il faut dire qu’il me tendait les bras à Gibert, et que justement, j’avais une petite cagnotte sur ma carte de fidélité. Comment voulez-vous résister à l’achat quand vous savez que vous n’aurez même pas à sortir votre carte bleue ?

Sans cœur, quatrième tome des aventures de Alexia Tarabotti (alias Lady Maccon) se déroule quelques mois après Sans honte, alors que la grossesse d’Alexia arrive à son terme. Entres les vampires qui cherchent toujours à l’éliminer (elle et son désagrément embryonnaire), un mystérieux complot pour assassiner la reine, et des porcs-épics zombies, vous vous doutez bien que les derniers jours précédant l’accouchement ne seront pas de tout repos.
« Je protège au nom de la mode. J’accessoirise pour tous et chacun. La quête de la vérité est ma passion. Par la grande ombrelle, j’en fais le serment. »
Après une petite baisse de régime dans les deux volumes précédents (ce qui ne les empêchait pas d’être délicieux ceci dit), Alexia revient réellement au sommet de sa forme pour cette nouvelle aventure.

Il faut dire qu’il y a tous les ingrédients d’un cru exceptionnel : on y trouve bien évidemment des vampires, des loups garous et des fantômes bien sûr, ainsi qu’un bon aperçu de la haute société londonienne (et de comment on y créé une mode) et quelques créatures et machines steampunks…
Les mois qui venaient de s’écouler avaient entrainé tous les loups-garous de la maisonnée à s’occuper d’une Alexia de plus en plus ronchon ; ils avaient appris, tous autant qu’ils étaient, qu’il leur en cuirait s’ils ne la nourrissaient pas, ou pire, si lady Maccon se mettait à pleurer. En conséquence, plusieurs membres de la meute produisaient à présent des bruits de papier froissé quand ils se déplaçaient, car ils cachaient des en-cas un peu partout sur leur personne.
Ajoutez à cela une meute qui fait son possible pour éviter le courroux de sa femelle Alpha, un lord Akeldama nettement plus présent (et toujours aussi extraordinaire), quelques bons délires avec Ivy et quelques révélations autour du passé du professeur Lyall, et vous obtenez un cocktail des plus détonnant.

Surtout lorsque celui-ci vous est servi par Lady Maccon, qui bien que sérieusement encombrée par son ventre, continue à mener ses enquêtes sans se laisser abattre. Je me suis demandée comment l’auteur allait faire usage de la grossesse d’Alexia, et le résultat est assez grandiose (sans qu’elle ne passe ni pour une super-héroïne, ni pour une pauvre petite chose).
La vendeuse vit. De même, en fait, que toutes les autres dames présentes. Ce qu’elles virent, c’est que lady Maccon, à quelques jours de son terme, s’était extraite de son lit et de l’affection de son mari pour venir dans cette boutique et acheter des protège-cheveux. Ceux-ci devaient donc être nécessairement de nouveau à la mode. […] Elle-même préférait des vêtements plus pratiques, surtout dans son état présent, mais si elle achetait des protège-cheveux, c’était que lord Akeldama devait approuver cet accessoire. Et si Lord Akeldama approuvait, les vampires approuvaient, et si les vampires approuvaient, eh bien, c’était simple, les protège-cheveux devaient être le fin du fin.
Autant dire que cette lecture a été un plaisir. Comme toujours c’est drôle, délicieusement guindé, truffé de sarcasmes. On rit beaucoup comme toujours, mais on se laisse aussi emporter par l’intrigue (surtout le dernier tiers qui dépote), et quelques moments se révèlent très attendrissants. Pour faire simple, c’est un divertissement de très bonne qualité, dont on aurait tort de se priver !

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