dimanche 2 décembre 2012

Sans coeur - Gail Carriger


Contrairement à mes habitudes, je n’aurais pas attendu bien longtemps pour me jeter sur le nouveau volume du Protectorat de l’Ombrelle. Il faut dire qu’il me tendait les bras à Gibert, et que justement, j’avais une petite cagnotte sur ma carte de fidélité. Comment voulez-vous résister à l’achat quand vous savez que vous n’aurez même pas à sortir votre carte bleue ?

Sans cœur, quatrième tome des aventures de Alexia Tarabotti (alias Lady Maccon) se déroule quelques mois après Sans honte, alors que la grossesse d’Alexia arrive à son terme. Entres les vampires qui cherchent toujours à l’éliminer (elle et son désagrément embryonnaire), un mystérieux complot pour assassiner la reine, et des porcs-épics zombies, vous vous doutez bien que les derniers jours précédant l’accouchement ne seront pas de tout repos.
« Je protège au nom de la mode. J’accessoirise pour tous et chacun. La quête de la vérité est ma passion. Par la grande ombrelle, j’en fais le serment. »
Après une petite baisse de régime dans les deux volumes précédents (ce qui ne les empêchait pas d’être délicieux ceci dit), Alexia revient réellement au sommet de sa forme pour cette nouvelle aventure.

Il faut dire qu’il y a tous les ingrédients d’un cru exceptionnel : on y trouve bien évidemment des vampires, des loups garous et des fantômes bien sûr, ainsi qu’un bon aperçu de la haute société londonienne (et de comment on y créé une mode) et quelques créatures et machines steampunks…
Les mois qui venaient de s’écouler avaient entrainé tous les loups-garous de la maisonnée à s’occuper d’une Alexia de plus en plus ronchon ; ils avaient appris, tous autant qu’ils étaient, qu’il leur en cuirait s’ils ne la nourrissaient pas, ou pire, si lady Maccon se mettait à pleurer. En conséquence, plusieurs membres de la meute produisaient à présent des bruits de papier froissé quand ils se déplaçaient, car ils cachaient des en-cas un peu partout sur leur personne.
Ajoutez à cela une meute qui fait son possible pour éviter le courroux de sa femelle Alpha, un lord Akeldama nettement plus présent (et toujours aussi extraordinaire), quelques bons délires avec Ivy et quelques révélations autour du passé du professeur Lyall, et vous obtenez un cocktail des plus détonnant.

Surtout lorsque celui-ci vous est servi par Lady Maccon, qui bien que sérieusement encombrée par son ventre, continue à mener ses enquêtes sans se laisser abattre. Je me suis demandée comment l’auteur allait faire usage de la grossesse d’Alexia, et le résultat est assez grandiose (sans qu’elle ne passe ni pour une super-héroïne, ni pour une pauvre petite chose).
La vendeuse vit. De même, en fait, que toutes les autres dames présentes. Ce qu’elles virent, c’est que lady Maccon, à quelques jours de son terme, s’était extraite de son lit et de l’affection de son mari pour venir dans cette boutique et acheter des protège-cheveux. Ceux-ci devaient donc être nécessairement de nouveau à la mode. […] Elle-même préférait des vêtements plus pratiques, surtout dans son état présent, mais si elle achetait des protège-cheveux, c’était que lord Akeldama devait approuver cet accessoire. Et si Lord Akeldama approuvait, les vampires approuvaient, et si les vampires approuvaient, eh bien, c’était simple, les protège-cheveux devaient être le fin du fin.
Autant dire que cette lecture a été un plaisir. Comme toujours c’est drôle, délicieusement guindé, truffé de sarcasmes. On rit beaucoup comme toujours, mais on se laisse aussi emporter par l’intrigue (surtout le dernier tiers qui dépote), et quelques moments se révèlent très attendrissants. Pour faire simple, c’est un divertissement de très bonne qualité, dont on aurait tort de se priver !

CITRIQ

vendredi 30 novembre 2012

American Gods - Neil Gaiman


C’est assez ironique, à quel point nos plus gros coups de cœur sont parfois les livres dont il est le plus dur de parler. C’est tellement plus facile de parler de ce que l’on n’aime pas, parfois.

American Gods partage le podium de mes romans favoris avec Des fleurs pour Algernon et Chroniques du Pays des Mères, et pourtant, je n’ai jamais réussi à en parler correctement sur ce blog. A chaque relecture (et j’en suis au moins à la quatrième, si ce n’est plus), je prévois un article, avant d’abandonner l’idée, quelques semaines plus tard, faute de savoir par où aborder la question.
« Ce que j'essaie de dire c'est que toute l'Amérique est comme ça. Ce n'est pas un bon pays pour les dieux. Ils y poussent mal. Ils sont comme des avocats qui essaieraient de pousser sur une terre à riz sauvage. »
American Gods, pour paraphraser le titre, nous parle de dieux. Lorsque les premiers humains ont commencé à émigrer vers ce qui sera plus tard les Etats-Unis, ils ont amené leurs coutumes, leurs croyances, et donc leurs dieux, qu’il s’agisse du dieu mammouth des nomades de Sibérie, de tout le panthéon nordique des vikings, ou encore des leprechauns et autres éléments du folklore irlandais.

Le nombre de leur fidèle a diminué au cours des âges, la foi en eux s’est tarie, tandis que de nouveaux dieux prenaient le devant de la scène, avec la révolution industrielle et toutes les évolutions techniques qui ont suivi : les médias dont la télévision, l’informatique… voilà en quoi croient désormais les américains. Et entre les anciens et les modernes, ce n’est pas l’entente cordiale.
« Dis-lui bien qu’on a reprogrammé cette réalité de merde. Que le langage est un virus, que la religion est un système d’exploitation et que les prières ne sont rien d’autres que du spam à la con ! »
Alors qu’il vient de terminer de purger sa peine de prison et part enterrer sa femme qui vient de mourir dans un accident de voiture, Ombre rencontre un bien étrange personnage, Voyageur, qui semble en savoir long sur lui et qui lui propose du travail.

D’abord méfiant, il finit par accepter l’offre. Il se retrouve donc à accompagner son employeur à travers les Etats-Unis dans un bien étrange périple, à la rencontre d’êtres qui ne sont clairement pas humaines. Très vite, il va se retrouvé impliqué bien malgré lui dans un conflit qui le dépasse complètement.
Puis les lumières s’éteignirent et Ombre vit les dieux.
De tous les romans de Neil Gaiman, American Gods n’est pas le plus facile d’accès, loin de là. Son intrigue prend tout son temps pour se mettre en place avec de nombreuses circonvolutions dans les mythologies du monde entier, ce qui en fait un livre complexe.

Ses autres romans (Neverwhere, Stardust), sont des textes bien plus simples en comparaison. En fait, je pense que la seule autre œuvre de Gaiman qui atteigne un tel degré de complexité, c’est Sandman. Il y a de nombreux points communs entre les deux d’ailleurs, et on a même l’occasion de croiser une tête bien connue de Sandman dans American Gods.
« Je suis un héros culturel. On a en gros le même emploi que les dieux, mais on fait plus de conneries et personne ne nous révère. Les gens racontent des histoires sur nous, mais aussi bien celles où on passe pour des cons que celles où on brille. »
Neil Gaiman est un créateur d’univers extraordinaires (et un extraordinaire créateur d’univers également). Il a une manière bien à lui de manier les mythes et les contes, avec une légère touche de fantastique, tout en gardant très prêt la réalité. Résultat, on ne sait plus très bien distinguer le vrai de l’invention dans ses écrits.

Avec American Gods, il s’en donne à cœur joie pour remanier les mythologies, en mettant en scène tous ces dieux presque oubliés, presque pathétiques, qui vivent au milieu des hommes et grappillent comme ils le peuvent des fragments de foi pour se nourrir.

Cet univers de dieux est absolument fascinant, par sa richesse et par sa justesse. Aucun détail n’est laissé au hasard, et Gaiman est vraiment allé chercher des dieux aux quatre coins du monde, n’hésitant pas à déterrer des personnages méconnus, issus des mythologies slaves ou africaines. A part quelques grands noms des panthéons nordiques et égyptiens, ne vous étonnez pas si vous vous retrouver à consulter une encyclopédie en cours de lecture pour en savoir plus !
« Ce pays fait office de gare centrale depuis au moins dix mille ans. Et Christophe Colomb dans tout ça ? allez vous me dire.
- Exactement, admit Ombre, obligeant. Et Christophe Colomb dans tout ça ? »
Outre les multiples mythologies à travers le monde, Neil Gaiman explore les Etats-Unis, le pays en tant que tel. En effet, c’est un véritable road-trip que réalisent Ombre et Voyageur, à travers les grandes métropoles comme Chicago, les petits villages comme le très paisible Lakeside ou encore les attractions touristiques comme La Maison sur le Rocher.

Je n’ai jamais eu particulièrement envie de visiter les Etats-Unis, mais à chaque fois que je lis ce livre, cela réveille en moi une envie de voyage assez impressionnante. Le pays est décrit ici de façon très humaine, à travers la vie de tous les jours et tout un tas de détails et d’anecdotes qui montre toute sa diversité et sa richesse (au sens non-monétaire du terme).
La fiction nous autorise à nous glisser dans ces autres têtes, ces autres endroits, à regarder par ces autres yeux. Au cours de ce récit, nous nous arrêtons avant de mourir, ou bien mourrons par procuration, en toute sécurité ; dans le monde au-delà du récit, nous tournons la page ou fermons le livre, et nous reprenons notre existence.
Entre deux chapitres, Neil Gaiman intercale des petits interludes historiques (ou non), qui nous racontent comment certains dieux sont arrivés en Amérique. Au travers du destin d’une tribu préhistorique, de deux enfants esclaves venus d’Afrique, ou d’une jeune anglaise bannie dans les colonies.

Tous ces petits récits finement ciselés sont un vrai bonheur à lire, et viennent enrichir un univers déjà incroyable vaste. Avec une mention spéciale à l’histoire des jumeaux (dont provient la citation ci-dessus), qui en une vingtaine de pages, se fend d’une histoire horrible et émouvante qui évoque la traite des noirs, avec tout un passage très intéressant sur le rapport à l’Histoire et à la fiction.
« Moi, je dis qu'un village sans bibliothèque n'en est pas vraiment un. Il peut bien se prétendre tel, tant qu'il n'a pas de bibliothèque, il ne trompe personne »
En fait, ce qui fait toute la saveur d’American Gods, ce sont les détails, les petites choses. Le livre fourmille notamment de petites phrases drôles, touchantes, parfois affreusement pertinentes, qu’on noterait bien dans un coin d’un carnet pour pouvoir les retrouver (toutes les citations que j’ai placé dans cet article ne sont que la partie émergée de l’iceberg).

Même chose pour les personnages : qu’ils apparaissent à peine deux pages, ou à travers tout le roman, ils sont tous marquants, et finement ciselés. Il y a bien sûr toute la panoplie des dieux (Czernobog, M. Nancy et M. Ibis étant mes favoris), mais aussi quelques simples mortels tout à fait extraordinaires.

Ombre peut sembler un héros un peu blasé (tout le caractère extraordinaire de sa quête semble parfois lui échapper complètement), mais au fur et à mesure de l’histoire, on se rend compte que cette froideur a une raison, et que cela ne l’empêche pas d’être très touchant avec les gens. Il suffit de voir sa rencontre avec Samantha Black Crow, inoubliable (la rencontre, mais aussi la personne) bien qu’elle n’occupe que quelques pages.
« […] Je crois que la femme a le droit de choisir, que le bébé a le droit de vivre, que malgré le caractère sacré de la vie, il n’y a rien à redire à la peine de mort, pour peu qu’on puisse faire une confiance totale au système judiciaire, et seul un idiot congénital ferait confiance au système. Je crois que la vie est un jeu, que c’est une mauvaise blague, et que c’est ce qu’on connait quand on est vivant. Que, tant qu’à faire, autant en profiter pleinement. »
Je n’ai quasiment pas parlé de l’intrigue, car elle semble servir principalement de prétexte à cette visite commentée et étrangement décalée des Etats-Unis et du monde des croyances humaines. Cependant, avec son talent habituel de conteur, Neil Gaiman n’a nul mal à nous entrainer dans l’histoire.

Et après une longue errance, la dernière partie évolue vers un final véritablement épique, avec son lot de révélations, et où tous les petits détails disséminés ici et là trouvent un sens. Avec une grande habileté, l’auteur reprend tous les fils de l’intrigue dans la conclusion, et il y a bien peu de questions qui restent irrésolues, une fois la dernière page tournée.
C'était un songe et, dans les songes, on n'a pas le choix : soit il n'y a pas de décision à prendre, soit elles ont été prises depuis longtemps.
Après un tel discours, je pense que vous aurez compris que je suis complètement accro à ce roman étrange, décalé, incroyablement riche et complètement fascinant, encore plus lorsqu’on adore la mythologie.

Ce roman a reçu (entres autres) les prix Hugo, Nebula et Locus, et ce n’est pas un hasard. C’est vraiment une œuvre à part, un OVNI (est-ce de la fantasy urbaine ? Du fantastique ? Du réalisme magique ? Allez savoir…), un petit bijou que je ne me lasse pas de relire.

Neil Gaiman a revisité par la suite cet univers via un autre roman, Anansi Boys (sans Ombre, vu qu’on y découvre la descendance d’Anansi), délicieusement drôle, et via une nouvelle, Le monarque dans la vallée, dans laquelle on retrouver Ombre cette fois-ci.

A noter que HBO a acheté les droits pour en faire une série télé. Cela m’inquiétait un peu au début, d’imaginer à quel point cela pourrait dénaturer l’œuvre, mais sachant que Gaiman écrit une partie des scénarios si j’ai bien suivi, je suis rassurée. Et même carrément intéressée, depuis qu’il a dit que ce serait une série en six saisons, et que seule la première couvrirait le premier roman…

Avis des autres atuaniens : Julien, Lorhkan, Spocky

CITRIQ

mercredi 28 novembre 2012

L'atlas des utopies : 200 cartes, 25 siècles d'histoire


Les cartes et les plans sont des documents qui m’ont toujours fasciné (rien d’étonnant à que je finisse par tomber dans la fantasy). Du coup, il était tout naturel que je finisse par lorgner sur L’atlas des utopies, hors-série du monde dont la pub était placardée partout dans le métro. Après tout, avec l’utopie, on est jamais loin de la SF…

Et que trouve-t-on dans cet atlas du coup ? Des définitions de l’utopie, un parcours atour des anciennes utopies (de l’antiquité au XVIIe siècle, puis les XIXe-XXe siècles), un point sur les utopies actuelles, et enfin une évocation d’utopies futures. Le tout ponctué, bien sûr, de plans, de cartes et schémas divers.

Forcément, c’est un programme un peu alléchant, même si j’ai trouvé le résultat assez frustrant, tant la plupart des articles sont terriblement bavards, sans pour autant apprendre grand-chose. Il faut savoir que les textes sont plutôt axé réflexion, du coup si on veut en apprendre plus sur les utopies en question, il vaut mieux aller se renseigner ailleurs, parce que les faits et les explications sont clairement manquants.

De plus, les cartes n’ayant pas été réalisées pour l’atlas, mais provenant toutes d’autres ouvrages, l’adéquation illustration-sujet n’est pas forcément parfaite, et on se demande même parfois franchement le rapport entre les deux !

Il y a quand même des parties intéressantes, surtout sur la période XIX-XXe siècle, qui revisite l’histoire à sa façon, et met en perspective des utopies qu’on ne considérerait plus comme telles aujourd’hui (notamment celle de l’eugénisme).

J’ai beaucoup aimé d’ailleurs que l’atlas s’attarde sur toutes les utopies architecturales et urbaines (Arc-et-Senans, les projets de Frank Lloyd Wright…). Un peu comme si en modelant l’espace, on pouvait changer le monde, et les gens.

J’ai trouvé la partie sur le XXIe siècle un peu sinistre par contre, heureusement que la dernière partie, Les utopies de demain, semble tout à coup basculer dans la science-fiction en rêvant aux maisons-arbres, à l’énergie propre, au contrôle climatique ou la conquête de Mars.

Même si je l’ai lu avec plaisir, je suis un peu déçue au final de cet atlas des utopies. Partant d’un bon concept, je le trouve parfois très superficiel, même s’il ouvre des réflexions intéressantes. Et puis autre point décevant, la trop petite part accordée à la SF.

Je ne m’attendais pas à des merveilles, mais tout de même, seuls deux articles l’évoquent vraiment : un sur le 1984 de Orwell, et un sur les films de SF. Le deuxième réussit l’exploit de ne se concentrer que sur les dystopies (sans prendre vraiment la peine de mentionner l’origine littéraire de plus de 95% des références données).

Comme si la SF n’existait qu’au cinéma, et ne versait jamais dans l’utopie ! Enfin vu que l’article cite Hunger Games, j’imagine qu’il s’agit surtout de surfer sur la vague du moment… ceci dit ça n’aurait pas coûté bien cher d’embaucher un vrai expert sur le sujet...

Bref, tout cela est bien dommage, d’autant plus que quand je décèle des manques dans un article dont je maitrise le sujet, je me demande toujours s’il n’en est pas de même pour le reste de l’ouvrage. L’atlas des utopies est donc un ouvrage à emprunter, à feuilleter pour le plaisir des yeux, mais je pense qu’il y a des textes bien plus intéressants sur la question !

lundi 26 novembre 2012

Chansons pour J.R.R. Tolkien (anthologie)


En fait quand Lune a lancé son challenge JLNN, je l’ai presque détesté, parce que je viens de consacrer deux mois à évacuer les recueils de nouvelles qui prenaient la poussière dans ma PàL, comme cette anthologie qui se veut un hommage à J.R.R. Tolkien, que je voulais relire une fois terminé mon marathon Tolkien de l'année dernière.

Publiée en 1992, cette anthologie (qui se décline en France, selon les éditions, en un ou trois volumes) se compose d’une vingtaine de textes, réunis par Martin Greenberg, qui sont signés par des noms connus de la SF ou de la fantasy.

Enfin ce sont des noms qui me parlent à moi, mais à l’exception de Terry Pratchett, Poul Anderson ou Robert Silverberg, je ne suis pas sûre qu’ils soient si connus que ça en France, car souvent peu de leurs œuvres ont été traduites (c'est le cas pour Patricia McKillip et Charles de Lint, hélas).

Bref toutes ces nouvelles sont des textes de fantasy (quoique cet incorrigible Silverberg nous ait casé un argument SF à l’intérieur), et c’est là où j’ai pris conscience que mes goûts avaient bien changé en dix ans.

Des textes que j’avais adorés à la première lecture m’ont beaucoup moins touché cette fois-ci. Je les ai trouvé quelconques, longs (certaines nouvelles dépassent les 50 pages, ce qui est long quand on n’accroche pas). Ils ont sûrement des qualités, mais la fantasy « classique » me bottant de moins en moins, je suis complètement passée à côté.

Et puis j’ai eu du mal à saisir ce qui rattachait réellement les textes à Tolkien. Si pour certains, l’hommage ou la filiation sont évidents, pour d’autres, je suis bien plus sceptique, et connaissant mon amour pour Tolkien, vous comprendrez d’autant plus ma frustration.

Bref, ce n’est plus une anthologie pour moi, mais si vous cherchez des nouvelles de fantasy très classiques, à mon avis, vous pourriez y trouver votre bonheur. Après tout, j’y ai bien trouvé le mien, dans quelques rares nouvelles qui ont su trouver grâce à mes yeux :


  • La foi de Poul et Karen Anderson : ce conte d’influence nordique met en scène des enfants vivant dans un château gobelin. C’est bien simple, cette nouvelle qui ouvre le recueil a été un énorme coup de cœur, ce qui explique sans doute les déceptions après (quand on commence par le meilleur...). L’an prochain, je vais définitivement m’intéresser à la bibliographie de Poul Anderson, ça ne fait que trois nouvelles que je lis de lui et que j’adore ! 

  • La nagini de Peter S. Beagle : une fois encore, on se retrouve avec un conte, mais ici d’inspiration indienne. Peter S. Beagle raconte bien son histoire avec une belle voix de conteur, difficile de ne pas tomber sous le charme (ça fait longtemps que je ne l’avais pas croisé, mais il a toujours une plume charmante ce monsieur).

  • Le pont du troll de Terry Pratchett : ça ne va pas être une révélation pour vous si je vous dis que cette nouvelle m’a bien fait rire, en démontant gentiment la figure du héros (sous la forme de Cohen le barbare) et celle du troll sous le pont, de façon à la fois drôle et touchante (et moi qui ait du mal à accrocher à la fantasy des quêtes et cie, j’étais en tout point en accord avec Cohen en plus !).


    • La révolte des fées dragées de Mike Reisnick : alors que j’envisageais d’abandonner la lecture du deuxième volume de cette anthologie, cette petite nouvelle absolument délirante où des fées dragées débarquent pour tuer Walt Disney qui les a tourné en ridicule m’a bien fait rire, et m’a motivé à poursuivre ma lecture.

    • Sur la route du fleuve de Gregory Benford : j’ai trouvé ce texte assez difficile à lire, mais il a une qualité que j’ai beaucoup apprécié : il pousse jusqu’au bout la notion de merveilleux en imaginant un univers assez improbable où un héros descend un fleuve de mercure, où le temps est plus une unité de lieu… que de temps. Ca m’a rappelé quelques écrits de Tolkien sur la féérie et le merveilleux, et il faut reconnaitre que l’atmosphère a quelque chose de captivant. 


      • L’or ou l’argent de Emma Bull : encore un conte qui nous raconte le périple d’une jeune sorcière, partie à la recherche de celle qui l’a formé, qui elle-même est partie à la recherche d’un prince disparu. Ce texte m’a immédiatement plus, sans doute grâce au périple tranquille de l’héroïne à travers le pays, et à une belle narration.

      • L’invocateur de Charles de Lint : cette nouvelle qui conclut le recueil m’avait déjà marqué à ma première lecture, et j’ai tout autant apprécié de la relire. En guise de conclusion, Charles de Lint nous propose une histoire pleine d’onirisme se déroulant dans notre monde moderne et parlant du pouvoir des mots, avec un invocateur qui évoque un peu Tom Bombadil.

      Comme quoi il y a quelques textes qui m’ont touché, malgré une déception globale. En fait je crois que ce n’est pas que j’ai développé une allergie à la fantasy, c’est juste que seules certaines formes de fantasy me touchent encore, notamment tout ce qui touche au conte, cela me semble évident.

      Et ce billet ne comptera pas pour le challenge JLNN, vu qu’on est pas encore le 12 décembre (j'avais un peu la flemme de le garder au frais). Mais je ne me fais pas de souci, je trouverais plein d'autres nouvelles à lire !

      CITRIQ

      samedi 24 novembre 2012

      Frankenweenie - Tim Burton


      Après vérification, ça faisait un bail. Que j’étais allée au ciné, certes, mais surtout, que j’étais allée au ciné voir un film de Tim Burton. Le dernier, c’était Sweeney Todd, et depuis, je n’étais qu’à moitié inspirée par ses créations (et pas franchement encouragée par des critiques peu enthousiastes).

      Mais Cachou ayant chanté les louanges de ce film d’animation, je me suis dit que ça valait le coup de tenter, et je n’ai pas été déçue du tout. C’est même un des plus beaux films que j’ai vu cette année, il me semble.


      Frankenweenie nous raconte l’histoire de Victor Frankenstein, un jeune garçon passionné de sciences, dont le seul ami est son chien, Sparky. Lorsque celui-ci décède, renversé par une voiture, Victor est désespéré, jusqu’à qu’il ait l’idée de ramener son chien à la vie. Ce qui n’est pas forcément très bien vu par son entourage, une fois le pot aux roses découvert.

      A l’origine, il s’agissait d’un court métrage réalisé par Tim Burton en 1984 pour Disney (il est trouvable sur Youtube pour ceux qui voudraient comparer). Le film fut très mal reçu (jugé trop sombre et tout le reste), et Tim Burton fut viré. Et voilà qu’en 2012, il réalise une nouvelle version, en film d’animation, pour Disney. L’ironie de cette histoire ne vous aura pas échappé.

      Cette version de 2012 suit parfois au plan près l’histoire du court métrage, tout en étendant l’univers et le scénario de façon typiquement Burtonienne, avec des camarades de classe hauts en couleur (même pour du noir et blanc !), et une ville qui n’a rien à envier à la banlieue de Edward aux mains d’argent.


      C’est assez marrant, parce que sur le papier, Frankenweenie a l’air d’une histoire assez sinistre et horrible, pas le genre de dessiné animé qu’on montrerait aux enfants. C’est en noir et blanc, les personnages sont assez effrayants d’apparence (que ce soit le prof de sciences ou Edgar, pour ne citer qu’eux), et l’idée de ressusciter son chien, comment ne pas trouver l’idée complètement glauque ?

      Et pourtant, en s’appuyant sur cet univers délicieusement noir et décalé (comme seul Tim Burton sait le faire), Frankenweenie se révèle une des plus jolies histoires qu’il m’ait été donné de voir au cinéma. C’est bien simple, c’est presque affreusement mignon.

      Ce qui prouve bien qu’on est pas obligé de laver le cerveau des gosses à coup de princesses et de chansons sirupeuses pour offrir de belles histoires, soit dit en passant (non je n’ai pas du tout un problème avec les Disney classiques, je ne vois vraiment pas où vous voyez ça…).


      En effet, comment reprocher à Victor, héros solitaire, de vouloir ramener son chien à la vie ? Comment ne pas s’émerveiller des moyens employés ? Comment résister à ce Sparky revenu d’entre les morts avec son dos en tissu à motifs ?

      Ça devrait être glauque, et pourtant c’est touchant, parce que très juste et plein de nuances. J’en veux pour preuve la réaction des parents, dépassés par la situation mais qui reprennent vite le dessus.

      La deuxième partie (sur laquelle je ne m’étalerais pas) m’a semblé un poil plus forcé en virant dans le final bourré d’actions, mais c’est suffisamment bien fait, avec beaucoup d’humour et d’inventivité (je me demandais sans cesse comment la situation allait se retourner) pour que ça passe comme une lettre à la poste finalement.


      Au-delà de l’histoire, Frankenweenie est aussi un film de toute beauté : l’animation stop-motion en noir et blanc est absolument délicieuse, et il y a tout un travail d’ambiance avec la lumière et la musique (Danny Elfman bien sûr) qui évoque irrésistiblement les vieux films d’horreur, sans pour autant que ce soit réellement effrayant.

      D’ailleurs le film déborde de références sur le sujet (ni les noms ni les têtes des personnages ne sont anodins, surtout pour les camarades de classe de Victor), et si on ne les repère pas pendant le film, on peut toujours faire sa culture après (merci TV Tropes)

      Autant le dire, Frankenweenie a été un gros coup de cœur. Pour son esthétique, son histoire, mais aussi tout un tas de petits détails qui en font un film d’animation plein de subtilités. Et n’oublions pas le prof de sciences, parce qu’on aimerait tous avoir eu le même à l’école !


      Bien évidemment, je n’ai pas réussi à échapper à la 3D pour ce film (ou il me fallait sacrifier la VO, le choix était vite fait). Si les films d’animation se prêtent bien à cela (d’autant plus qu’ils sont courts), je suis un peu déçue du résultat.

      Je ne sais pas si ce sont mes lunettes 3D qui déconnent (ou mes lunettes tout court d’ailleurs), mais j’ai trouvé le relief assez médiocre dans des scènes où les personnages auraient dû sortir de l’écran pratiquement. Et le flou que cela induit dans certains passages est assez désagréable. Bref, ce n’est pas aujourd’hui que je vais me convertir !

      jeudi 22 novembre 2012

      Des nouvelles… (challenge)



      Non je ne suis pas morte, j’ai juste fait une petite pause d’une semaine le temps de ranger mes nouvelles étagères (photos à venir si vous êtes sages), et avancer tranquillement dans trois lectures en parallèle (sinon ce n’est pas drôle).

      Néanmoins, je n’ai pas perdu mon temps, puisque j’ai trouvé un nouveau challenge pour m’occuper l’année prochaine (sauf fin du monde bien sûr, auquel cas je serais au moins occupée entre le 12 et le 21 décembre). Merci à Lune, qui, dans sa croisade pour défendre les nouvelles, a lancé un challenge sur le sujet :

      Je lis des nouvelles et des novellas

      Ou JLNN pour les intimes, je pense que le principe du challenge s’impose de lui-même par son titre. Toutes les informations sont disponibles sur son blog, je vous y renvoie donc, n’hésitez pas à nous rejoindre, plus on est de fous…

      Pour le moment je ne vise pas de niveau spécifique, je verrais bien selon les envies du moment. Ceci dit j’ai profité de l’occasion pour taguer mes chroniques de nouvelles (tant bien que mal, pardonnez les éventuelles erreurs d’attribution), ce qui m’a permis de constater que je n’avais pas lu pas moins de 12 recueils depuis début janvier !

      La mauvaise nouvelle, c’est que dans mon opération vidage de PàL, j’ai évacué pas mal de recueils, mais il m’en reste tout de même trois livres que je vais pouvoir lire dans le cadre du challenge :


      - Notre-Dame-des-Ecailles de Mélanie Fazi, une valeur sûre, si je me fie à son autre délicieux recueil fantastique, Serpentine. 

      - Palimpseste de Charles Stross, une novella pour le coup, qui m'avait bien alléché avec ses histoires de voyage dans le temps (oui je sais, c'est facile avec moi)

      - Une histoire de la science-fiction (anthologie en cinq volumes réalisée par J. Sadoul en Librio, il me manque encore les volumes 3&4 mais je devrais vite résoudre le problème avec Internet…)

      J’ai aussi quelques anthologies qui prennent la poussière chez mon père, il faut que je remette le nez là-dedans. Et j’en profiterais peut-être pour relire Miroirs & fumées, qui contient quelques-uns de mes textes favoris de Neil Gaiman.

      N’oublions pas les projets de lecture comme L’anniversaire du monde de Ursula Le Guin (et tous ses autres recueils en passant), ou encore Le chant du barde de Poul Anderson. Et début décembre, il y a les Rencontres de l’imaginaire de Sèvres, où j’en profiterais sûrement pour faire quelques achats (et déjeuner avec les collègues comme toujours, c'était la parenthèse promo rencontre de blogueurs).

      Ajoutez à ça quelques nouvelles gratuites qui trainent sur mon PC (en attendant une liseuse), je ne suis pas prête de manquer de matière !

      mercredi 14 novembre 2012

      Merciiiiiiiiiiiiiiiiii

      Hier soir, je rentrais chez moi un peu maussade (c’est le mois de novembre en même temps, on le traverse généralement maussade ou malade, voire les deux !), lorsque j’ai eu l’agréable surprise de découvrir du courrier dans ma boite aux lettres, et pas n’importe quel genre de courrier :


      Une très belle monstrueuse carte d’anniversaire, à l’intérieur de laquelle se trouvait le plus beau des cadeaux :


      A Tigger Lilly qui aurait bien aimé voir ma tête, je vais répondre franchement : j’ai failli pleurer.

      C’est pourtant pas mon genre, les larmes de joie, mais la carte m’a fait tellement plaisir que j’avais les yeux bien humides en rentrant chez moi (et ce n’était pas dû à la différence de température entre l’extérieur et l’intérieur).

      Recevoir un joyeux anniversaire de Neil Gaiman, ça a de quoi faire planer n’importe qui (surtout moi), mais ce qui m’a le plus ému, ce sont tous vos petits mots à vous, amis et collègues blogueurs, qui avez eu une petite pensée pour moi alors que vous aviez des auteurs à rencontrer, des conférences à écouter, des expositions à voir ou une librairie à dévaliser…

      Je n’ai pas pu vous voir cette fois-ci à Nantes, mais j’espère bien me rattraper à la prochaine édition (ou à Sèvres, ou à Epinal ou ailleurs).

      Et en attendant, un grand merci à Anudar, Blop, Endea, Gromovar, Guillaume, Laure, Lelf, Lhisbei et M. Lhisbei, Lorhkan, Plume, Shaya, Tigger Lilly et à Tortoise pour cette très jolie carte (en espérant n'avoir zappé personne).

      Et à Neil Gaiman bien sûr, c’est gentil d’avoir pensé à me fêter mon anniversaire !