Pour ceux qui n’avaient pas encore compris que j’étais très fan de Doctor Who (je doute qu’ils existent mais on ne sait jamais), cette chronique devrait définitivement vous convaincre je pense. En effet, mieux que les romans dérivés, je me suis attaqué à cette espèce d’OVNI qu’est The Writer’s Tale.
Il s’agit en fait d’un livre reprenant deux années de correspondance entre Russell T. Davies (producteur et scénariste qui a relancé Doctor Who et supervisé la série pendant les 4 premières saisons) et Benjamin Cook, un journaliste (qui écrit entre autre pour le Doctor Who Magazine).
Une première version du livre est sortie en 2008 (elle couvrait le développement de la saison 4 durant l’année 2007). Elle m’a bien fait bavé, vu qu’elle avait l’air amplement illustrée. Cependant, j’ai préféré la version paperback (sous-titrée The final chapter) sortie en 2010, qui perd en illustrations et en extraits de script, mais gagne une année de correspondance (l’écriture des spéciaux de la saison 4).
Et voilà comment on se retrouve avec 700 pages d’emails en anglais !
En fait ça se lit très bien, car ça a quelque chose de très spontané et d’honnête. Je ne doute pas qu’il y a eu un travail de sélection, mais on a tout de même l’impression que rien n’a été laissé de côté, des grands moments d’inspiration où les mails de RTD atteignent trois pages sur des points de scénario, aux passages à vide où il s’apitoie sur lui-même (comme quoi personne n’échappe au syndrome de la page blanche ou à l’art de tout faire pour ne surtout pas se mettre à écrire).
Et puis c’est drôle. Les situations, les anecdotes, les idées folles, la façon dont tout cela est raconté… on s’amuse beaucoup à lire les mails, et si je vous citais tous les passages qui m’ont fait rire, cet article dépasserait sans peine les trente pages. Sans parler des illustrations.
Mais parlons plutôt du contenu. The Writer’s Tale, comme son nom l’indique, parle d’abord de l’écriture des scénarios, sur le fond bien sûr, mais aussi sur la forme. C’est vrai que je n’avais jamais considéré la spécificité d’un scénario, en terme de mise en forme, de jargon technique, de précisions sur le cadrage.
Evidemment, le plus intéressant est le travail sur le fond : la construction des intrigues à l’échelle d’une saison ou d’un épisode, la création des personnages, les coupes et les réécritures (il retouche quasiment tous les scénarios de la saison non écrits par lui, dans des proportions plus ou moins grandes).
C’est assez marrant de voir que lorsqu’il a attaqué la saison 4, qui serait le compagnon du Docteur n’avait pas été décidé, si bien qu’il a commencé à élaborer une journaliste nommée Penny Carter. Et puis Catherine Tate a accepté de faire une saison complète. Du coup cette pauvre Penny Carter a été reléguée dans l’épisode 1 à la journaliste qui pète un plomb à la fin attachée sur sa chaise.
J’ai beaucoup aimé lire tout le travail qu’il a fait pour développer le personnage de Donna, et comment les événements de la vie ont fini par se greffer dans l’histoire : l’acteur jouant le père de Donna est mort peu de temps après le tournage de l’épisode 1, ils ont donc retourné les scènes avec Bernard Cribbins jouant le grand-père de Donna, et la mort du père de Donna a été ajoutée à l’histoire.
D’ailleurs en parlant de Donna, il fait une remarque très juste : « She’s an equal to the Doctor, a friend, a mate, a challenge. It struck me - this is how Barbara Wright would be written, if she were a 2007/8 character. »
(j’adore Donna, et j’adore Barbara, et il est vrai que si l’une est plutôt frivole et l’autre plus « cultivée », elles sont effectivement toutes deux des rares exemples de compagnons adultes, et du genre à tenir tête au Doctor et à avoir le dernier mot)
Ce qui finit par sauter aux yeux en lisant ce bouquin, c’est que beaucoup des scénarios de RTD sont articulés autour d’une idée ou un moment précis, sur laquelle se développe l’intrigue. Dès les premières pages, il prévoit le mega crossover des épisodes 12/13 de la saison 4, mais toute l’histoire avec les Daleks se développe bien plus tard.
Pareil pour les épisodes spéciaux de la saison 4 (dont le nombre, la durée et la répartition a mis du temps à être fixé), les derniers mots du 10e Doctor apparaissent très tôt, mais l’intrigue de son dernier épisode était assez banal à la base. L’idée de faire revenir le Master est arrivée plus tard, et Gallifrey bien après.
Ce qui est chouette dans ce bouquin, c’est de voir les idées envisagées, les scènes coupées (pour raison de budget parfois, ou autre). La première version de la rencontre avec the Shadow Proclamation dans l’épisode 12 de la saison 4 est à tomber, avec une foule d’aliens et même une apparition de Bébé Slitheen Margaret (si cela ne vous dit rien, je vous renvoie à la saison 1, épisode Boom Town).
Il y a aussi un dialogue coupé de The End of Time (deuxième partie) que j’aurais bien aimé voir pour de vrai dans l’épisode :
Addams : So you’re not human, right ?
The Doctor : Nope. Well, I was, back in 1999 for a couple of days, but that was like catching a 48 hour bug, I got over it
C’est assez marrant de le voir sortir des idées comme ça qui font vraiment fanfiction (il le dit lui-même d’ailleurs, rien que la rencontre Daleks/Cybermen relève du domaine de la fanfiction).
Celle qui m’a bien fait rire était son projet pour le Christmas special de la saison 4, où JK Rowling (jouée par elle-même, oui y’a du concept quand même) se retrouverait dans une espèce de monde parallèle avec des sorciers. Avec une très bonne justification qui plaira sans doute beaucoup à
Isil :
« We’ve done Dickens, Shakespeare, Agatha Christie… why should kids think all great authors are dead ? »
Outre toutes ces histoires d’écriture, le bouquin évoque un peu toute la vie autour de la série : anecdotes de tournage, négociations pour obtenir des sous, imprévus de la vie, et les stratégies de malades en communication pour couper l’herbe sous le pied aux tabloïds (notamment quant à l’annonce du départ de David Tennant, ou le casting de Matth Smith).
(oui j'aime beaucoup cette image !)
C’est assez rigolo de découvrir tout ça (beaucoup d’évènements ont déjà été racontés dans les Doctor Who Confidential, mais comme je suis loin de les avoir tous vu...), autant dire que c’est assez passionnant à lire, pour les fans de Doctor Who, et pour les accros aux séries télé en général. Et puis il y a pas mal de discussions sur ses anciennes réalisations (à donner envie de mettre le nez dedans, bien sûr !).
J’espère qu’un jour il existera un bouquin sur l’ère Moffat, parce que ça serait également très intéressant. D’ailleurs je conclurais sur ce bout de mail de Moffat qu’il commençait à écrire sa saison 5 :
« Can we make sure David is wearing his tie when he regenerates ? It’s for a new bit in Episode 1.
You’re going to tell me he defeats the baddies by blowing up his tie or something… ? »
Ah Doctor Who, chaque détail compte…