vendredi 31 janvier 2014

La Horde du Contrevent - Alain Damasio


« Nous sommes faits de l'étoffe dont sont tissés les vents »

Des fois, je me demande si on ne reconnaît pas les chefs d'œuvre au syndrome de la page blanche qui frappe systématiquement quand on essaye de les chroniquer, tant on peine à trouver des mots pour égaler notre ressenti de lecture. La Horde du Contrevent est un de ces romans. J'ai pensé que le relire en lecture commune sur le Cercle d'Atuan rendrait la chose plus facile, mais sept ans après ma première lecture, ce roman me tourneboule encore !

La Horde du Contrevent nous emmène sur une terre désolée cernée par la glace et sans cesse battue par les vents. Depuis plusieurs siècles déjà, les habitants de ce monde essayent de découvrir l'origine du vent, et pour cela, il faut atteindre l'Extrême-amont de la t(T?)erre où ils vivent. C'est l'objectif de des hordes du Contrevent, des groupes d'élite qui partent à pied de l'Extrême-aval et affrontent mille dangers pour trouver l'autre bout de la terre. La horde qui est à l'honneur dans ce roman est la 34e, et elle compte bien réussir là où les autres ont échoué.

La horde se compose de vingt-trois membres, chacun ayant un rôle bien précis : il y a Golgoth le traceur (c'est à dire le chef qui « trace » la route), Sov le scribe, Oroshi l'aéromaître experte en vents, Alme la soigneuse, Callhiroé qui faut feu de tout bois, les crocs qui tirent les traineaux de matériel et tant d'autres personnages (cueilleuse, artisan du bois, fauconnier) qu'on découvrir au fur et à mesure, de l'extérieur ou de l'intérieur.

C'est en effet la grande particularité de ce roman, qui multiple les points de vue interne à un niveau rarement atteint, puisque chacun des hordiers prend la parole à tour de rôle pour raconter leur périple. Bien sûr, certains sont plus bavards que d'autres, mais au final ce n'est rien de moins que vingt-trois points de vue qui s'entrecroisent, chacun avec un style propre.

Cela pourrait être effrayant, mais chaque point de vue est en fait identifié par un symbole en début de paragraphe qui indique qui parle. Lorsqu'on a un doute (ce qui arrive fréquemment), il suffit de jeter un œil au marque-page ou au rabat du livre (selon si vous lisez l'édition poche ou le grand format) pour identifier le personnage et son rôle dans la horde.

Cela suffit déjà à faire de La Horde du Contrevent un roman qui est tout sauf banal, mais son originalité ne s'arrête pas là.

La deuxième chose qui frappe à la lecture, c'est en effet l'univers. Dans ce monde imaginaire jamais clairement nommé, tout tourne autour du vent : la cosmogonie du monde (qui dit que la vie est issue de la décélération du ven), sa physique, ses créatures (les chrones), son habitat (soit enterré soit aérien), ses modes de vie... tout se base sur cette constante aérienne. Ce n'est pas toujours compréhensible, mais c'est complètement fascinant à découvrir.

Tout cela crée une telle sensation de dépaysement qu'il m'est arrivé de ne pas me sentir à ma place quand je levais la tête de mon livre dans le métro ! On dit souvent que les livres font voyager, j'en connais bien peu qui font autant voyager que celui-ci.

Il faut dire que la quête de la Horde est prenante au possible : on démarre le livre en plein furvent (une sorte de tempête qui rase tout sur son passage), et ce n'est que le début ! Les péripéties sont nombreuses, et pour un roman qui se présente comme une longue randonnée, il n'est jamais répétitif tant les obstacles sont diversifiés : eau, neige, vent... et même les hommes posent problème parfois.

La Horde du Contrevent, c'est donc 700 pages de folle aventure (aussi belle dans son aspect épique que dans son aspect humain), où l'on souffre avec la horde, tant l'immersion se révèle vite totale. Le point de vue interne aide grandement, certes, mais aussi l'extraordinaire écriture de l'auteur, sans laquelle ce roman ne serait rien (ou en tout cas beaucoup moins bien).

On ne peut en effet qu'admirer l'incroyable travail pour diversifier les styles d'expression en fonction des personnages (des personnalités comme Caracole ou Golgoth s'identifient immédiatement), mais aussi tout le vocabulaire déployé dans le champ lexical du vent, quand on ne tombe pas sur des sublimes morceaux d'écriture, tout simplement. La Horde du Contrevent, c'est un roman qui est aussi beau pour son contenu que pour son contenant.

Je pourrais sans doute continuer à chanter les louanges de ce roman pendant des pages et des pages, mais cela me semble inutile sur un livre qui pour moi reste une expérience de lecture unique, à la fois merveilleuse et éprouvante. La Horde du Contrevent est un petit chef d'œuvre dans lequel tout le monde devrait mettre le nez un jour, et à mon avis il n'y a pas que les fans de littérature de l'imaginaire qui y trouveraient leur compte. Bien qu'il soit classé en SF, c’est définitivement un roman qui défie toute notion d'étiquette ou de genre.

Avis des autres Atuaniens : Hilde, Kissifrott, Mariejuliet, Rose

CITRIQ

mardi 28 janvier 2014

Sandman intégrale 1 - Neil Gaiman


Puisque l'introduction de cet article a fini par prendre son indépendance, je vais pouvoir rentrer directement dans le vif du sujet avec cette chronique de la première intégrale de Sandman, version Urban Comics.

Comme j'ai gardé l'habitude de l'ancien découpage en dix volumes, je vous parlerais séparément des deux entités qui constituent ce recueil, Préludes & Nocturnes (Sandman #1-8) et La maison de poupée (Sandman #9-16). Pas de spoiler à ma connaissance, je n’évoque l’intrigue que dans ses grandes lignes.

PRELUDES ET NOCTURNES

Porte d'entrée dans l'univers de Sandman, cette première histoire est peut-être bien une des plus déstabilisantes de toute la série. L'intrigue est pourtant simpliste : le Seigneur des rêves est capturé, il est emprisonné pendant 70 ans, il s'échappe et part en quête de ses outils pour pouvoir reconquérir son royaume.

Mais le ton est assez inattendu, y'a un côté horreur assez affirmé, un melting pot de références DC comme pour donner une légitimité à l'univers (Constantine, la Ligue de Justice, l'Asile d'Arkham), des personnages mythologiques qui s'incrustent à la fête (Abel et Cain, les Parques, Lucifer)

Même à la relecture je ne trouve pas ce récit toujours facile d'accès, bien qu'on y trouve en germe tout Sandman (dont certains éléments qui feront sens quelques chapitres plus loin). Cependant cela n'empêche pas d'y trouver quelques morceaux d'anthologie :

- Un espoir en enfer, dans lequel s'impose vraiment la figure de Rêve, être clairement aussi dessus de tout qui est capable de remporter la victoire à la force de ses mots ;

- 24 heures, qui commence sur un petit récit du quotidien comme Neil Gaiman sait si bien le faire, avant de dégénérer en film d'horreur affreusement glaçant ;

- Bruit et fureur, sa suite directe, dont j'admire toujours autant ses pages d'introduction et de conclusion ; lors de la première lecture c'est peut-être bien là que j'ai commencé à réaliser la perle que j'avais sous les yeux ;

- Le bruit de ses ailes, étrange conclusion de cette histoire qui ouvre vers de nouveaux horizons en faisant apparaître la grande sœur du Rêve, certainement le personnage le plus marquant de la série.


LA MAISON DE POUPEE

Après une première histoire un peu perturbante, la deuxième grande histoire de Sandman, La maison de poupée, est une de mes favorites. Deux intrigues s'y entrecroisent : d'un côté le Rêve qui reconstruit son royaume, et qui constate que certains de ses habitants ont pris la poudre d'escampette, pendant qu'une jeune fille tout à fait ordinaire, Rose Walker, part à la recherche de son frère disparu. Evidemment, tout cela est lié...

La maison de poupée est pour moi un récit plus fluide et plus prenant que Préludes et nocturnes. En partant de quelques détails de l'histoire précédente (Unity Kinkaid, Rose Walker et Nada ont été mentionnées auparavant), Gaiman construit une histoire très riche, parfois drôle, parfois émouvante, et parfois complètement terrifiante.

On retrouve cette manie typiquement gaimanienne de glisser des petits récits « anecdotiques » au le long de l'intrigue principale (le superbe Contes dans le sable qui ouvre l'histoire, et le très sympathique Hommes de bonne-encontre à mi-parcours).

On croise également pléthore de personnages mémorables : Rose Walker dont j'aime beaucoup les petites notes d'humour tapées à la machine, Gilbert (le plus remarquable locataire de la maison de fous où vit Rose, mais j'avoue adorer tous les autres également), et enfin le terrifiant Corinthien.

D'ailleurs à ce sujet, le chapitre Collectionneurs est peut-être un des trucs les plus flippants écrits par Gaiman. Sincèrement, je m'étonne que personne n'ait pensé à en faire un film, même déconnecté de Sandman il y aurait un potentiel horrifique énorme.

Dense et prenant, avec une belle quantité d'intrigues qui se rassemblent à la fin, La maison de poupées est un excellent moyen de rentrer dans l'univers (ça peut être une alternative si le début ne vous botte pas).

Cette première intégrale déjà exceptionnelle vient en plus avec un lot de bonus très intéressant qui revient sur la conception du comic (avec des images, des synopsis) et offre quelques éclaircissements via un entretien avec l’auteur, c'est donc un très bel objet livre qui donne envie de poursuivre le renouvellement de la collection.

A noter que la traduction a été revue par Patrick Marcel (qui a traduit moult oeuvres de Neil Gaiman), ce qui me fait grand plaisir. Pour le moment j'ai un peu de mal avec certains choix (après des années à dire Dream, passer à la vf ne se fait pas tout seul), mais je suis contente de voir que certains noms vont enfin être harmonisés et surtout traduits avec plus de finesse (parce que bon Fiddler's Green qui devient Finaud la Verdure... no comment).

CITRIQ

samedi 25 janvier 2014

Utopiales 2013 (anthologie)


Cette année, comme j’étais partie sans un sou aux Utopiales, j’ai opté pour un achat ultra-rentable en matière de dédicaces : l’anthologie du festival, que je me suis bien amusée à faire dédicacer par tous les auteurs présents (un seul a échappé à ma traque impitoyable).

J’ai un peu fait traîner sa lecture par contre, picorant une nouvelle de temps en temps. Il faut dire que l’absence de réel fil conducteur n’invite pas spécialement à enchaîner les textes. Par ailleurs j’ai été un peu déçue en réalisant que pour les auteurs étrangers, la plupart des textes n’avaient rien d’inédit et dataient quelque peu.

Je comprends les raisons qui poussent à ce choix, mais pour une anthologie qui pour moi devrait ressembler à une photographie de la SF récente, il y a quelque chose qui cloche un peu.

Ceci dit la plupart des nouvelles se lisent avec plaisir. Comme l’an dernier je n’ai pas eu de gros coup de cœur, mais ça m’a donné l’occasion de (re)faire connaissance avec plein d’auteurs, et même de me réconcilier avec certains. Voyons un peu ça en détail :

Dougal désincarné de William Gibson a été une excellente surprise : alors que je n’avais jamais pu dépasser les premières pages de Neuromancien, j’ai lu avec plaisir cette histoire de fantôme des temps modernes. Maintenant je pourrais dire que j’ai lu du Williams Gibson !

Trois relations de la fin de l’écrivain de Jean-Louis Trudel est une histoire étrange mettant en scène un futur où l’écrit disparaît. Je suis loin d’avoir été complètement happée par l’histoire, mais l’écriture de cet auteur a un charme certain. Il faudra que je lise d’autres textes de lui.

Les fleurs de ma mère de Andreas Eschbach offre une variation très originale sur la fin du monde, en la présentant du point de vue d’un handicapé mental. Le sujet reste classique, mais le résultat très touchant, il faut définitivement que je me replonge dans Eschbach (même si ses romans récents ne m’inspirent pas plus que ça, je suis preneuse de suggestions dans le domaine en fait).

Noël en Enfer de Orson Scott Card est un conte de Noël certes très orienté valeurs chrétiennes, mais qui m’a happé d’un bout à l’autre. On a beau être fâché avec les opinions de l’auteur, il faut reconnaître qu’il s’y entend pour conter une histoire.

La main tendue de Norman Spinrad m’a réconcilié avec un auteur avec lequel j’avais toujours eu du mal. J’ai beaucoup aimé cette histoire de premier contact alien, histoire optimiste et en même temps pleine de cynisme.

Grenade au bord du ciel de Sylvie Lainé prouve une fois encore que cette auteure est une voix à part dans le monde de la SF. C’est un récit très doux qui nous emmène visiter un bien mystérieux astéroïde en orbite autour d’une planète primitive.

Vert dur de Stéphane Beauverger s’amuse à renverser les rôles avec un univers où les hommes souffrent de discrimination. C’est délicieux et piquant à lire, et ô combien parlant.

Comment je suis devenu un biotech de Lucas Moreno est un texte qui nous parle intelligence artificielle et évolution de l’humanité. Il y a presque trop de matière pour cette nouvelle qu’on imaginerait facilement en roman. Cela m’a donné bien envie de découvrir un peu plus cet auteur en tout cas.

Dans les mines de Mars de Jean-Pierre Andrevon offre une vision bien noire du futur via une variation sur la colonisation de Mars. La nouvelle date des années 70 à l’origine, et cela se ressent un peu trop, si bien qu’on se demande pourquoi elle a atterrit dans cette anthologie.

J’ai eu trente ans de Thierry Di Rollo est une nouvelle glaçante, comme toujours avec l’auteur. Moi qui peine habituellement sur ses textes, je suis bien contente d’avoir apprécié la balade pour une fois.

Trois futurs de Ian McDonald est de loin la nouvelle à retenir du recueil. Parlant révolution arabe et réseaux sociaux, ce texte sonne vraiment comme actuel (j’aurais aimé que toutes les nouvelles aient la même qualité), et résonnait d’autant plus drôlement bien avec les conférences auxquelles j’avais assisté aux Utopiales.

La femme aux abeilles de Thomas Day est un texte un peu à part, pas vraiment de SF d’ailleurs. J’ai bien aimé l’atmosphère de cette Grande Bretagne du début de notre ère. J’ai eu plus de mal avec la violence du texte.

Nimbus de Peter Watts nous parle d’un étrange futur où les nuages ont accédé à la conscience, et ce qui en découle pour l’espèce humaine. L’ambiance est vraiment bizarre, mais le propos sur l’évolution des mentalités sonne juste.

La fontaine aux serpents de Jeanne-A Debats nous fait enquêter sur un meurtre sur une station spatiale avec un vampire (qui provient d’un de ses romans) en guise de détective. Le mélange des genres est assez succulent, certains passages flamboyants… voilà qui donne envie de se replonger dans les écrits de cette auteure.

Bref comme je disais, pas de gros coup de cœur (à part peut-être pour le texte de Ian McDonald), cette anthologie est surtout une porte ouverte vers plein d'auteurs à découvrir. Je devrais en faire mon challenge personnel de cette année tiens, explorer plus avant l'oeuvre des auteurs de cette anthologie !

CITRIQ

mercredi 22 janvier 2014

Sandman - Neil Gaiman : petite introduction


C’était une de mes résolutions 2013, chroniquer Sandman sur ce blog. Certes je suis très en retard, mais j’hésitais un peu à m’y attaquer, tant il est difficile de trouver ses mots pour rendre hommage à un tel monument. Accessoirement je voulais me baser sur la nouvelle édition française, et à 35 euros le volume chez Urban Comics, ça fait un peu mal au portefeuille. Mais cette fois-ci j’ai craqué, et à raison d’un volume par mois je devrais être à jour d’ici mars (avant la sortie du tome 4 en mai).

Ceci dit étant dans l’impossibilité de vous parler de la première intégrale sans en passer par une très longue préface, j’ai préféré faire deux articles : le premier (celui-ci) vous présentera donc Sandman de manière générale et sans aucun spoiler, et je reviendrais ensuite plus en détail sur le contenu de la première intégrale un peu plus tard.


Sandman ce n’est pas bien compliqué : pour moi c’est tout simplement le chef d’œuvre de Neil Gaiman, ce qui n’est pas banal pour ce qui est une de ses plus anciennes réalisations. Cela peut paraitre présomptueux comme affirmation, mais cette série de comics est tellement riche, dense et complexe qu’à côté American Gods passe pour un roman simpliste.

Ceci étant dit, Sandman a deux défauts : ses dessins (j’y reviendrai), et le fait que c’est une œuvre impossible à résumer, ce qui fait qu’à chaque fois que j’essaye d’en parler, c’est la croix et la bannière pour présenter la chose.

Soit on fait comme Neil Gaiman qui a résumé sommairement la chose en « The Lord of Dreams learns that one must change or die, and makes his decision. », ce qui est une description ô combien exacte mais absolument pas parlante pour ceux qui n’ont pas lu les comics. Soit on se lance dans de longues explications métaphysiques et on espère que le lecteur suivra.


Sandman, comme son nom l’indique, renvoie donc au Marchand de Sables et au monde des rêves. Son héros est d’ailleurs Dream (ou Rêve selon les versions) qui comme son nom l’indique est le Seigneur du domaine du rêve. Ce n’est pas un dieu (il est au dessus d’eux) mais une sorte d’incarnation du rêve, qui gouverne ce domaine depuis les premiers rêves des étoiles en gestation, et jusqu’à que plus personne ne rêve (bref, la fin de l’univers).

Au début de l’histoire, ce Seigneur des Rêves est capturé lors d’un rituel magique, et passe une bonne partie du XXe siècle enfermé dans le monde réel. Lorsqu’il s’échappe, il doit reprendre le contrôle de son royaume qui va à vau-l’eau depuis sa disparition imprévue.

Cela peut sembler simpliste comme histoire, mais c’est sans compter sur le fait que le héros est le Seigneur des Rêves, dont le règne tend s’étendre également à l’imagination et la création, si bien que c’est mille figures et lieux mythologiques, historiques et fictifs qui s’invitent à la fête.


C’est ce qui fait toute la saveur de Sandman, cet incroyable capacité à juxtaposer toutes les histoires (avec ou sans H majuscule) comme si c’était parfaitement normal, comme si tout n’était finalement qu’un seul et grand récit.

Toute la série est construite comme cela, alternant d’ailleurs entre des histoires courtes (plus ou moins indépendantes de l’intrigue) et scénarios plus complexes liés aux aventures du Rêve. Il est d'ailleurs fréquent qu’on se rende compte à posteriori que la petite anecdote n’était pas si anecdotique que cela. L’auteur ne laisse rien au hasard, si bien chaque mot, chaque image, tout compte.

Le résultat est donc un univers formidablement riche où on s’offre de fantastiques voyages. On y croise des héros de comics (Constantine et quelques membres de la Ligue de Justice), des écrivains (comme Shakespeare ou Mark Twain), des personnages historiques (Marco Polo, Auguste ou Robespierre), des dieux (Bastet, Odin), des créatures fantastiques (fées, gargouilles), des personnages mythologiques (Orphée, Lucifer, les Parques) mais aussi des Monsieur et Madame tout-le-monde (enfin quand ils n’ont pas décidé d’arrêter de mourir comme ce cher Hob Gadling).


Ce gigantesque mélange fonctionne à merveille, c’est même fascinant de découvrir petit à petit les liens qui unissent tous ces personnages entre eux. On rencontre par exemple dans un volume une jeune fille qui appelle une amie pour avoir des nouvelles de sa petite amie avec laquelle elle s’est disputée. La dite amie apparait dans l’histoire suivante, et la petite amie quelques volumes plus loin, et ainsi de suite.

Il y a certainement d’autres aspects de ce comic que je pourrais mettre en avant (il suffirait de philosopher sur le propos de l’auteur ou de parler des nombreuses références littéraires) mais si je ne devais retenir le point fort de Sandman, c’est définitivement son univers incroyable, formidable hommage aux histoires sous toutes leurs formes.


Ceci dit Sandman a un défaut : son dessin, qui a tendance à rebuter tout lecteur qui s’y attaque. Personnellement j’ai eu la (mal)chance de connaitre les comics Star Wars du début des années 90, qui sont parfois des horreurs (style l’Empire des ténèbres tout en rose et en vert fluo), je suis donc immunisée dans le domaine.

Mais il est vrai que les premiers numéros de Sandman ont des couleurs parfois carrément flashy et un dessin… disons qu’on est habitué à mieux. Cela n’empêche pas une réelle intelligence de la mise de la page : le découpage des pages change du tout au tout selon les chapitres, et ce n’est jamais hasardeux. Sandman est d’ailleurs la première BD à m’avoir fait prêter attention au découpage, justement.


Par ailleurs il faut savoir que les dessinateurs changent fréquemment (ce qui reflète à merveille le fait que le héros est un personnage dont l’apparence change selon qui le regarde), et que les derniers numéros ne ressemblent en rien aux premiers. Certains sont d’ailleurs de toute beauté, notamment Ramadan de Craig Russel, ou les deux numéros « shakespeariens » signés par Charles Vess. Il faut aussi parler de l’incroyable travail de Dave McKean : il a réalisé l’ensemble des couvertures de la série (dont je me sers pour illustrer cet article), et cela donne une touche très particulière à l’ensemble.

Bref c’est parfois moche, mais Sandman mérite que l’on passe outre. De plus, dans la nouvelle édition française réalisée par Urban Comics dispose d’une nouvelle colorisation, bien moins flashy et bien plus agréable à l’œil. Et aussi d’une nouvelle traduction revue, corrigée et harmonisée, autant dire que toutes les raisons sont bonnes pour découvrir enfin cette série !

dimanche 19 janvier 2014

Cru - Luvan


Au premier abord, Cru est un livre un petit peu perturbant : un auteur au nom mystérieux (j’ai dû me rendre sur Internet pour savoir si c’était Luvan ou Iuvan), un titre pour le moins concis, pas de résumé en quatrième de couverture. C’est comme si tout était fait pour titiller le lecteur, le pousser à l’ouvrir pour en savoir plus… et ça marche !

Cru est en fait un recueil de nouvelles fantastiques, allant de la mini-nouvelle de quelques pages à la novella qui avoisine les 100 pages, qui est caractérisé par son atmosphère plutôt glaciale : la plupart des histoires se déroulent dans les pays du Nord, ou en lien avec.

Au début de ma lecture, j’ai pensé à Lisa Tuttle et Mélanie Fazi, dans cette tendance à l’horreur douce, qui met mal à l’aise en très peu de mots. Mais le style de Luvan est très différent. Elle a en effet une plume très particulière où tout est dans l’évocation, la déconstruction, le non-dit.

On a parfois l’impression que les interstices entre les paragraphes en disent plus que le texte lui-même, et il m’est arrivé de relire certains textes pour mieux les comprendre (certains m’échappent encore d’ailleurs).

C’est une écriture très particulière, pas forcément facile à prendre en main, mais fascinante. On se laisse vite imprégner par l’atmosphère glaciale, étrange, décalée, qui s’appuie en plus sur un univers presque exotique (en tout cas pour moi), celui des pays du Nord. Cela va de paire avec un bestiaire fantastique un peu différent de ce qu’on croise d’ordinaires, les créatures ont un côté très primitif, d’authentiques esprits de la nature.

Si la plupart des textes sont courts (voire très courts), le recueil se conclut sur une novella où l’auteur se révèle tout aussi à l’aise dans une histoire d’amnésie, de mystères et de meurtres qui offre un joli portrait de Paris tandis qu’on se laisse porter par l’intrigue.

Bref, si je devais résumer en deux mots ce recueil, je le qualifierais d’étrange (tout est perturbant, du format du livre au mode de récit), et de fascinant (par son atmosphère, son écriture). Je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi à la lecture, mais c’est un des livres qui imprègnent et dont les échos résonnent encore bien longtemps après la lecture.


jeudi 16 janvier 2014

Doctor Who - The Time of the Doctor


Ayant vu cet épisode dans le train entre deux fêtes de Noël, j'en gardais un souvenir assez flou et il y a fallu un deuxième visionnage en janvier pour pouvoir rédiger cette chronique. Ceci dit c'est plutôt une bonne chose, tant j'avais du mal à rassembler mes idées sur cet épisode de Noël, certes brouillon mais fourmillant de plein de choses qui en font pourtant un excellent moment de Doctor Who (d'ailleurs j'aurais bien applaudi à la fin de mon premier visionnage mais je ne voulais pas faire peur à mes voisins dans le train...).

Comme d'habitude les spoilers sont au rendez-vous, en même temps qu'est-ce que vous faites là si vous ne l'avez pas encore vu ?!


Etrange épisode que The Time of the Doctor, mais il faut dire qu'il n'est pas aidé dès le début. Contrairement au départ de David Tennant qui se préparait sur plusieurs épisodes, celui de Matt Smith s'est greffé bien tard sur l'intrigue, si bien qu'on se retrouve avec un seul épisode pour clore en une heure toutes les intrigues en cours et pour lui rendre son dernier hommage. Lourd programme, ce qui explique sans doute le côté « accumulation » dont souffre cet épisode.


The Time of the Doctor commence un peu comme un conte, avec sa voix-off qui nous parle d'un message diffusé à travers l'univers, qui finit forcément par attirer les curieux à sa source : une petite planète qui ne paye pas de mine, mais qui est protégé par un champ de force.

Les curieux, ce sont évidemment les habituels méchants (Daleks, Sontarans, Cybermen et cie), et bien sûr le Doctor qui ne peut jamais résister à un mystère. Il s'invite donc à la fête en compagnie de Clara, qu'il vient de secourir d'un embarrassant repas de Noël en famille. Après un petit détour par l'église (vous savez, celle des prêtres soldats qu'on a déjà croisé dans les saisons 5 et 6), en route pour le lieu d'où émane le message : un petit village champêtre et enneigé portant le doux nom de Christmas.


Et c'est dans ce village, où il est impossible de mentir à cause d'un mystérieux « champ de vérité » que le Doctor retrouve une vieille amie :


« There you are. What took you so long ? »

Weeping Angels, check. Silence, check. L'église et ses prêtres combattants, check. Effectivement, il ne manquait plus que la mystérieuse faille de la saison 5 pour une bonne réunion de famille, et la voilà ! C'est plutôt malin de la ressortir maintenant, c'est une belle manière de conclure l'histoire (argument que je vais sans doute répéter maintes fois dans cet article).

La faille (provoquée par l'explosion du TARDIS) est en fait utilisé par les Time Lords pour transmettre un message depuis l'autre univers où ils ont été enfermés/mis en sûreté à la fin de The Day of the Doctor. Leur message est une question, la plus ancienne de toutes les questions : Doctor Who ?

Et si le Doctor répond à cette question, ils pourront revenir en toute sécurité. Sauf que la planète étant encerclée par la panoplie complète des méchants de l'univers, s'ils pointent le bout de leur nez c'est toute la Guerre du Temps qui risque de repartir de plus belle. Ce qui ne plaît guère à l'église :


« From this moment on, I dedicate this church to one cause. Silence. »

La boucle semble enfin se boucler sur la question du Silence lorsqu'on apprend plus loin qu'une branche « hérétique » de l'église menée par Madame Kovarian a cherché à régler la question directement en tuant le Doctor. Si on ajoute en prime le fait que la planète s'appelle Trenzalore. Reprenons donc la prophétie de Dorium dans The Wedding of River Song :
« On the fields of Trenzalore, at the fall of the Eleventh, when no living creature could speak falsely, or fail to answer, a question will be asked. A question that must never, ever be answered. The oldest question in the universe, hidden in plain sight. »
Tout y est donc, certes parfois de manière un peu compressée ou artificielle (comme le personnage de Tasha Lem qui semble un peu trop parachuté là pour les besoins de l'histoire), mais c'est tout de même chouette d'avoir enfin à peu près tous les éléments en main, et que ceux-ci s'assemblent dans quelque chose de délicieusement timey-wimey.


En parallèle l'épisode s'occupe de dire adieu au onzième Doctor d'une manière que j'ai trouvée très touchante. Je m'attends à verser des torrents de larme devant The Time of the Doctor, mais il n'en est rien. L'épisode se révèle surtout émouvant, triste certes, mais surtout un bel hommage très juste, jamais larmoyant.

C'est un peu tout le contraire du final de David Tennant (que j'aime beaucoup hein mais qui fait un peu sale gosse quand on met les deux régénérations en parallèle), et c'est marrant de voir justement ce contraste entre les deux incarnations... même si en parallèle je crois que jamais Moffat n'avait écrit d'épisode qui sonnait autant comme du Russel T. Davies (le repas de famille, le gros deus ex-machina...).


The Time of the Doctor s'attache donc à tirer le portrait de ce onzième Doctor, qui finalement restera définitivement ce vieil homme qui ne supporter pas de voir des enfants pleurer, comme l'avait si bien décrit Amy dans The Beast Below (oui 3 saisons en arrière) :
« What if you were really old, and really kind and alone ? Your whole race dead. No future. What couldn't you do then ? If you were that old, and that kind, and the very last of your kind, you couldn't just stand there and watch children cry. »
Bloqué sur cette planète, sentant sa mort venir, le Doctor décide donc de faire ce qu'il sait faire de mieux : protéger les innocents (car comme il le disait si bien « nine hundred years of time and space and I've never met anybody who wasn't important before. »), mais comme d'habitude avec panache !

On retrouve donc les grands discours, les danses ridicules, les manipulations et les mensonges (pauvre Clara qui se fait avoir deux fois !), tous les ennemis emblématiques (Weeping angels, un cyberman de bois, des Sontarans...) et des dessins d'enfants qui évoquent un peu la petite Amelia.

C'est un bel hommage donc, et une belle mort, plutôt inattendue dans cette nouvelle génération de Doctors jusque là plutôt orientés « action » : c'est finalement son grand âge qui cause son décès (exactement comme le premier Doctor, j'apprécie le parallèle). C'est donc sous la forme d'un vieux croulant qu'il défie une dernière fois les Daleks, tout en sachant qu'il n'y aura pas d'autre régénération vu qu'il a épuisé son stock.



Sauf que les Time Lords, grâce à l'intervention de Clara, viennent lui donner un petit coup de main sous forme d'un nouveau lot de régénérations, ce qui règle pour le moment l'histoire de la limite des régénérations, ce qui n'est pas un mal.

C'est une évidence qu'il fallait la contourner ou l'abroger, après tout c'est un reste d'une époque où on n'imaginait probablement pas une telle longévité pour la série. Et puis bon sérieusement, qui voudrait que le Doctor meurt pour de bon ?

Certes tout cela relève du pur Deus ex-machina (avec un petit côté « nananananère » sur les bords), mais j'aime autant qu'on n’ait pas passé quatre heures dessus. Déjà le temps commençait à manquer, et puis on a un nouveau Doctor à rencontrer accessoirement !


« Love from Gallifrey, boys ! »

Car si tout l'épisode est un peu bancal, les dix dernières minutes font complètement oublier le reste tant elles sont... parfaites.

On a donc le dernier numéro du Doctor face aux Daleks, avec un de ses bons vieux discours tonitruants avant régénération. La musique est d'ailleurs très intéressante à ce moment là, parce qu'on démarre sur une sorte de musique d'ambiance qui évoque plutôt l'ancienne série, puis le thème de Gallifrey avant d'enchainer sur une version alternative du Doctor's Theme de la saison 4.

Parenthèse musicale mise à part, le Doctor profite de sa nouvelle régénération pour faire exploser les Daleks puis se réfugie dans le TARDIS où Clara le retrouve.




Je m'attendais à moitié à voir apparaître directement le nouveau Doctor, mais c'était oublier la règle n°408 « Time is not the boss of you. ». Avant de changer, il prend le temps de se changer, de profiter une dernière fois de son plat favori (ah les fish fingers and custard) et de reprendre une apparence jeune qui permet à Matt Smith de faire ce superbe discours d'adieu !

- It all just disappears, doesn't it? Everything you are, gone in a moment, like breath on a mirror. Any moment now... He's a-comin'.
- Who's coming?
- The Doctor.
- You. You are the Doctor.
- Yep, and I always will be. But times change, and so must I. […] We all change. When you think about it, we're all different people all through our lives, and that's okay, that's good, you gotta keep moving, so long as you remember all people that you used to be. I will not forget one line of this. Not one day. I swear. I will always remember when the Doctor was me.
(non mais sincèrement, même au bout de la 5e fois que je le regarde j'en ai encore les yeux humides)



« Raggedy man… Goodnight »

Les apparitions de la petite Amelia et d'Amy concluent magnifiquement la scène, et bouclent une fois de plus la boucle. Le final de Ten était grandiose, celui d'Eleven l'est tout autant. Dans une veine plus douce et intimiste, mais non moins merveilleuse.

Mon seul regret est l'absence d'un thème original pour cette scène, puisqu'on retrouve Infinite Potential (qui vient de Rings of Akhaten). Ca m'a un peu déçu au début de ne pas avoir de Vale Decem version Eleven, mais je me rends compte finalement qu'elle colle merveilleusement bien à la scène.

En fait c'est un peu comme si Murray Gold avait rendu trop en avance LA musique de la fin de Matt Smith (après tout elle était presque trop magistrale pour un épisode si « mineur »), et finalement maintenant quand je l'écoute, je l'associe immédiatement à la fin de The Day of the Doctor.


Et puis, en un clin d'oeil, entre le douzième Doctor qui comme le veut la tradition est complètement à côté de ses pompes, à s'inquiéter de la couleur de ses reins. A en juger par sa dernière réplique, on ne va pas s'ennuyer non plus avec lui :

« Stay calm. Just one question. Do you happen to know how to fly this thing ? »

On était en train de pleurer et on termine sur un sourire, un authentique épisode de Doctor Who donc !

Pfiou, en tout cas ça me fait tout bizarre de dire au revoir à Matt Smith. Quand j'ai découvert la série on en était déjà à la saison 5, si bien que c'est le seul Doctor que j'ai vraiment suivi « en live » (ce qui explique que ce soit un peu « mon » Doctor).

Passer derrière David Tennant n'était vraiment pas une partie de plaisir à mon avis, et je pense qu'il a brillamment réussi à l'égaler avec ses excentricités (alimentaires et vestimentaires), ses grands gestes, ses manipulations et ses moments sombres, et surtout cette incroyable capacité à avoir l'air bien plus vieux qu'il ne l'est en réalité. Je le trouve même meilleur pour certains aspects mais c'est purement un ressenti personnel.

Je suis bien triste de le voir partir, mais bizarrement je ne m'inquiète pas trop pour son successeur. Peter Capaldi m'a l'air plein de promesses. Cela me fait plaisir de revoir un « vieux » Doctor (ça devrait changer un peu la dynamique avec Clara), et avec le fil rouge de Gallifrey je doute qu'on s'ennuie dans les saisons à venir. Je ne dirais pas non ceci dit à un retour à un format plus classique : pas de coupure à mi-saison et plus d'épisodes stand-alone plein d'aventures étranges et formidables, ça ne ferait pas de mal après toutes ces intrigues tarabiscotées.

Et en attendant la saison 8 cet automne, je n'ai plus qu'à reprendre le visionnage des anciennes saisons !

lundi 13 janvier 2014

Fables 20 : L'héritier du vent - Bill Willingham


Le vent du nord est mort, vive le vent (d'hiver) !

Jeu de mots pourri mis à part, ainsi pourrait commencer ce nouveau volume de Fables qui après la défaite (définitive on espère) de Mr. Dark, s'intéresse aux problèmes du succession posés par la disparition de North.

L'un des enfants de Blanche et Bigby doit lui succéder, mais lequel ? C'est ce que nous raconte cet Héritier du vent, tandis qu'en parallèle les Fables se préparent petit à petit à revenir à Fableville et à la Ferme.

Je vous avoue que je m'attendais à quelque chose d'un peu plus grandiose pour ces histoires d'héritage, la question se règle finalement plus facilement qu'on ne pourrait le croire.

Cependant c'est une lecture très intéressante car elle permet de découvrir les enfants-loups un peu plus en détail (jusqu'à maintenant l'auteur ne s'était pas franchement soucié de les différencier réellement à part pour un ou deux), et promet de belles (et dramatiques) choses dans l'avenir.

J'ai aussi beaucoup aimé dans ce tome que se développent de plus en plus des figures allégoriques/divines qui ne sont pas des simples personnages de contes : vents des quatre points cardinaux, figures de la Justice ou de la Vengeance... il y a presque un petit côté gaimanien dans cette cosmogonie qui se dessine peu à peu.

Joli tome de transition donc, et vivement la suite !

CITRIQ

vendredi 10 janvier 2014

Les souffles ne laissent pas de traces - Timothée Rey


Aller aux Rencontres de l'imaginaire de Sèvres a vraiment été une belle aubaine cette année, puisqu'en plus de passer une superbe journée, j'ai pu acquérir (entre autres) le premier roman de Timothée Rey un mois avant sa sortie en librairie. Connaissant l'auteur, je me doutais que ce polar préhistorique allait être un délice, je ne l'ai donc pas fait trop traîner dans ma PàL, une semaine après Sèvres je l'avais déjà fini !

Les souffles ne laissent pas de traces nous emmène dans ces temps lointains (que les moins de 30 000 ans ne peuvent pas connaître) où l'homme vivait dans des grottes ou des huttes, se nourrissant du produit de la chasse et de la cueillette.

Lors d'un grand rassemblement entre clans, un éminent dynaste se volatilise littéralement lors d'une chasse au bison. Tout le monde est persuadé qu'il a été enlevé par les Souffles (les esprits du vent), sauf un chamane, Collembole N'a-qu'un-oeil, qui est persuadé qu'il s'agit d'un meurtre. Il va donc mener l'enquête pour élucider ce mystère, en compagnie de son acolyte Queue-d'Aurochs.

Nous voilà donc à suivre les pas de ce Sherlock Holmes préhistorique, qui observe, théorise, déduit... après tout ce n'est pas parce que les analyses ADN n'ont pas encore été inventées qu'on ne peut pas trouver la clé du mystère !

Passer du format nouvelle au format roman n'est pas toujours facile, mais Timothée Rey gère avec brio le changement de format. Les souffles ne laissent pas de traces se révèle en effet un excellent polar (préhistorique) où on a plaisir à suivre l'enquête pour comprendre les tenants et les aboutissants de l'histoire.

(enfin à vrai dire les tenants et les aboutissants on s'en doute, c'est surtout les méthodes qui sont intrigantes)

Ce qui est chouette, en plus de l'aspect polar, c'est le soin que l'auteur a apporté à son univers. La société préhistorique est vraiment très bien rendue avec une multitude de détails : habitat, religion, coutumes, rien n'est oublié et surtout pas la gastronomie ! Les descriptions de nourriture sont d'ailleurs un réel supplice tant elles donnent faim à la lecture.

L'écriture est très belle et l'auteur déploie un bel éventail de vocabulaire (sans tomber dans l'excès), si bien que certains passages en deviennent presque poétiques. Si le ton est globalement sérieux, l'auteur ne peut s'empêcher de glisser quelques touches d'espièglerie, avec quelques références et jeux de mots (beaucoup ont dû m'échapper d'ailleurs).

Par ailleurs il intercale entre chaque chapitre des interludes sous forme de conte, proverbes, légendes qui viennent enrichir la culture qu'il a reconstitué/inventé. Ca me fait un peu penser aux apartés d'American Gods et c'est délicieux à lire (une fois encore).

Le roman présente bien quelques défauts (j'ai trouvé la conclusion un peu expéditive, et les personnages secondaires finalement peu détaillés, l'enquête prend toute la place et ne leur laisse guère le temps de se dévoiler), mais on passe un excellent moment de lecture à essayer d'élucider les mystères avec Collembole N'a-qu'un-oeil (et à identifier les jeux de mots de l'auteur).

La couverture est également de toute beauté, alors que demander de plus ?
« Ses lèvres intangibles lui narrent, dans une langue qu'elle reconnaît presque, les anciens secrets de la froidure et du givre, les ombres bleues et les ombres grises, la terrifiante élévation de la falaise et l'hostilité absolue du pays sans la moindre vie, là-haut, hanté de duveteuses lamies des neiges, de démons scintillants aux bras en étoile, de lézards-esprits dont le corps vitreux est cuirassé d'écailles de glace, sur le plateau plus vaste encore, lui-a-t-on dit, que la vaste steppe où elle a toujours vécu. »
Avec ses contes et légendes en guise d'interlude (sans parler de l'intrigue de base qui chercher à prouver que les dieux ne sont pas derrière ces disparitions), cela fait une participation de plus pour le challenge Winter Mythic Fiction !

CITRIQ

mardi 7 janvier 2014

Top Ten Tuesday (15) : Top 10 des livres lus en 2013


Comme chaque année, il est de bon ton de faire le bilan de ses lectures pour permettre aux faignants d'accéder directement à la crème de la crème. Cette année l'exercice a été très périlleux : c'est bien simple, j'ai aimé tant de choses que j'ai eu bien du mal à sortir une sélection réduite. Le classement chronologique comme toujours, chacun de ces textes est brillant à sa manière ou dans son domaine, alors mettre des ordres de préférence...

Top 10 12 des livres lus en 2013


1. Daytripper : au jour le jour - Fábio Moon & Gabriel Bá
Quand je l'ai lu, je ne savais pas quoi en dire. Presque un an (et deux relectures) plus tard, je ne sais toujours pas. Une chose est sûre, ce comic ne m'a pas laissé indifférent !

2. Roi du matin, reine du jour – Ian McDonald
Pour sa belle ambiance irlandaise, sa très jolie écriture, et son incroyable exploration du monde des mythes digne d'un Robert Holdstock. Un auteur qu'il faut vraiment que je continue à découvrir en 2014.

Quand Batman rencontre Iron Man au XIXe siècle à Paris, cela donne le baron noir et on en redemande ! Heureusement la suite arrive en 2014.

4. Cartographie des nuages – David Mitchell
Découvert par le film, j'ai adoré ce roman qui entrelace six histoires et rend un très bel hommage à la littérature sous toutes ses formes.

5. Un privé sur le Nil et Mariage à l'Egytienne – Sylvie Miller et Philippe Ward
Croisement improbable entre Cléopâtre, Le faucon maltais et Qui veut la peau de Roger Rabbit ? selon ses auteurs, Lasser, détective des dieux, série de polars dans une Égypte uchronique où l'on croise des dieux, est un petit plaisir délicieux qu'on ne se refuse pas.

6. L'héritage et autres nouvelles – Megan Lindholm / Robin Hobb
Je n'aime jamais autant Robin Hobb que quand je lis les écrits de Megan Lindholm, infiniment plus complexes et précieux que sa fantasy certes fort sympathique et efficace mais originale. Une bonne chose donc que les textes de « Megan » dominent dans ce recueil, une belle occasion de la découvrir sous un autre jour.

7. Le calice du dragon – Lucius Shepard
C'est la faute à Griaule, il m'avait déjà captivée en nouvelles, en roman ça marche aussi (avec une sacrée écriture qui plus est)(et des superbes illustrations).

Je ne pouvais pas ne pas l'inclure voyons, ce dernier roman de Neil Gaiman. Certes ce n'est pas son meilleur mais comme toujours sa douce magie fait son effet, on porte encore en soit son univers et ses noirceurs bien longtemps après.

9. Le jeune homme, la mort et le temps – Richard Matheson
Une très belle histoire d'amour autour d'un voyage dans le temps original. Je ne m'attendais même pas à rentrer dedans à ce point, comme d'habitude Richard Matheson est un maître pour happer le lecteur.

10. Une place à prendre – J.K. Rowling
J'aurais mis du temps à le lire celui-là, tant j'avais peur d'être déçue. Mais finalement, mis à part sa longueur et sa fin un peu forcée, j'ai adoré replonger dans l'écriture délicieusement cynique de l'auteure lorsqu'elle dépeint une petite bourgade anglaise.

Grand merci à Olya pour cette découverte, ce roman jeunesse m'aura fait hurler de rire quand j'en avais bien besoin, avec ses histoires de bibliothécaires maléfiques délicieusement subversives. C'est drôle et pas bête du tout, j'ai hâte de lire la suite !

12. Tau Zéro – Poul Anderson
Sacrée aventure que ce roman vertigineux qui n'a pas tant vieilli que cela. Poul Anderson est définitivement un auteur qui me fascine, il faudra que je continue à explorer son œuvre cette année !

Allez c'était le dernier bilan pour l'année 2013, il est grand temps de se remettre au boulot, je vous retrouve donc sous peu avec ma première chronique de livre cru 2014 (que j'ai lu en 2013 mais ça m'arrange bien de la publier maintenant, ça m'évite d'avoir à lui faire une place dans ce top ten...).

Le Top Ten Tuesday est une initiative de The Broke and the Bookish, reprise en version française par Iani.

dimanche 5 janvier 2014

Sur les écrans : Bilan 2013

Les bilans en début d'année c'est l'idéal, ça permet d'alimenter le blog à peu de frais le temps de reprendre un rythme de lecture (et d'écriture de chronique) normal. Et puis c'est l'occasion de fouiner dans les archives et de mettre en perspective tout ce qu'on a vu cette année-là, sur grand et sur petit écran.

FILMS

2013 n'est définitivement pas une année qui facilite les choses, puisque que quand je cherche à sélectionner 10 titres, j'en sors 14. Pour les films, j'ai tout essayé mais mon top 3 a quand même fini en top 4. Comme d'habitude, ils ne sont pas vraiment classés entre eux, chacun étant arrivé là pour des raisons qui lui sont propres.


  • Lincoln, c'est pour la très belle leçon de politique et la performance de Daniel Day Lewis ;
  • Cloud Atlas, c'est pour la virtuosité de cette adaptation où les histoires s'imbriquent merveilleusement les unes dans les autres grâce aux acteurs, à la musique, à la réalisation, bref un film complet ;
  • Gravity, c'est parce qu'on ne va pas souvent voir des films qui vous rappellent que le cinéma n'est pas qu'une machine industrielle mais aussi le 7e art ;
  • Attila Marcel, dernier film de Sylvain Chomet, on dirait un dessin animé tourné avec des vrais personnes, une merveilleuse petite comédie dramatique, douce et triste à la fois.
Je n'ai pas vraiment regardé ce que nous réserve 2014 au cinéma mis à part le 3e volet du Hobbit (hem hem), mais il me semble avoir vu passé un Miyazaki (Le vent se lève) et un Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel), de belles perspectives pour commencer l'année !


SERIES

Côté séries je ne m'amuserai pas à l'exercice du classement vu que j'ai principalement poursuivi celles que je regardais déjà. Comme le bilan est assez maigre, je vous le livre en version complète ci-dessous :

 
- The Big Bang Theory : une série toujours aussi sympa à suivre (et comment résister au duo Amy/Sheldon) même si la plupart des épisodes sont vite vus, vite oubliés ; 
 
- Doctor Who : la saison 7 s'est révélé un peu étrange (sans doute à cause de son découpage) mais le trio final Name of/ Day of /Time of the Doctor vaut son pesant de cacahuètes. En parallèle j'avance petit à petit dans les anciennes saisons. Mon objectif 2014 : avancer dans les aventures du 2ème Doctor, vu que la saison 8 n'est pas pour tout de suite !
 
- Downton Abbey : après une saison 3 qui commençait à ressembler à Dallas, la saison 4 se révèle globalement plus paisible et agréable à regarder, les scénaristes ayant plutôt bien géré le renouvellement du casting. Il serait bon que la série arrête de s'acharner sur certains personnages (comme cette pauvre Edith ou nos chers époux Bates) ;
 
- Hero Corp : Voir enfin arriver à la télévision cette tant attendue saison 3 a été un réel plaisir, même si je ne sais pas trop quoi en penser à cause du format qui rend l'intrigue très hachée. Il faudra vraiment que je la revois en DVD ;
 
- Once upon a time : Une série qui gagne définitivement en qualité de saison en saison, à en juger par la première partie de la saison 3, très riche et bien mouvementé, avec un sacré final qui aurait pu être la fin de la série. Certes cela reste légèrement gnangnan sur les bords (surtout quand les Charming sont de la partie), mais on s'amuse bien quand même !
J'en ai quand même découvert deux autres :


- Real Humans / Äkta Människor : une série suédoise sur les robots sur laquelle je suis partagée. D'un côté ça m'a fait vraiment plaisir de voir de la SF presque grand public à la télé, avec des thématiques vraiment intéressantes et une très chouette esthétique (les hubots sont bien rendus). Par contre le rythme est tellement lent que j'ai eu du mal à rentrer dedans au final.

- Top of the lake : à lire le résumé, cette mini-série de Jane Campion qui nous raconte l'enquête d'une policière sur une adolescente enceinte est extrêmement dure et sinistre dans ses thématiques. Mais elle est surtout magnifique de par ses décors (comme quoi la Nouvelle Zélande ce n'est pas que le Seigneur des Anneaux), son ambiance, ses acteurs... bref, ça se dévore ! Un jour, il faudra vraiment un jour que je rattrape le reste de la filmographie de Jane Campion.

Et j'ai aussi commencé la série animée Dragons : Riders of Berk, mais celle-là je vous en parlerais plus en détail quand je l'aurais terminée... J'ai un peu l'impression de ne pas avoir regardé grand chose en 2013, mais cela changera peut-être cette année !

vendredi 3 janvier 2014

Petit bilan béophile trimestriel (11)

Et voilà la dernière fournée de découvertes musicales pour l'année 2013. Je ne suis pas très en avance, je vous l'accorde, du coup à la demande de Raven, j'en ai profité pour vous proposer un petit best-of de mes coups de cœur de l'année.


Doctor Who - The Doctor, The Widow And The Wardrobe / The Snowmen – Murray Gold

Oui je sais, encore lui, toujours lui ! On ne se refait pas, que voulez-vous. Après le double album pour la saison 7, nous voilà donc avec un album consacré uniquement aux deux épisodes de Noël de la saison 7.

Même si on a parfois l'impression que c'est une façon de pousser à l'achat, j'aime bien ces CD qui ne se consacrent qu'à un ou deux épisodes parce qu'on profite plus des musiques d'ambiance et des réécritures qui font parfois le charme d'une scène uniquement (alors que les albums de saison se concentrent plus sur les grands thèmes qui reviennent encore et encore).

Il suffit de voir le morceau You're fired (qui me fait penser à du John Williams dans sa construction, y'a un côté très visuel). Et puis on peut apprécier en même temps l'apparition du premier thème de Clara, Clara in the Tardis, ça ne se refuse pas non plus !



Gravity – Steven Price
(oui je sais je suis d'un prévisible...)

On n'a pas forcément là une BO fantastiquement originale (on est plutôt dans le rayon musique bourrine bien hollywoodienne), mais j'ai trouvé qu'elle collait tellement merveilleusement bien au film que je n'ai pu m'empêcher d'y revenir, avec une nette préférence pour les derniers morceaux.

C'est assez marrant comme la musique évolue vers quelque chose de moins brut au fur et à mesure qu'on se rapproche de la Terre (Shenzou) pour conclure sur quelque chose de très tonitruant comme pour signaler le retour dans un environnement plein de bruits (Gravity).



Oblivion - M83
(celle-là au moins vous ne l'aviez pas prévue !)

Découverte grâce à Alys et Kissifrott, elle rentre définitivement dans la catégorie des BO qu'on a plaisir à écouter même si on n'a guère envie de voir le film dont elle provient. Il y a bien quelques passages qui ont un petit goût de repompe (en même temps quelles BO n'en ont pas ces temps-ci ?), mais l'ensemble dans sa veine Hans Zimmer et cie s'écoute très bien (cf. Canyon Battle).


BONUS TRACK

Comme promis, je terminerais ce bilan sur un petit retour sur mes BO favorites de l'année. Je ne suis pas très fière de moi sur le coup, je fais preuve d'un manque total d'originalité mais que voulez-vous quand on a ses chouchous...

Je retiendrais donc quatre BO :


- Lincoln de John Williams, surtout les deux dernières plages de l'album qui sont de toute beauté ;
- Cloud Atlas de Tom Tykwer, qui participe tellement à l'expérience du film que je ne peux pas faire l'impasse ;
- Doctor Who Series 7 parce que The Long Song ;
- The Lone Ranger parce que Hans Zimmer (oui je vous avais dit que je ne faisais pas dans l'originalité cette fois-ci).

Et si vous pensez que je suis passée à côté de certaines BO, n'hésitez pas, je suis preneuse de suggestions !