jeudi 30 août 2012

Petit guide de lecture de la Ballade de Pern


Alors que le challenge Anne McCaffrey se termine demain, je ne peux résister à l’envie de vous proposer, en guise de conclusion, un petit billet fourre-tout sur la Ballade de Pern.

Vaste planète-opera de science-fantasy (voilà pour le placement des mots-clés), Pern est un joyeux foutoir quand on en vient de parler ordre de lecture. Il faut dire que les seize volumes (si on s’en tient aux volumes écrits par l’auteure seule) ne sont aucunement numérotés, classés ou quoi que ce soit en VO. Et je ne parle même pas des nouvelles dispersées ici et là.

Dans quel ordre faut-il lire Pern ?

En France, parce qu’on est maniaque des classements (ou parce qu’on pense que les lecteurs risquent d’être perdus), Pocket a très vite inventé une classification quand la série a commencé à compter un trop grand nombre de volumes. Je vous laisse découvrir ça sur ce merveilleux scan issu de mon exemplaire de la Chute des Fils :


Certains choix m’ont toujours semblé discutables (Les renégats de Pern a l’air puni tout seul dans son coin), j’imagine que Pocket a préféré se prévoir de la marge pour le jour où d’autres romans du même genre seraient écrits. Mais cette organisation permet de dégager le cycle « principal » de La Grande Guerre des Fils.

Et puis les intégrales sont arrivés (une réédition plus que bienvenue pour moi qui avait découvert cette saga à la bibliothèque), et c’est là que j’ai commencé à ne plus rien y comprendre. Exit l’ancien découpage, au profit d’une approche chronologique qui permet soi-disant de redécouvrir la série.

Sauf que cette décision ne fait pas forcément le bonheur des nouveaux lecteurs qui risquent de complètement buter sur l’intégrale 1 (à l’exception de L’aube des dragons, les deux autres romans qui le composent ne sont pas de bons points d’entrée).

D’autant plus que cet ordre chronologique est parfois assez douteux : Les dauphins de Pern comme Les renégats de Pern seraient bien plus à leur place dans l’intégrale 5 (même si leurs prologues respectifs se déroulent chronologiquement bien en amont).

Du coup, si on peut débattre longuement sur l’ordre de lecture, il faut retenir une chose : ignorez l’ordre des intégrales ! Après, cela vous laisse deux approches : l’ordre de parution des romans, ou l’ordre chronologique dans l’univers.

  • L’ordre de parution original :

C’est l’ordre de lecture qui je recommande à tous les nouveaux lecteurs (et c’est accessoirement celui qu’Anne McCaffrey recommandait sur son site internet). La raison en est simple : c’est la meilleure façon d’entrer dans l’univers.

Anne McCaffrey a passé sa vie à écrire La Ballade de Pern (il y a plus de trente années d’écart entre Le vol du dragon et Les ciels de Pern), et son univers s’est construit et enrichi au fur et à mesure, si bien que deux volumes qui se suivent en apparence (Le Maitre Harpiste de Pern et Le vol du dragon) ne se ressemblent absolument pas dans le contenu.

C’est donc le meilleur moyen d’avoir une lecture cohérente même si un peu éparpillée, je vous laisse juger par la liste ci-dessous (avec la correspondance avec les volumes de l’intégrale). J’ai juste pris la liberté d’intervertir Le dragon blanc et Les tambours de Pern (le second est paru juste après le premier, mais question cohérence il vaut mieux commencer par le second).
Le Vol du dragon (Intégrale 3)
La Quête du dragon (Intégrale 3)
Le Chant du dragon (Intégrale 4)
La Chanteuse-dragon de Pern (Intégrale 4)
Les Tambours de Pern (Intégrale 4)
Le Dragon blanc (Intégrale 5)
La Dame aux dragons (Intégrale 2)
Histoire de Nerilka (Intégrale 2)
L'Aube des dragons (Intégrale 1)
Les Renégats de Pern (Intégrale 2)
Tous les Weyrs de Pern (Intégrale 5)
La Chute des fils (non repris en intégrale)
Les Dauphins de Pern (Intégrale 1)
L'Oeil du dragon (Intégrale 1)
Le Maitre-harpiste de Pern (Intégrale 3)
Les Ciels de Pern (Intégrale 5)

  • L’ordre chronologique de l’univers
L’autre approche est plutôt à réserver aux relecteurs. Il est vrai qu’il est attrayant de suivre le déroulement chronologique de l’intrigue (c’est comme d’enchainer Le Silmarillion, Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux), mais comme je le disais plus haut, ça occasionne parfois des décalages étranges d’un volume à l’autre.

En fait l’ordre des intégrales est à peu près juste, si ce n’est pour quelques volumes parfois transversaux (ou qui ont un prologue se déroulant quelques siècles plus tôt) que je me suis permise de remettre à leur place la plus logique.
L'Aube des dragons (Intégrale 1)
La Chute des fils (non repris en intégrale)
L'Oeil du dragon (Intégrale 1)
La Dame aux dragons (Intégrale 2)
Histoire de Nerilka (Intégrale 2)
Le Maitre-harpiste de Pern (Intégrale 3)
Le Vol du dragon (Intégrale 3)
La Quête du dragon (Intégrale 3)
Le Chant du dragon (Intégrale 4)
La Chanteuse-dragon de Pern (Intégrale 4)
Les Tambours de Pern (Intégrale 4)
Le Dragon blanc (Intégrale 5)
Les Renégats de Pern (Intégrale 2)
Tous les Weyrs de Pern (Intégrale 5)
Les Dauphins de Pern (Intégrale 1)
Les Ciels de Pern (Intégrale 5)
Ceci dit, ça fait toujours un joli paquet de livres à lire (et à acheter en plus), d’où le deuxième point de ma (très longue) diatribe :

Faut-il tout lire dans Pern ?


Ma maniaquerie personnelle m’interdit de laisser ne serait-ce qu’un seul volume de côté, mais en tout objectivité, non, il n’est pas nécessaire de tout lire. Aussi formidable que soit l’univers (c’est tout le côté magique de Pern, je serais bien en peine de vous expliquer le pourquoi), tous les romans ne se valent pas, et certains ont un sérieux arrière-goût de remplissage.

Ca ne veut pas dire qu’ils ne vous plairont pas, mais si vous voulez avoir un bon aperçu de l’histoire, ce n’est pas la peine de vous attarder forcément dessus. De toute façon, les textes les plus importants, c’est ceux-ci :
Le Vol du dragon (Intégrale 3)
La Quête du dragon (Intégrale 3)
Le Dragon blanc (Intégrale 5)
L'Aube des dragons (Intégrale 1)
Tous les Weyrs de Pern (Intégrale 5)
Oui on passe de seize à cinq romans, c’est tout de suite moins impressionnant. Notez qu’en plus, côté chronologie, ça colle tout à fait, à part pour L’aube des dragons (mais c’est bien plus cohérent de le lire après Le dragon blanc). Ce sont vraiment des indispensables. Après, il y a d’autres titres fort sympathiques à lire, à commencer par la « Trilogie des Harpistes » :
Le Chant du dragon (Intégrale 4)
La Chanteuse-dragon de Pern (Intégrale 4)
Les Tambours de Pern (Intégrale 4)
Ces trois volumes, plutôt orienté jeunesse, se lisent extrêmement bien, et s’intègrent bien à l’intrigue principale (c’est même plutôt utile de les lire après La quête du dragon, sans quoi vous allez vous demander d’où sortent certains personnages).

Et puis, si vous voulez en savoir plus, je vous recommande encore deux volumes qui viennent enrichir le passé de Pern :
La Dame aux dragons (Intégrale 2)
La Chute des fils (non repris en intégrale)
Le premier raconte l’histoire de Moreta (régulièrement citée dans les autres histoires), et le second, sous le format original d’un recueil de nouvelles, raconte les années après L’aube des dragons. Bon du coup vous voilà avec dix volumes à lire, mais quand on aime, on ne s’arrête pas en si bon chemin !

Et en dehors des intégrales ?

Ce qui m’amène à la dernière partie de mon blabla. La nouvelle édition en intégrale de Pocket est un peu trompeuse, puisqu’elle ne contient pas tous les textes de Pern. Je pinaille, me direz-vous, mais je regrette un peu que La chute des fils ait été écartée de la réédition.

J’aimerais bien une sixième intégrale reprenant toutes les nouvelles d’Anne McCaffrey sur Pern, mais j’imagine que je rêve un peu. En parlant de nouvelles d’ailleurs…

Anne McCaffrey n’a pas écrit que des romans se déroulant sur Pern, loin de là (certains romans sont même des nouvelles rallongées). Du coup, pour ceux qui ont le temps de s’amuser, il est possible de découvrir quelques textes dissimulés ici et là dans des anthologies :

Le plus petit des dragonniers dans La Dame de la haute tour, un texte sur l’Empreinte assez mignon mais qui ne mérite pas forcément le détour (mais comme le recueil le mérite, lisez-le quand même !).








Messagère de Pern, dans l’anthologie Légendes (dirigée par R. Silverberg), qui aborde un aspect très méconnu de l’univers, la profession de messager entre les forts. Si on laisse de côté quelques mièvreries, c’est un texte plutôt sympathique.







 Au-delà de l’Interstice, dans l’anthologie Légendes de la fantasy 1 (dirigée par R. Silverberg également), qui est si je ne m’abuse le dernier texte sur Pern écrit par Anne McCaffrey. Il se démarque d’ailleurs avec un côté mystique carrément habituel, qui mérite que l’on si attarde (même si ce n’est pas la thématique que je préfère, c’est intéressant de le voir surgir tout à coup même si certaines salamalecs sur les dragons m'ont laissé parfois un peu sceptique).



Il existe d’autres nouvelles, mais celles-ci n’ont jamais été traduites en français. Il y a d’ailleurs un joli recueil illustré en VO, A gift of dragons, qui en regroupe la plupart.

Voilà, je crois avoir fait le tour de tout ce qu’a écrit Anne McCaffrey sur l’univers de Pern. Après 2003, d’autres romans ont été publiés, mais ils sont co-écrits avec son petit fils, Todd McCaffrey (qui a repris le flambeau seul désormais). Un seul a été traduit en français, mais j’avoue que le contenu me tente assez peu.

Et puis, il faut savoir s’arrêter. D’ailleurs, vu la taille de ce billet, je ferais bien d’en faire autant ! J’espère que ce petit récapitulatif (hautement personnel) vous aura été utile, ou du moins, qu’il ne vous aura pas trop barbé !


mardi 28 août 2012

Terres perdues (La Tour Sombre 3) - Stephen King


« Vois la tortue comme elle est ronde !
Sur son dos repose le monde. »

Oui j’aime bien commencé mes articles sur le cycle de la Tour Sombre par des citations, car ce cycle déborde de phrases, proverbes, expressions qui finissent par me contaminer et me poursuivre. Doit-on y voir également une petite référence à Pratchett, allez savoir…

On croyait notre équipe au complet à la fin du tome 2, ce n’est pas tout à fait le cas, Roland étant torturé par l’étrange paradoxe de Jake, le garçon qu’il a sacrifié dans les montagnes, et qui est à la fois mort et non mort par sa faute. Il lui faut donc trouver une solution à sa folie, tandis que le trio évolue vers la Tour Sombre, via les Terres Perdues qui donnent leur titre au roman.

Dans mon souvenir, Terres Perdues étaient mon roman préféré, et je conserve cet avis à la relecture, ce tome est je pense l’un des meilleurs du cycle : il est extrêmement dense pour ses 500 pages, mais il n’en est pas assommant pour autant, car à l’exception de quelques passages un peu longuets, il permet de rentrer enfin dans l’histoire et dans l’univers.

Au fil des récits de Roland, et des rencontres sur le chemin (car oui, ils rencontrent enfin des gens, ça n’était pas arrivé depuis le milieu du tome 1 !), l’étrange monde où évolue notre ka-têt se dévoile. Et si jusque-là je mégottais un peu, il ne fait plus aucun doute que c’est un formidable exemple de fantasy post-apocalyptique.

En effet cet Entre-deux-mondes a toutes les qualités d’un univers secondaire (dont les rapports exacts avec notre monde à nous, à qui il emprunte de nombreuses références, restent encore à déterminer) avec ses figures tutélaires et sa cosmogonie, mais il y règne une telle désolation et un tel chaos qu’on ne peut que penser qu’à la fin du monde (surtout avec les distances qui s’allongent au fur et à mesure des années, comme s’il se défaisait petit à petit).

Mais on ne fait pas que parler et expliquer dans ce volume (même si la palabre y occupe une place assez importante). C’est aussi un tome parfois riche en action, surtout dans la deuxième partie où on a l’occasion de voir Roland en action à travers la ville de Lud (cité aussi désolée qu'effrayante). Il est tellement au top de ses capacités que ça en devient presque jouissif.

C’est également un tome assez émouvant, car Roland s’y ouvre un peu, et se retrouver à nouveau face à Jake permet de lui faire exprimer un peu plus d’émotions qu’à son habitude, ce qui rend le personnage bien moins froid.

Et il faut ajouter là-dessus tout un jeu de références et d’allusions dissimulées dans les pages, autant in-universe que concernant d’autres œuvres (en dépit d’un univers très différent, il y a quelques petits détails qui m’évoquent le Seigneur des Anneaux, j’ignore si c’est volontaire de la part de l’auteur ou si c’est moi qui imagine les choses).

Le résultat est donc un volume extrêmement dense et passionnant à lire. Je regrette juste un peu que nos héros semblent plus avancer parce que leur destinée leur dicte leurs actes et leur fournit leurs armes qu’autre chose, mais l’histoire est suffisamment prenante pour qu’on ignore ce fait pendant qu’on avale les pages.

Vu la fin en suspens du tome 3, j’enchainerais sans doute assez vite sur le tome 4, dès que j’aurais fini de digérer celui-ci (Magie et Cristal est encore plus gros en plus !).


CITRIQ

dimanche 26 août 2012

La dame de la haute tour - Anne McCaffrey


Histoire de terminer mon challenge Anne McCaffrey avec quelque chose qui n’est pas Pern, j’ai déniche chez les bouquinistes cette sympathique anthologie de l’auteur, dans la série Le grand temple de la SF, qui continua un temps le travail du Livre d’or de la SF.

C’était la première fois que j’avais l’occasion de lire un ouvrage de cette collection/série, et la surprise a été plus qu’agréable, à tel point que je regrette que de tels ouvrages ne se fassent plus aujourd’hui, avec des nouvelles donnant un aperçu d’un auteur sous ses différentes facettes, une introduction fort intéressante, et surtout une bibliographie pointue extrêmement utile.

En plus, hasard des hasards, la Dame de la Haute Tour, anthologie consacrée à Anne McCaffrey, a été entièrement réalisée (de la rédaction de l’introduction au choix et à la traduction des nouvelles) par Elisabeth Vonarburg, il n’y a pas de hasard dans la vie !

Sa préface d’ailleurs, même si elle s’attache un peu trop à la question du cyborg au féminin (question à laquelle j’ai assez peu été confrontée en lisant Pern, vous vous en doutez bien), est très intéressante, redonnant un peu de contexte aux nouvelles présentées, et à l’œuvre d’Anne McCaffrey, qu’elle cerne avec justesse.
L’œuvre de McCaffrey, sur ce point comme sur les autres, se compare tout à son honneur avec les textes des femmes auteurs plus « révolutionnaires » qui l’ont accompagnée […] dans l’exploration du corps féminin plus ou moins mutilé et/ou libéré. On a tort de lui reproché de ne pas avoir été « plus audacieuse » ou d’être encore « coincée » dans les rôles féminins traditionnels. Elle écrivait en prise sur sa propre époque, et surtout sa propre histoire, celle des années quarante et cinquante.
Chaque nouvelle étant fort intéressante en elle-même (à tel point que j’ai activement pris des notes pendant la lecture), vous avez le droit à une présentation détaillée de chacune, petits veinards !

La Dame de la Haute Tour est la deuxième nouvelle écrite par Anne McCaffrey (elle-même la présente souvent comme sa première), et déjà, on y trouve un de ses violons d’Ingres, les pouvoirs psychiques. Ca ne vous surprendra pas de savoir que cette nouvelle sera plus tard étendue sous forme d’un roman, la Rowane.

Ce que j’ai aimé dans ce texte, c’est l’aspect atypique du space-opera. On nage en pleine fédération galactique, mais les déplacements spatiaux ne se font pas grâce à des moteurs ou de l’hyperespace, mais grâce à des surdoués de l’esprit qui déplacent les vaisseaux par la pensée, de la façon collaborative.

La Fille de sa mère est également un texte ancien (1971), qui met en scène une jeune fille issue d’une famille d’agriculteurs avec un père assez macho et fermé, sur un monde où les résultats aux examens déterminent les choix de carrière pour le plus grand bien des élèves.

Dans certains aspects, on pressent un peu Pern (qu’elle commençait à écrire) dans le côté très rural de l’histoire, ainsi que dans le côté très utopiste du monde. Ca se sent aussi dans ces personnages féminins qui plutôt que de quitter carrément le carcan familiale pour s’émanciper (notamment d’un père qui la considère uniquement comme bonne à marier et incapable de gérer la ferme), mais qui usent plutôt de tous leurs talents diplomatiques pour maintenir intact la cellule familiale.

L'Enfant des fées n’est absolument pas un texte de fantasy, en dépit de son titre. Et son argument SF est finalement assez faible, puisque sur fond de cité futuriste, il explore la vie d’un étrange ménage à quatre (composé de trois hommes et une femme, je vous laisse en découvrir vous-même les détails).

Même si je plains un peu la pauvre héroïne par moments, j’ai trouvé ce texte, qui pourrait presque être une comédie romantique (sacrément décalée), extrêmement moderne, et ce n’est pas le seul dans ce recueil.

Le Temps qu'il fait sur Welladay est la nouvelle qui m’a le moins plu dans le recueil. Elle met en scène l’enquête que mènent différents protagonistes sur un trafic de substances miracles (issus de baleines) ayant lieu sur une planète océanique. Même si l’univers est chouette, je n’ai pas trop accroché à cette histoire, d’autant plus que le manque de séparation entre les paragraphes lorsqu’on changeait de point de vue a provoqué pas mal de confusion à la lecture.

Les Épines de Barevi est un texte étrange, complètement en marge de la production habituelle de Anne McCaffrey, dans une veine de « porno douce », comme la qualifie Elisabeth Vonarburg. En fait l’histoire repose tellement sur les gros poncifs de la vieille SF (avec une race alien qui asservit les humains) et des Harlequin (avec le cliché de l’héroïne qui tombe amoureuse de son bourreau, à peu de choses) que le résultat est absolument hilarant (et je pense, volontairement mauvais).

L'Amour suprême, de tous les textes du recueil, est je crois bien mon favori. C’est un formidable texte d’anticipation, assez peu branché SF et carrément visionnaire. L’histoire est celle d’une obstétricienne qui aide une femme ne pouvant avoir d’enfants à en avoir, grâce à sa belle-sœur volontaire pour jouer le rôle de mère-porteuse.

A l’exception de quelques termes un peu désuets (l’auteur parle d’exogenèse), le texte n’a pas pris une ride, et aborde toutes les questions morales et législatives qui tournent autour de la procréation médicalement assistée. Le résultat est juste bluffant.

Le Bon Père Noël nous sort un peu du registre de la SF pour passer à celui du fantastique, avec l’histoire d’un enfant capable de donner vie à ses dessins. J’ai été assez surprise du caractère assez cruel de cette histoire, assez éloignée de ce que j’ai l’habitude de trouver chez Anne McCaffrey.

Pomme pourrie revient une fois de plus sur le Cycle des Doués (elle a été publiée dans le Vol de Pégase), qu’il est parfois difficile de ne pas mettre en parallèle avec les X-Men, vu que la nouvelle aborde la question de l’intégration de ces êtres doués de talents spéciaux de la société, et de ce qui se passe lorsque l’un d’entre eux se sert de ses pouvoirs pour cambrioler des magasins.

Après la Dame de la Haute Tour, cette nouvelle a vraiment piqué ma curiosité, si bien que je m’intéresserais sûrement un jour au cyclé des Doués.

Le plus petit des dragonniers termine le recueil avec une nouvelle se situant dans le monde le plus connu de Anne McCaffrey, Pern. Le texte aborde la question de l’Empreinte, avec un petit garçon, le futur K’van, moqué par ses pairs mais désireux d’avoir son dragon. Ce n’est pas le texte le plus original écrit par l’auteure, mais il a un côté magique assez mignon qui offre une conclusion légère à ce recueil.

Arrivée à la fin de cet article, je me rends compte que je me suis étalée plus que de raison, mais il faut dire que ce recueil est une perle : il donne un aperçu des grands cycles d’Anne McCaffrey (via des nouvelles pour Pern et les Doués, via l’intro qui le décortique en profondeur pour le vaisseau qui chantait), mais aussi de la variété de ses nouvelles, parfois visionnaires, parfois juste divertissantes.

Une très belle lecture pour découvrir toute la richesse de cet auteur, à consulter de toute urgence en bibliothèque ou chez les bouquinistes.



CITRIQ

vendredi 24 août 2012

Là où les mots n'existent pas (A comme association 5) - Erik L'Homme


D’habitude, j’essaye de faire en sorte de ne pas spoiler l’intrigue du roman que je chronique, mais pour ce tome-ci, je vous avoue être obligée de jeter l’éponge. Sans aller jusqu’à en révéler les plus infimes détails, je ne peux pas ne pas parler de l’ouverture du roman, et comme c’est déjà trop en dire, si vous n’avez pas lu ce roman-là, passez votre chemin.

La quatrième de couverture ne cache pas franchement l’information, et comme j’avais par mégarde survolé le résumé dans le catalogue de la bibliothèque où je l’avais emprunté, je m’attendais un peu à la nouvelle.

Ca parait logique comme décision : Pierre Bottero n’étant plus là pour écrire les pensées de son personnage, Ombe meurt avant même le début de ce cinquième tome, et voilà Jasper tout endeuillé. Mais en même temps ça me perturbe, parce qu’en dépit du fait que c’est un choix tout à fait pertinent, j’ai un coin de mon cerveau qui refuse sa mort et voit partout des signes qu’elle est en vie (un peu comme Jasper qui entend sa voix).

J’imagine que je verrais avec les tomes suivants (si vous les avez lus, pas la peine de me répondre), mais du coup j’ai eu une lecture assez étrange de ce tome. D’autant plus que je n’étais pas en grande forme quand je l’ai lu (d’une traite), du coup j’en garde des impressions assez floues.

J’en retiens cependant quelques détails : un Jasper bien plus sérieux, qui part dans une quête de revanche presque effrayante qui sort presque du registre très jeunesse qu'avait le cycle jusque là ; l’apparition d’un deuxième point de vue, celui de Walter et Rose, qui ouvre un peu l'univers, et surtout une certaine frustration face à toutes ces questions pour lesquelles on n’a que des ombres de réponses...

Affaire à suivre avec le tome 6.

CITRIQ

mercredi 22 août 2012

Les ciels de Pern - Anne McCaffrey

 

Et voilà, ça me fait tout drôle, avec ce dernier roman j’en termine avec ma relecture de La Ballade de Pern, et je vais pouvoir ranger les cinq pavés qui constituent l’intégrale sur mes étagères. Seize romans, cinq mois de lecture et un nombre de pages que je préfère ne pas estimer… pfiou !

Les ciels de Pern est le dernier roman écrit en solo par Anne McCaffrey en 2001. C’est aussi chronologiquement le dernier roman du cycle, puisqu’il se déroule après Tous les Weyrs de Pern et Les dauphins de Pern.

Même si les Fils tombent encore pendant ce roman, Les ciels de Pern est là avant tout pour parler du devenir des chevaliers-dragons après la fin du Passage. Après tout, même s’ils vont pouvoir s’affranchir des Forts grâce à leurs terres sur le Continent Méridional, il va bien falloir qu’ils s’occupent !

Et cette occupation, ils trouvent un peu malgré eux alors qu’une comète s’approche d’un peu trop près Pern, tandis qu’en parallèle quelques trouble-fêtes opposés au progrès sèment la panique dans les ateliers qui se modernisent.

Comme pas mal de ses prédécesseurs, Les ciels de Pern est un roman chronique, avec de multiples fils d’histoire, de très nombreux personnages, même si l’on se focalise beaucoup sur F’Lessan, le fils de Lessa et de F’Lar (ce qui sent un peu le passage de flambeau).

Et comme toujours, on se retrouve avec cette impression très particulière, typique de la série, d’avoir affaire à un roman sans début ni fin, à un fragment d’histoire donné à voir. D’ailleurs j’ai beaucoup de mal à juger le texte dans son ensemble, ce sont les petits détails qui ont attiré mon attention.

Même si le personnage de F’Lessan subit un étrange retournement de personnalité, comme souvent chez Anne McCaffrey (à savoir qu’un jeune inconscient se révèle bien différent que l’image qu’on a de lui), j’ai bien aimé l’autre point de vue qu’il donne sur ses parents, surtout quand il se demande si ses parents lui offrent des cadeaux pour se rappeler qu’ils ont un fils, ou pour lui rappeler qu’il a des parents !

En dehors des célébrités qui ont toutes le droit à un caméo, on croise également des personnages comme Tenna et Haligon, rencontrés dans la nouvelle Messagère de Pern (de l’anthologie Légendes). C’est assez marrant de voir comment ces Messagers, presque jamais mentionnés jusque-là, sont tout à coup bien plus présents, un peu comme pour récompenser les lecteurs les plus assidus, qui eux seuls sauront reconnaitre tous les protagonistes de l’histoire !

J’ai aussi apprécié le personnage de la dame-dragon verte, qui met en valeur des dragons souvent peu mis en avant (contrairement aux prestigieux bronzes et dorés). Par contre, j’ai trouvé que le nouveau « talent » maitrisé par son dragon un peu trop facilement tombé du ciel après deux mille ans d’histoire (Deus ex machina, quand tu nous tiens…).

Cette nouveauté s’intègre cependant à une tendance générale de la série. Alors que les premiers romans ressemblaient plutôt à la fantasy, l’histoire s’orientait plus vers la SF dans les derniers volumes. Et là, tout à coup, c’est presque comme si la magie se réinvitait dans l’histoire pour redonner une touche de fantasy à Pern.

(c’est d’ailleurs assez cohérent avec une des dernières nouvelles de l’auteur, Au-delà de l’Interstice, écrite en 2003 et publiée dans l’anthologie Légendes II)

Je n’avais jamais eu l’occasion de lire Les ciels de Pern auparavant, cette lecture a donc été une réelle découverte pour ma part. Ce n’est pas un titre capital de la série (on a un peu l’impression d’une conclusion qui n’en finit pas), et certains travers de Anne McCaffrey y sont un peu trop présents (des méchants caricaturaux, du Deus ex…), mais quand on aime l’univers, c’est agréable de le visiter une fois encore.

En fait ce roman est un peu à l’image de toute la série. Pas exempt de défauts, mais on le dévore parce que l’univers déployé, cette utopie pastorale où tout le monde arrive à peu près à vivre en harmonie, avec une technologie réduite mais avec des dragons presque « magiques » a vraiment quelque chose de fascinant, ce qui fait qu’on tombe facilement sous son charme.

A noter que ce volume m’a valu quelques bons fous rires à cause des noms de certains personnages. On croise quand même un astronome répondant au nom d’Erragon, et deux harpistes s’appelant respectivement Nip et Tuck !

Voilà, c’en est fini de ma relecture de La Ballade de Pern. Si j’ai un peu de courage, je ferais un petit bilan de mes lectures sur Pern d’ici la fin du mois, accompagné de suggestions quant à l’ordre et au choix des lectures pour qui veut se lancer.

De toute façon, je n’en ai pas encore tout à fait fini avec Anne McCaffrey, puisque je dois encore vous parler d’une très bonne anthologie de nouvelles, la Dame de la Haute Tour.


CITRIQ

lundi 20 août 2012

La chasse au mirage - Gary Russell


Après une première tentative assez mitigée dans la VF des romans dérivés Doctor Who, j’ai retenté l’aventure avec un autre titre, écrit cette fois-ci par un auteur dont j’avais apprécié la précédente incursion dans l’univers, et je n’ai pas été déçue.

La chasse au mirage (ou The Glamour Chase pour les amateurs de VO) se déroule après les Vampires de Venise. Alors que le Docteur promet Rio à ses deux compagnons (avec le talent qu’on lui connait), notre joyeux trio se retrouve en pleine campagne anglaise, dans les années 30, alors qu’une archéologue anglaise s’apprête à mettre au jour… un vaisseau spatial.

Inutile d’en dire plus sur l’intrigue, surtout pour un roman de 250 pages qui se dévore d’une traite (le temps d’un trajet Poitiers-Paris si vous voulez tout savoir). Il faut dire que Gary Russell sait vraiment bien écrire des romans Doctor Who.

Ses textes sont très fluides (contrairement à Apollo 23), et même si une fois encore l’intrigue n’est pas son point fort (l’exposition occupe plus de place que la résolution), c’est un véritable plaisir à lire car cet auteur connait ses classiques.

Déjà on sent qu’il maitrise ses personnages : Amy et le 11e Docteur sont bien mieux caractérisés que dans Apollo 23 (le livre a été publié plus tard pendant la diffusion de la saison 5, ça joue peut-être), et même Rory, nouveau venu à l’époque, est drôlement bien cerné (je suis presque surprise que le Docteur le respecte autant, c’est plutôt caractéristique de la saison 6 ça) et presque plus présent qu’Amy.

De manière générale, Gary Russell est un familier de l’univers, ça se sent dans l’espèce alien qu’il a inventé pour l’occasion (qui implique des pelotes de laines et la suite de Fibonacci –non ne posez pas de questions-), qu’on aimerait bien voir dans un épisode !

Le roman contient en plus son lot de péripéties débiles, dont l’entrée en scène du Docteur, 50 pages après le début de l’histoire (quand je vous parlais d’une exposition longue), qui vaut le détour. Du coup, La chasse au mirage est un bon petit roman Doctor Who, qui se dévore avec plaisir, et qui donne envie de voir un jour Gary Russell écrire un vrai épisode de la série !

CITRIQ

samedi 18 août 2012

Le Maitre Harpiste de Pern - Anne McCaffrey


La fin du challenge approche, et avec elle la fin de ma relecture de La ballade de Pern. En effet, Le Maitre Harpiste de Pern est l’avant dernier tome de cette série, ou en tout cas l’avant dernier tome qu’Anne McCaffrey a écrit seule.

Le Maitre Harpiste..., vous vous en doutez, s’intéresse à un des plus éminent personnage de Pern, Robinton, ce fieffé manipulateur (pour le plus grand bien de tous) qui par son influence, contribue à moderniser la planète et à établir à nouveau de bonnes relations entre Weyrs et Forts.

Bien qu’omniprésent dans l’histoire (il apparait dans tous les romans du 9e Passage il me semble), c’est un personnage très privé dont on sait fort peu de chose (on connait tout juste l’identité de son père). On en prend d’autant plus conscience à la lecture du Maitre Harpiste..., qui raconte sa vie de sa naissance jusqu’aux premiers évènements du Vol du dragon.

Du coup, on a une étrange impression de revenir aux sources en assistant à la jeunesse du personnage et à sa rencontre avec un grand nombre de protagonistes (ou de parents de) des histoires qui suivront. C’est ainsi qu’on découvre au détour d’une page le (très long) nom complet de F’lar avant qu’il devienne chevalier-dragon, ou qu’on assiste bien plus en détail à la montée en puissance de Fax.

Ceci dit, si chronologiquement, Le Maitre Harpiste de Pern colle au Vol du dragon (ce qui donne l’impression de boucler la boucle), je suis assez contente d’avoir privilégié l’ordre de parution qui m’amène à le lire bien plus tard, car l’écart entre ces deux romans est finalement assez immense.

Trente années séparent la publication de ces deux romans (du moins pour la VO), et ça se sent, dans l’écriture un peu, mais aussi dans les idées (on y voit par exemple beaucoup de femmes harpistes, alors que Menolly semble être une anomalie à l’Atelier une ou deux décennies après).

L’univers d’Anne McCaffrey s’est agrandi, a évolué, a mûri presque, et Le vol du dragon semble un roman presque pauvre et désuet comparé à la richesse du Maitre Harpiste.... Mais ça n’a rien d’anormal, après tout on se retrouverait face au même décalage si Tolkien avait publié tout ce qu’il écrivait au fur et à mesure, au lieu de le réécrire sans cesse !

Du coup c’est un décalage qui s’accepte facilement à la lecture. J’ai juste eu un peu plus de mal avec la figure du jeune Robinton, enfant prodige limite exaspérant tant il est parfait, et la volonté qu’a eu Anne McCaffrey de nouer tant de fils ensemble qu’on y perd presque en crédibilité

(à titre de spoiler, autant je trouve que faire de Camo l’enfant de Robinton et Silvana relativement censé et touchant, autant je me demande s'il était bien nécessaire de faire de Sebell un cousin de Robinton)

Ceci dit, lancée comme j’étais dans ma lecture, je n’y ai pas trop prêté attention. Sans surprise, j’ai dévoré ce roman, pour le plaisir de découvrir un autre morceau de l’histoire de Pern. Même s’il n’est pas sans défaut, il offre une tellement bonne conclusion à la saga que je ne peux que vous inviter à le découvrir.

Je vous parlerais sous peu des Ciels de Pern, qui sera ma première non relecture dans le cadre de ce challenge, et une vraie découverte pour une fois. Affaire à suivre…




CITRIQ

jeudi 16 août 2012

Le commencement de nulle part - Ursula K. Le Guin


L’avantage de fréquenter les bouquinistes, c’est qu’on tombe parfois sur d’étranges occasions, des romans oubliés à la limite de l’improbable, comme ce texte méconnu de Ursula Le Guin, édité chez Actes Sud en 1989.

Le commencement de nulle part nous raconte l’histoire d’un jeune homme qui travaille à la caisse d’un supermarché dans la banlieue d’une ville américaine. C’est un travail qu’il a pris par défaut, pour rassurer sa mère chez qui il vit toujours.

Un soir, ne supportant plus la routine de sa vie, il s’enfuie de chez lui en courant et découvre une petite crique tranquille au bord d’un ruisseau, comme un autre monde dans lequel il se sent en paix, et où le temps s’écoule différemment.

Au gré de ses visites, il se rend compte qu’il n’est pas le seul à visiter cet endroit, et que ce monde s’étend peut-être au-delà du ruisseau…

Le commencement de nulle part est un roman de fantasy tout ce qu’il y a de plus classique en apparence : on y trouve un portail vers un autre monde de type médiéval, deux jeunes gens qui le traversent et deviennent des héros dans cet autre monde et en reviennent grandis, et une structure très proche d’un conte.

Mais l’atmosphère a un je ne sais quoi d’étrange, et l’histoire tellement autant sur les non-dits que sur les faits (surtout dans le troisième tiers du roman où tout est évoqué à demi-mots) que le résultat est un texte décalé plutôt agréable à lire.

L’histoire est en plus portée par la très belle plume de Ursula Le Guin, qui n’a pas son pareil pour donner de la magnificence au périple des deux protagonistes, alors qu’il relève dans les grandes lignes d’une longue randonnée en montagne.

Elle insuffle aussi beaucoup de vie et de caractère aux héros, en détaillant avec précision leur histoire personnelle, leur environnement, leurs désirs et leurs doutes, au travers de paragraphes parfois très déconstruits pour rendre compte de leurs pensées.

Du coup, même si ça reste un texte assez mineur dans l’œuvre d’Ursula Le Guin (il est loin d’être aussi riche que Terremer ou les Dépossédés), Le commencement de nulle part est un petit roman de fantasy fort agréable à lire, et dont l’atmosphère captive de la première à la dernière page.

CITRIQ

mardi 14 août 2012

L'oeil du dragon - Anne McCaffrey


Ping, pong, retour vers le passé cette fois-ci ! Avec L’œil du dragon (en VO il est aussi paru sous le titre plus poétique de Red Star Rising), je vais pouvoir finir l’intégrale 1 (il serait temps), et nous allons avoir l’opportunité de nous intéresser au Deuxième Passage.

De toute période du passé qu’il restait à explorer, c’est sans doute celle qui peut se révéler la plus intéressante. En effet, c’est le premier passage pour lequel les habitants de Pern vont avoir le temps de se préparer (contrairement au premier qu’ils avaient subi complètement). C’est d’ailleurs tout le propos de ce roman, qui se déroule juste avant les premières chutes de Fils.

Deux cents cinquante années se sont donc déroulées après la fin du premier passage. Tous les Weyrs prévus ont été créés, les forts se sont multipliés, les colons se sont éparpillés (ce ne sont plus vraiment des colons d’ailleurs), et on se prépare à rentrer dans une phase difficile en reprenant le maniement des lance-flammes et de la pierre à feu.

Il y en a cependant qui refusent de croire au retour des Fils, si bien qu’à l’Université de Fort (le futur atelier des Harpistes), on réfléchit à comment assurer la transmission durable des connaissances capitales pour la survie de tous, surtout maintenant que les ordinateurs les ont lâché (après plus de 300 années d’existence, ils étaient vaillants leurs PC !), et que le papier se fait rare…

Même si L’œil du dragon a un côté un peu « roman de remplissage », je lui ai trouvé un certain intérêt dans tous les petits détails qu’il fait découvrir : on suit notamment un peintre (la discipline revenant forcément au goût du jour faute d’autre appareil d’enregistrement) et une jeune dame-dragon maitresse d’une Verte (ce qui permet de se faire une petite idée des premiers jours d’un dragon).

Accessoirement, il mentionne le SIAAV qui se serait volontairement désactivé pour que les colons se débrouillent sans lui (ce qui justifierait à posteriori qu'il soit peu mentionné dans les autres romans), et montre qu'à cette époque, les habitants de Pern se rendaient encore sur le continent méridional, d'une part pour essayer de dégarer le Terminus enfoui sous les cendres, et d'autre part pour surveiller la progression des larves.

Et puis il soulève quand même un point très intéressant, à savoir comment ont pu se perdre autant d’informations et de technologies en 2000 ans d’histoire de Pern (sachant qu’on ne peut pas franchement blâmer des guerres ou un changement de régime politique).

La réponse se révèle pleine d’ambiguïtés : c’est un choix volontaire fait par les enseignants, de réduire l’enseignement à l’essentiel (et d’en faire passer la majeure partie par des chansons enfantines), et donc de laisser de côté l’histoire avant leur arrivée sur Pern.

C’est tout à fait pertinent, mais j’avoue que je me rangerais assez du côté des mécontents dans cette décision (même s’ils se défendent d’effacer l’histoire, les informations restant accessibles aux étudiants intéressés, on sait ce que ça donne deux mille ans plus tard).

D’ailleurs cela montre une fois de plus que de façon presque saugrenue, sur Pern, les enseignants détiennent presque plus de pouvoir que les Seigneurs sur les populations (vu qu’ils assurent la communication des nouvelles ET l’enseignement). Une bonne chose qu’ils soient tous des gentils bonshommes (comme la plupart de la population de Pern).

Je vais sûrement pouvoir continuer à déblatérer sur le sujet, puisque je continue sur Le maitre-harpiste de Pern, récit de la vie de Robinton. Je n’en ai donc pas fini avec ces questions de transmission de la connaissance !

CITRIQ

dimanche 12 août 2012

Le subtil parfum du souffre (A comme Association 4) - Pierre Bottero


C’est assez rigolo parce que depuis que je me suis attaquée à cette série, je lis en parallèle les commentaires des copines sur le sujet, et si globalement on aime toutes la série, ce n’est jamais pour les mêmes raisons, ni aux mêmes moments ! J’ai rarement vu des avis aussi diamétralement opposés pour manifester son appréciation !

Remarquez, ça n’a rien de surprenant, mon propre avis me donne l’impression d’être une girouette. Alors que le premier tome avec Ombe m’avait assez peu convaincue, Le subtil parfum du souffre m’a touché alors que je ne m’y attendais absolument pas.

Pendant de L’étoffe fragile du monde, le subtil parfum du souffre nous raconte les aventures d’Ombe pendant que Jasper, pensant voler à son secours, se coltine un troll. On la suit donc dans une enquête sur une meute de loup-garous, enquête qui va prendre un tournant très personnel.

C’est cela qui m’a touché, plus que l’histoire d’amour en elle-même. Tout à coup, Ombe perd son côté reine des neiges, et devient un personnage plus humain et beaucoup moins froid, qui découvre que si son corps est presque incassable, on ne peut pas en dire autant de son cœur.

Côté intrigue, comme d’habitude, on dévore le livre à pleines dents, avec un peu plus d’intérêt que d’habitude, je l’avoue. En effet, même s’il ne se passe pas grand-chose dans ce volume, on sent que l’histoire se complexifie, et qu’on va finir par rentrer dans le vif du sujet (au bout de 4 tomes, il était temps !).

Bref je ne devrais pas trop tarder à enchainer sur la suite, il y a tant de questions laissées en suspens qu’il me tarde d’avoir ne serait-ce qu’un début de réponse.

Je terminerais cependant avec un petit mot à propos de la fin. Si je n’avais pas pour habitude de ne pas spoiler mes lecteurs, je vous aurais allègrement cité la fin du livre. Etrange hasard ou cas où « la réalité rejoint la fiction » (comme le dit si bien Erik L’Homme dans sa postface), ces dernières lignes, probablement les dernières écrites par Pierre Bottero, m’ont drôlement émue.

CITRIQ

vendredi 10 août 2012

Les dauphins de Pern - Anne McCaffrey


C’est marrant, quand on lit Pern dans l’ordre de parution, on a vraiment l’impression qu’Anne McCaffrey slalome entre les époques, à passer des origines au futur d’un tome à l’autre. La dernière fois, j’en étais restée au premier passage, cette fois-ci je retrouver l’époque du Vol du dragon !

Comme son titre l’indique, ce roman va laisser un peu de côté nos reptiles aériens favoris au profit des dauphins, compagnons marins oubliés des habitants de Pern, dont on redécouvre peu à peu l’existence, et les nombreux talents.

Du coup on quitte un peu le casting habituel, pour se concentrer sur trois personnages : Alemi, frère de Menolly, désormais maitre pêcheur du fort de la rivière Paradis ; Readis, le fils de Jayge, seigneur du dit-fort de la rivière Paradis ; T’lion, un jeune chevalier dragon qui lui aussi va s’intéresser aux dauphins.

Le roman commence par remettre en scène une anecdote évoquée dans Tous les Weyrs de Pern, le sauvetage d’Alemi et Readis par une bande de dauphins, et à partir de ce point de départ, se déroule en parallèle de Tous les Weyrs de Pern, et même bien après. Encore un volume qui sous ses airs d’annexe, cache un morceau de l’intrigue principale !

En toute honnêteté, Les dauphins de Pern s’inscrit dans la veine vraiment gentillette (et plutôt orientée jeunesse avec deux protagonistes adolescents) de la saga. C’est presque insupportable, mais ça n’a rien d’anormal vu que l’histoire parle de dauphins, créatures joueuses, drôles, et absolument pas rancunières d’avoir été ignorées pendant 2000 ans.

Mais ça fait tout de même plaisir de vraiment découvrir ces autres habitants de Pern, sur lesquels ont en savait peu jusque-là. On a même leur point de vue à eux dans certains passages.

Modifiés génétiquement pour pouvoir parler, ils ont appris le langage des humains, avec qui ils entretiennent une sorte de partenariat. Ils les ont accompagnés pour profiter des belles mers de Pern (celles de la Terre n’étant plus ce qu’elles étaient), et en échange de soins, ils guident les pêcheurs vers les meilleurs secteurs pour pêcher, et sauver les naufragés.

Sans personne pour s’occuper d’eux pendant 2000 ans, ils ont perpétué leur langage et leurs traditions, et ils ne sont que trop contents de renouer avec les humains. C’est plutôt une jolie histoire, celle de la symbiose entre ces deux espèces.

Certes on avait les dragons, mais le dragon de Pern choisit son compagnon lors de l’Empreinte, et ça a toujours un petit côté magique/destinée. La relation avec les dauphins repose elle uniquement sur la compréhension mutuelle, le dialogue. C’est parce que des gens comme Alemi, T’lion et Readis renouent avec les dauphins que les communications reprennent, et on apprécie cette nouvelle rencontre.

En parallèle de ces considérations dauphines, Anne McCaffrey profite de l’occasion pour développer un peu l’après Siaav (avec des « nouvelles » anciennes technologies qui se diffusent, la création d’une école, de nouveaux ateliers, les manigances de Torric), ce qui apporte quelques petits plus assez sympas, même si ça donne un peu l’impression d’un épilogue qui ne finit jamais (ce qui tient la route quand on sait qu’il y a encore Les ciels de Pern derrière).

Ceci dit, j’ai doucement rigolé dans ce tome lorsque Menolly refait son apparition dans l’histoire. Moi qui me plaignais en relisant La chanteuse-dragon de Pern que sa relation avec ses parents manquait franchement d’une conclusion, voilà donc qu’on en trouve une au détour d’un chapitre des Dauphins de Pern !

Je commence à approcher très concrètement de la fin puisqu’il ne me reste plus que trois romans à lire dans l’univers de Pern. Prochain épisode : retour aux origines (une fois de plus) avec L’œil du dragon.

CITRIQ

mercredi 8 août 2012

Les trois cartes (La Tour Sombre 2) - Stephen King


Je continue à replonger dans l’univers de la Tour Sombre en lisant en agréable compagnie sur le Cercle d’Atuan le deuxième tome, Les trois cartes, et je ne regrette vraiment pas de prendre le temps de lire en commun, cela permet de repérer plein de petits détails et de partager nos interrogations respectives…

Les trois cartes reprend précisément là où Le pistolero s’arrêtait, et on continue à suivre Roland dans sa quête de la Tour Sombre. Dans ce tome-ci, il va assez peu progresser (la faute notamment à des abominables crustacés), mais quelques rencontres (annoncées dans le Pistolero) vont lui permettre de trouver un peu de compagnie (quant à savoir si elle est bonne ou mauvaise…).

Stephen King a en effet une manière assez personnelle de faire de la fantasy, qui consiste à utiliser des gros sabots, mais de manière complètement improbable. Ca se sent notamment au niveau de l’intrigue (qui pourrait se résumer à un tirage de trois cartes en effet mais dont la mise en oeuvre complètement terre à tere rend la chose insensée), mais même parfois du côté des personnages, tous inattendus dans leur genre.

Dans ce roman, on alterne entre le monde de Roland, toujours aussi peu peuplé, et un monde qui pourrait être notre Terre (ou quelque chose de très ressemblant), en Amérique, au XXe siècle mais à des époques différentes. Ce qui n’est pas sans susciter un choc des cultures du côté de Roland qui découvre tout cela.

Les trois cartes est un texte prenant, parce qu’on se demande sans cesse où l’auteur veut nous emmener, et que Roland se balade avec une sacrée épée de Damoclès au-dessus de la tête (même si on se doute bien qu’il va s’en sortir, il y a quand même cinq volumes après celui-ci !). En plus, ce roman nécessite de prêter attention aux petits détails pour arriver à se retrouver dans le bazar qui lui tient lieu d’univers.

Accessoirement, certains passages prennent aux tripes (en bien comme en mal, selon les personnages auxquels on est confronté). Je ne me rappelais pas que c’était un livre aussi malsain et glauque (on est dans un écrit d’un maitre de l’horreur après tout), mais j’ai sans doute gommé cet aspect qui ne me plait pas toujours des masses.

Je vous avoue ne pas avoir autant aimé ce livre qu’à la première lecture, mais je l’ai lu en pointillé pour le début (ce qui n'aide pas), et surtout je n’avais qu’une envie, le terminer pour pouvoir passer à la suite et attaquer « vraiment » l’intrigue. Il faut dire que dans mon souvenir, Terres perdues est un des meilleurs tomes, autant dire que j’ai hâte de replonger dedans ! Mais si vous ne l'avez jamais lu, je ne pense pas que vous soyez confronté au problème, alors n'hésitez pas à enchainer si vous venez de finir le Pistolero !

Lecture commune avec Lune

CITRIQ

lundi 6 août 2012

How to train your dragon - Chris Sanders & Dean Deblois


Non, contrairement à ce qu’on pourrait croire, je ne me fais pas une thématique « dragons » cet été (même si c’est bien parti). Figurez-vous que j’étais partie pour revoir The Dark Knight en prévision de la sortie du 3e volet, et que mon DVD m’a fait faux bond.

Du coup je suis allée fouiner dans ma PàV (on a des piles à lire, on peut bien avoir des piles à voir pour les dvds) pour en ressortir ce dessin animé emprunté voilà des lustres, vu que je n’avais pas eu l’occasion de le voir au cinéma.

A la base je l’avais emprunté sous prétexte que David Tennant faisait du doublage sur ce film, mais son intervention est tellement minime que je suis complètement passée à côté. Il faut dire aussi que je ne l'ai pas cherché réellement, ce film d’animation ayant complètement accaparé mon attention du début à la fin.

How to train your dragon (Dragons en VF, mais franchement ça ne vaut rien comme titre) raconte l’histoire de Hiccup (Harold en VF, ce qui ne vaut pas grand-chose non plus), un jeune viking qui voudrait apprendre à chasser le dragon, histoire de ne plus être considéré comme un minable.

Mais le jour où son père décide enfin de lui laisser sa chance, il se retrouve bien embêté. En effet, ayant fait ami ami avec un dragon blessé, il n’a plus très envie d’apprendre à les tuer, ces charmantes bébêtes…

Côté scénario, on est sur quelque chose de très classique, mais il est difficile de ne pas tomber sous le charme des aventures de Hiccup et de Toothless. Il faut dire que Hiccup est un personnage attachant, prompt à déclencher des catastrophes par ses maladresses, mais beaucoup plus ouvert d’esprit que ses congénères.

J’aime beaucoup le côté très « geek » du personnage qui bricole dans son coin ses inventions pour pouvoir voler (et dans une toute autre veine, j’aime aussi le geek viking qui récite les capacités des dragons façon jeu de rôle). Et ses relations avec son père, toutes en nuances et en incompréhensions mutuelles, sont touchantes.

Ajoutez à cela une belle galerie de personnages (les autres apprentis tueurs de dragons sont caricaturaux à souhait, avec en prime la jeune Astrid qui n’a rien de la jeune fille en détresse pour le coup), des dragons visuellement épatantes (y’en a de toutes les formes et de toutes les couleurs), une musique plus qu’entrainante, et surtout, une réalisation hyper dynamique qui part dans tous les sens.

Les scènes aériennes sont juste jouissives, j’ai bien regretté de n’avoir pas vu ce film sur grand écran et même (accrochez-vous bien) en 3D, car pour le coup la 3D me semble avoir parfaitement sa place dans ce film.

Bref, si comme moi vous êtes passés à côté de ce petit bijou, je vous conseille grandement de réparer votre erreur, c’est vraiment un très bon film d’animation.