mardi 31 mars 2009

Fitz, fou, aventuriers de la mer & co – Robin Hobb

C’est assez marrant parce qu’en général, dans les « grandes séries de fantasy en plein de volumes », l’univers dont on parle a toujours un nom qui permet de chapeauter tous les bouquins… ici non. J’ai beau me creuser le cerveau, admirer (enfin…) les efforts faits par l’éditeur français dans ce sens, non, rien à faire. C’est l’univers des Six Duchés et de Terrilville, de Fitz et d’Althéa, du Fou et de Kennit, de l’Art, du Vif, des dragons et j’en passe des meilleurs… mais pas de titre global (ce qui explique l’improvisation de titre).

Peut importe, ces trois trilogies sont connues en France sous le titre de deux cycles, celui de l’Assassin royal et des Aventuriers de la Mer, avec la petite subtilité que les Aventuriers de la Mer, une trilogie en 9 tomes, se déroulent en plein milieu du cycle de l’Assassin royal, qui est en fait composé de 2 trilogies, respectivement de 6 et 7 tomes…

Je vous embrouille là ? Faisons simple alors, et traitons le cas chronologiquement, selon le découpage anglais… je vous épargne les subtilités de découpage à la française qui égare plus qu’autre chose…

The Farseer Trilogy / L’Assassin royal


Soit disant première œuvre de Robin Hobb, la trilogie des Loinvoyant, alias l’Assassin Royal est en fait loin d’être la première réalisation de l’auteur. En effet, ce n’est qu’un pseudonyme qu’elle adopta suite à ses précédents romans qui se vendirent peu à leur sortie (ce qui est bien dommage pour certains, pour d’autres on se passerait allègrement de ces rééditions sous son pseudonyme actuel…).

Il est difficile de ne pas aimer cette série, parce que c’est un parfait condensé des ingrédients qui marchent dans le domaine de la fantasy : roman d’apprentissage qui suit le héros (orphelin bien sûr) de l’enfance à l’âge adulte, des magies étranges (l’Art, le Vif), une ambiance « Moyen-âge idéalisé » (des châteaux forts et des chevaux, mais avec plus d’hygiène et de médecine), des intrigues politiques, une quête, des prophéties, et des légendes de peuples anciens et puissants…

Ce catalogue pourrait augurer le pire, en fait c’est plutôt le meilleur. Avec des éléments archi-classiques du genre, Robin Hobb arrive à tirer une très bonne histoire, avec un traitement original de ces éléments, un récit suffisamment maîtrisée et accrocheur pour qu’on en apprécie la lecture, et cela tout particulièrement grâce à de très bons personnages, tout particulièrement le héros.

Oui parce qu’avec tout ça, je ne vous ai même pas parlé de l’histoire, mais il faut savoir qu’elle est centrée exclusivement sur une personne, à savoir le narrateur. Et oui, à l’exception des en-têtes de chapitres, formées d’extraits de livres, poèmes, chansons, correspondances (qui font souvent écho à un évènement à venir mais ça on ne le saisit qu’à la relecture), le récit se fait à la première personne.

Et quelle première personne ! A titre de comparaison on est très loin du coté journal intime de Twilight, mais surtout, son intérêt repose dans son pseudo auteur : Fitz, bâtard royal, confié à la famille de son père à l’âge de six ans, élevé par le maître des écuries, formé à devenir assassin pour devenir en quelque sorte un protecteur du royaume, à sa façon. Sauf que rien n’est simple pour lui comme pour son royaume.

Déjà, Fitz est un garçon/jeune homme complètement névrosé, bourré de défauts, avec un relationnel difficile pour ne pas dire complètement désespérant avec les autres. Il a vécu tellement de traumatismes (physiques comme mentaux) que si le roman se déroulait dans notre univers, il aurait passé une bonne partie de son temps sur le divan d’un psy à mon avis. Le résultat est un personnage de l’ombre, bourré de défauts, loin des preux chevaliers… enfin presque parce que Fitz conserve de l’archétype du héros quelques valeurs un peu lourdingues qui ressortent par moment et donnent du charme à son personnage.

Sa vie est quelque peu mouvementée du fait de sa fonction, d’autant plus que le royaume est tout sauf en paix, puisqu’il subit les attaques d’étranges pirates à l’extérieur, et les manigances politiques d’un membre de la famille royale à l’intérieur. Ce qui ne l’empêche pas de s’occuper de ses problèmes personnels (relationnels devrais-je dire), avec les humain(e)s comme avec les animaux…

Je ne vous en dit pas plus, mais croyiez moi, il y a amplement matière à remplir 3 tomes (ou 6 en vf), avec une très bonne écriture qui joue allègrement du concept du « héros qui raconte ses mémoires », ce qui s’insert bien avec les intro de chapitre, met en scène de très très bons personnages (le Fou, Kettricken, Umbre et j’en passe), avec parfois des dialogues assez savoureux. On en rit, avant de lâcher une petite larme d’émotion, puis de soupirer. C’est Fitz quoi… sans doute un des héros les plus poissards de la littérature – ou un des plus chanceux selon comment on regarde son talent pour se sortir quand même des nids de vipère où il se jette les yeux fermés.

The Liveshiptraders / Les Aventuriers de la mer


La suite de l’Assassin Royal rompt radicalement avec les aventures de Fitz, bien qu’il se déroule en principe dans le même univers. D’ailleurs, avant qu’il soit fait mention des Six-Duchés, on ne fait pas forcément le lien.

D’une histoire terrestre, on passe à des aventures essentiellement maritimes, d’une monarchie, on passe à une cité marchande, d’un héros on passe à une multitude, et d’un récit monolithe à la première personne, on passe à un point de vue multiple et éclaté au gré des chapitres.

L’histoire est celle d’une famille marchande, les Vestrit, installée dans la colonie de Terrilville, à la frontière du Désert des Pluies où l’on trouve de bien étranges prodiges dans d’anciennes cités, parmi lesquels le bois sorcier dont est fabriqué la Vivenef de la famille, la Vivacia, un étrange navire vivant.

Leur situation actuelle n’est pas joyeuse : alors que leur situation financière n’est pas reluisante, le capitaine du navire, le père, meurt. Sa fille cadette, Althéa, qui pensait en hériter, se voit ravire son héritage par sa sœur aînée, Keffria pour sauver la famille. Celle le confie à son mari Kyle, qui prend la mer avec son fils Hiémain qu’il a arraché à la prêtrise, pendant que sa fille, Malta fait des siennes aussi, et que la situation politique et économique ne s’arrange pas…

Si résumer l’Assassin royal n’est pas à faire pour ne rien révéler de l’histoire, ici résumer l’histoire est impossible sans prendre quatre pages, et encore (d’ailleurs je ne vous ai même pas parlé de Kennit le pirate là, et pourtant c’est un personnage capital de l’histoire). Le scénario est dense, avec tout un tas de fils qui s’entrecroisent et finissent tous par se rejoindre. La multiplicité des intrigues fait définitivement la force de cette série, de même que ses personnages bien travaillés, d’autant plus que Robin Hobb nous offre une belle brochette de personnages féminins au caractère bien trempé tout en restant femme (on se prend à apprécier Keffria pourtant un peu fadasse sur les débuts, de même que Malta la peste…)

Bref c’est une bonne série de fantasy, qui se démarque par son univers naval, tirant plus sur Pirates des Caraïbes (le coté déjanté en moins) que sur la fantasy classique. Néanmoins je lui trouve un petit moins par rapport à l’Assassin royal, sans doute parce que l’intrigue multiple fait que les personnages ne sont pas toujours explorés à fond (comparé au cas Fitz). Cependant c’est un passage obligatoire pour la suite des aventures de Fitz, et comme c’est quand même un très bon morceau, il n’y a pas à transiger

The Tawny Man / L’Assassin royal



Une fois closes –presque trop abruptement mais c’est normal puisque la suite prend le relais- les aventures de la famille Vestrit, vient la trilogie suivante, The Tawny Man (l’Homme doré), alias l’Assassin royal en français, choix hautement commercial mais pas du tout représentatif d’une histoire, qui, si elle est toujours vécue, ressentie et racontée par Fitz (quinze ans plus tard, même poisse, même problème de relationnel ou presque), concerne presque plus le Fou que Fitz.

L’histoire se déroule tout juste après les Aventuriers de la Mer, et 15 ans après la conclusion du cycle d’avant (nan parce que si je sors le nom anglais on va s’égarer, et dire que le cycle de l’Assassin Royal se situe 15 ans après le cycle de l’Assassin royal ça ne fait guère sérieux), et reprend nos héros là où nous les avons laissé, dans un royaume plus ou moins en paix, sauf que… quelques problèmes restent à régler, et des nouveaux se pointent à l’horizon (ou peut-être des anciens dont on avait pas conscience, allez savoir).

Globalement la recette est la même, minus le coté roman d’apprentissage. Fitz est désormais un homme, et a gagné sinon en sagesse et en confiance, au moins en maturité. On rentre dans l’histoire avec le plaisir de revoir des amis perdus de vue, et c’est un peu comme ça que résonne cette série, des retrouvailles et une conclusion plus définitive.

Bon il a aussi une intrigue (une fois de plus faite essentiellement de manigances politiques, à l’intérieur comme à l’extérieur des Six-Duchés), la découverte d’une nouvelle contrée, de nouveaux personnages, et il se lit très bien, toujours avec la même première personne et les jeux entre les intros de chapitre et les chapitres en eux-même. Enfin bref c’est un très bon cycle de fantasy qui se lit bien, mais ma préférence ultime va quand même au tout premier, finalement plus sombre et solitaire que celui-ci qui fait un peu surchargé, ce qui n’enlève rien aux excellents passages qui mettent le fou en scène.

Note de fin sur de déplorables pratiques éditoriales

Voilà donc finie cette (longue) présentation d’une très bonne série de fantasy très bien ficelé question univers, intrigue et personnages, bien écrite, divertissante tout en sachant soulever quelques interrogations, et agréable et aisé à lire sans jamais tomber dans la pure facilité (je dis ça surtout parce que j’ai été obligée de sortir mon dico pour certains mots…).

Pour préciser ma diatribe du début, il faut savoir que ces séries ont été publiées un peu n’importe comment en France, et de préférence de manière à exploiter le plus possible la poule aux œufs d’or : chaque tome (à l’exception du premier) a été découpé en deux voire trois parties, ce qui casse complètement le rythme de l’histoire quand on doit attendre six mois voir un an la suite.

Du coup, il y a aussi fallut trouver des titres pour chaque partie, d’où des choses assez farfelues limite série Z qui ne vont pas en s’arrangeant avec les tomes. Si la Nef du Crépuscule ou le Poison de la Vengeance (en changeant de champ sémantique on pourrait en tirer un bon Harlequin) passaient encore vaguement par rapport au contenu, j’avoue que « l’Eveil des eaux dormantes », ou encore « Serments et deuils » ont de quoi laisser songeur…

Par ailleurs le cycle des Aventuriers de la Mer ne bénéficiant pas du même succès que l’assassin royal, sa traduction a traîné et on a préféré sortir sa suite, si bien qu’on découvre toute la fin de l’histoire aussitôt qu’on attaque le tome 9 de l’Assassin royal…

Bref, s’il vous venait l’envie de lire cette série (après vous être farci ces 3 pages j’espère que c’est le cas ou que vous l’avez déjà lu), un conseil, lisez dans l’ordre avec les Aventuriers de la Mer au milieu, et considérez l’histoire selon le découpage original, pas le français qui créé des coupures qui n’ont pas lieu d’être.

Petit bonus de fin, une mosaïque des couvertures françaises, qui démontre le fantastique principe mathématique selon lequel 9 = 22, et aussi l’art de changer 4 fois de maquette entre les différents tomes, ce qui bousille l’effet d’ensemble (et encore vous n’avez pas vu les tranches…).

mercredi 25 mars 2009

Gran Torino – Clint Eastwood


Pour continuer dans la série du « printemps du cinéma désormais passé des films ultra simples mais qui déchirent quand même », continuons sur notre lancée avec le dernier (dernier né, et parait-il ultime) film de Clint Eastwood, Gran Torino.

Après l’Echange, un film d’époque certes très bien léché mais qui m’avait laissé un poil indifférente comparé à un Million Dollar Baby que j’avais tout bonnement adoré, j’ai beaucoup hésité à aller voir son petit dernier, mais finalement…

Gran Torino raconte l’histoire d’un homme, seul après la mort de sa femme, installé dans une banlieue de Detroit envahie par les immigrés. C’est surtout l’histoire d’un vieux con aigri et raciste, prompte à sortir l’arme à feu, qui n’aime rien ni personne, si ce n’est la bière, sa voiture de collection (la Gran Torino), et son chien.

Cependant, le fait d’interrompre une tentative de vol de sa voiture par son jeune voisin « face de citron » va quelque peu bouleverser son existence (et ses nains de jardin aussi…). Comme quoi même les vieux cons aigries ont du cœur, à leur manière.

Soyons francs, ce qui fait la qualité du film, ce n’est définitivement pas le scénario simple et prévisible (et cliché) au possible (quoique qu’on y prête guère attention car l’histoire est prenante quand même). C’est le reste : la mise en scène est simple et efficace, le personnage bourru de Walt Kowalsky est bien plus attendrissant que répulsif, la galerie de seconds rôles recèle quelques cas intéressants (notamment la Grand-mère Hmong, le coiffeur italien, et les fils de Walt…)…

…Et, surtout, de très bons dialogues qui fusent littéralement entre les différents personnages. J’ai rarement entendu des tirades d’insultes et de vents aussi jouissifs dernièrement, et c’est diablement agréable à entendre en VO.

Bref, Gran Torino n’est pas le genre de film qui révolutionne le cinéma, mais c’est un film bien carré bien fini. Il est à la fois drôle et émouvant, oscillant entre rires et larmes, avec plein de bons sentiments sans tomber dans le gnangnan le plus primaire (ce qui n’irait pas trop avec le personnage remarquez). C’est en cela que c’est un très bon film à ne pas rater, parce que c’est un cinéma efficace qui détend et qui touche en même temps.

mardi 24 mars 2009

The Wrestler – Darren Aronofsky


Et oui des fois que vous ayez passé les 3 derniers jours au Népal, c’était le printemps du cinéma ces derniers jours… je m’en mords les doigts de n’avoir appris ça que lundi matin, mais ça ne m’a pas empêché d’en profiter… Je commence par la 2e film vu, par souci d’incohérence dû à un esprit hautement perturbé, une fois n’est pas coutume.

(bon et pi ça fera plaisir à mon commentateur assidu du moment de voir que j’écoute (quoique) ses sages conseils même je considère toujours The Fountain comme un très beau film, faudrait pas trop rêver non plus)

Pour la séance de ce soir, nous parlerons donc catch (ce qui fera toujours une bonne transition vers le film suivant/précédent via un retour vers le passé du futur du présent), de super-héros (merci la réflexion à 3 sous trouvée sous la douche), d’artiste et de vie en général. Ca résume bien le sujet.

The Wrestler se penche sur l’histoire de Randy « The Ram » Robinson, véritable légende du catch des années 80, qui vivote désormais entre petits boulots et matchs le week-end. Etrange sport que le catch d’ailleurs. Vous pensez juste voir des gens se mettre sur la gueule, et bah non, figurez vous que c’est un peu un art, avec des figures imposées, des installations…

Bon vous me direz, il y a peu de manifestations artistiques où les gens se collent des pains (voir des chaises et j’en passe) avec tant d’engouement, mais, oui, tout est dans le déchaînement de violence… soigneusement chorégraphié. Est-ce parce que Randy est une légende de ce sport qu’on ne parle jamais vraiment de compétition ? En tout cas, cette étrangeté frappe, intrigue, et pousse à s’intéresser à l’histoire.

Mais bon, on fait rarement un film juste là-dessus, mais bien sur un héros comme The Ram. Etrange personnage que celui-là, celui qui a été au sommet et qui désormais semble tombé bien bas : seul, toujours à court d’argent, bossant en supermarché en semaine pour combler les trous. Et pourtant, bien que vieux, fatigué, et obligé de se doper aux médocs, il est le héros de matchs dans des petites salles le week-end.

C’est de là que vient mon histoire de super-héros, notre ami a comme qui dirait deux identités : celle du type complètement à la ramasse à qui personne ne prête attention, et celle du champion adulé. Etrange dichotomie entre les deux, qui prend fin le jour où sa carrière de catcheur doit prendre fin pour raisons de santé. Autant demander à un peintre de lâcher ses pinceaux, somme toute. Ce qui ne l’empêche pas d’essayer quand même d’être ce type qui n’est pas/plus « The Ram »… un temps au moins.

Je ne développe pas plus sur le sujet. La trame scénaristique est simple (et prévisible), mais ce n’est pas l’essentiel du film. Ce qui aurait pu être un film banal prend toute son importance par le personnage de The Ram, brillamment interprété par Mickey Rourke, suivi de très très près par la caméra (on retiendra surtout les racines de ses cheveux blonds décolorés vu le cadrage récurrent sur l’arrière de son crâne ^^), qui laisse difficilement indifférent.

D’une simplicité incroyable, avec des transitions entre les scènes parfois à la hache (dans le genre brut de décoffrage qui frappe et accroche), ce film est un sacré morceau. Printemps du cinéma ou pas, courrez-y.

samedi 14 mars 2009

Soupe (de) Vert(e)


Oyé, oyé !
Vous avez sous les yeux ma toute première soupe maison !

(oui parce que d’habitude c’est plutôt Liebig et confrères…)

Pour une fois j’ai décidé de recycler mes fanes de radis (parce que je suis une accro des radis, du coup ma poubelle déborde régulièrement de feuilles vertes) en une soupe. J’ai un peu mixé les recettes du site Marmiton recroisé à quelques vagues notions sur le sujet. Le résultat est encore un peu trop liquide, mais je suis fière d’avoir enfin trouver un usage au pied mixeur de mon robot-marie.

Recette approximative (pour une personne) :
- Fanes d’une botte de radis
- Beurre
- Cube de Bouillon de légume
Dans l’absolu si j’avais pas noyé mes fanes, un peu de crème fraîche n’aurait pas fait de mal, je testerai la prochaine fois.

Il suffit de laver les fanes à l’eau vinaigrée, puis de les faire revenir dans le beurre. Ensuite, vous recouvrez ça d’eau avec le bouillon de légume, et au bout d’un temps indéterminé, vous mixez le tout. A y repenser je suis sûre que c'est comme ça qu'on fait les épinards, toutes proportions gardées...

Vous noterez la précision de la recette, dans le genre impro je me dépasse, surtout dans la mesure où le résultat est comestible et bon qui plus est. Ca a drôlement plus de goût que les soupes "vertes" habituelles qu'on trouve dans le commerce...

jeudi 5 mars 2009

Watchmen – Comic & Film

Bon si je n’étais pas une flemmarde invétérée (accessoirement en train de finir pour une énième fois Kotor 1er du nom à ses heures perdues), vous auriez eu un joli papier sur le roman graphique, et autant sur le film, mais bon, finalement, les deux s’emboîtant aussi parfaitement que la dernière pièce dans le puzzle de 1000 pièces, vous aurez un 2 en 1.

Le comic original par Alan Moore et Dave Gibbons



A l’origine, Watchmen, c’est un comic, ou un roman graphique, selon votre terme favori. Je nage un peu dans les définitions, mais j’avoue que pour une fois, le terme de « roman graphique » me semble tout adapté tant on a affaire à un volume, dense, riche, difficile à lire, avec énormément d’éléments à assimiler et la nécessité fréquente de faire des retours en arrière…

Si vous aimez les métaphores, pour vous faire une idée, lire Watchmen, c’est un peu comme partir en randonnée en montagne par temps de brouillard. On sue pendant les ¾ du trajet sans rien voir du paysage, on s’égare, on consulte la carte, puis tout à coup on passe par-dessus la couche de brouillard, tout devient clair et lumineux, et on est béat devant le spectacle.

Pour reprendre le résumé bateau de l’œuvre, en pleine période de guerre froide, dans un univers uchronique où l’Amérique a gagné la guerre du Vietnam et où Nixon attaque un énième mandat présidentiel, d’anciens super-héros interdits d’exercice depuis quelques années, sortent de l’ombre suite à l’assassinat d’un des leurs.

Cet aperçu est vague et ne dit pas grand-chose de l’ouvrage, mais je n’ai guère envie de développer plus. C’est un tel plaisir que de découvrir ce qui se cache derrière ce résumé que je trouverais dommage de vous en révéler plus.

Alan Moore reprend en effet le mythe des super-héros à sa sauce, ce qui donne un résultat loin, très loin des sentiers battus, incroyablement prenant, et qui ne laisse pas indifférent. Le casting, d’abord, est de choix : les personnages, loin des stéréotypes d’usage sont hauts en couleur et en caractère, bourrés de défauts et de névroses, et qui ont, pour certains, le don de susciter simultanément répulsion et attraction.

Et comme si ça ne suffisait pas, l’histoire est assez énorme, loin des conventions habituelles du genre. Et à croire qu’elle n’aurait pas été assez bien narrée de façon linéaire, Alan Moore se paye le luxe d’une narration en puzzle, tout en allers et retours entre le passé et le présent, entre les différents personnages, selon le chapitre, et parfois au sein d’un même chapitre, voir d’une même case… mais ça n’a rien de chaotique pour autant.

Quant au dessin, même s’il est un peu gueulard sur les bords coté couleur (ça date des années 80 quand même), il reste très bon, et accompagne très bien le texte. D’après ce que j’ai lu, parait que la traduction actuelle dénature le texte original, menfin ça ne se ressent pas trop à la lecture… et pour une fois, je n’irais pas m’enfiler la version anglaise pour vérifier, je ne suis pas folle ^^.

Bref, ce comic/roman graphique est qualifié de chef d’œuvre, et à juste titre. Difficile de trouver un équivalent en terme d’histoire, de réflexion, de personnages… et étant donné qu’on trouve une édition complète à 15 euros désormais, pas la peine de faire l’impasse, c’est le genre de livre que tout le monde devrait avoir dans sa bibliothèque !

(Et pour l'anecdocte débile de fan en passant, l'auteur remercie Gaiman en intro ^^)

La version cinéma de Zack Snyder



A coté de ça, si vous avez raté que l’adaptation ciné était sortie mercredi, c’est que vous avez passé les derniers mois au fond du Népal. Ma lecture encore fraîche en tête, je suis donc allée voir ce que ça pouvait donner sur grand écran, après avoir vu une bande-annonce de bon augure (attirante sans avoir lu le livre, et dont les scènes étaient aisément identifiables pour le lecteur averti, plutôt un bon mélange…).

Bref, à l’image du comic, ce film sort des sentiers battus, déjà par sa durée : pratiquement 3h, et encore il y a eu des coupes ! Par ailleurs, à ceux qui pensaient voir là un film de super-héros classique, oubliez de suite, ça n’y ressemble pas. La seule concession au genre est encore dans les scènes de baston plus développée que dans le livre…

Ce qui est très étonnant pour un morceau pareil, c’est l’extraordinaire fidélité du film au livre. L’intrigue, l’époque, les personnages, tout s’y retrouve. Et même –ça ne surprendra guère vu qu’on a affaire au réalisateur de 300-, les dialogues, certains plans, et la ligne narrative pour sa plus grande partie.

Le comic violent et adulte reste ce qu’il est à l’écran. Même la fin reste ce qu’elle est (anti-hollywoodienne au possible), à quelques détails près, des informations révélées plus tôt et des répliques qui changent de bouche…

Le film est donc à l’image du comic : on nage en plein brouillard pendant un bon moment, puis c’est la lumière… sauf si on a lu le roman graphique, dans ce cas, c’est comme une relecture éclairée, hautement agréable.

L’ambiance est très chouette : les années 80 rétro futuristes dans une ville bien glauque sont très bien rendues, et on plonge dans cette atmosphère poisseuse de fin du monde. La bande-son est particulièrement agréable, surtout en ce qui concerne le cocktail de chansons qu’elle brasse.

Le point d’orgue du film, au passage, c’est définitivement le générique, sorte de rétrospective qui couvre l’histoire de cet univers depuis la création des Minutemen (ancêtres des Watchmen dans les années 30) jusqu’à aujourd’hui. Un véritable bijou.

En fait, s’il fallait trouver un défaut à ce film, c’est qu’à être tellement fidèle et respectueux (à l’exception des batailles qui portent la griffe du réalisateur et non d’Alan Moore), il s’efface complètement face à l’œuvre originelle. Certes, pour un puriste, ça pourrait être une qualité, mais dans le fond, ça rend le film un peu obsolète pour qui a lu le comic.

On passe un très bon moment, mais à la sortie, on se retrouve vite à repenser au comic, et non au film, qui n’apporte rien de plus. Ca ne m’empêchera pas de le revoir, mais contrairement à certaines adaptations, celle-là n’appelle pas à y revenir… Mais bon, c’est aussi parce que j’aime les adaptations cinéma qui savent à la fois garder l’essence d’un livre tout en prenant leurs distances…

Juste en note de fin, à l’image du comic, le film, bien qu’uniquement interdit aux moins de 12 ans en France, est quand même très adulte, pas uniquement dans les scènes de baston parfois bien hard, mais aussi dans son ton et dans certains sujets qu’il traite. Peut-être que je suis hypersensible, mais bon, j’avoue que la faiblesse de l’avertissement en regard du film m’a un peu perturbé…

lundi 2 mars 2009

Jours de lumière, nuits de guerre – Clive Barker (Abarat 2)


Excusez le retard de mise à jour, j’avoue n’avoir guère trouvé la motivation d’écrire ces temps-ci, mais me voilà de retour, avec en bonus un bon gros mois de lecture à vous offrir en guise de rattrapage… si je tiens mes promesses, d’ici la fin de la semaine, vous devriez me haïr ^^.

Si je reprends l’épisode précédent, nous étions partis voir le magicien d’Oz, transition parfaite pour enchaîner sur le deuxième tome d’Abarat, signé – et illustré une fois de plus- par Clive Barker. Pour ceux qui veulent le début, c’est par ici (et puis parait que ça améliore le référencement de faire des liens *siffle*).

Le tome 2 se place dans la lignée du premier : si vous avez adoré le 1, le 2 vous fascinera, dans le cas contraire… on va considérer que c’est juste un manque de goût flagrant ! Il est en effet difficile de ne pas tomber sous le charme de l’univers de Clive Barker, monde magique original qui se démarque de ce à quoi on a l’habitude. Un univers où le temps est une notion de lieu, où les créatures sont toutes plus étranges les unes que les autres, où chaque île recèle monstres et merveilles en tout genre…

En toute honnêteté, l’histoire de Candy Quackenbush est juste un bon prétexte pour découvrir tout ça, d’autant plus qu’au début du tome 2, elle se contente de visiter avec Malingo les différentes îles, tout en feuilletant un almanach-guide touristique. Rares sont les visites touristiques lues aussi passionnantes.

Et puis, quand l’histoire reprend (assez vite), on accroche très vite aux courses-poursuites, aux échanges, aux batailles, et de manière générale à une trame fourmillante de détails et de rebonds en tout genre (bien qu’on en sente venir certains mais le plaisir est dans le voyage, pas dans la destination, alors on s’en fiche… ah oui d’ailleurs faites pas comme moi et ma mauvaise habitude, ne lisez pas la fin xD).

Abarat est souvent comparé au Magicien d’Oz, et à raison, c’est l’œuvre qui s’en approche le plus. Mais un magicien d’Oz plus sérieux et plus sombre. Un magicien d’Oz plus riche, plus grand, plus coloré. Bref un magicien d’Oz plus qu’amélioré dans lequel on plonge facilement, même après avoir oublié une bonne partie du tome 1 (pas grave, la narration revient souvent sur les évènements passés).

Et puis, ce charmant roman est porté par une écriture prenante, si bien qu’on a plaisir à lire les incroyables descriptions, et par ailleurs, par ses merveilleuses, magnifiques, grandioses illustrations, souvent une page sur deux, du petit motif incrusté à la double page… c’est un travail énorme qui accompagne parfaitement le texte… et rendrait parfaitement justifiable d’investir dans le grand format…

Mais bon, compte en banque oblige, on se contentera du poche, qui pour son prix offre tout de même un sacrément bel ouvrage… accessoirement, il s’agit d’un tome 2 dans un cycle prévu de 5 tomes, dont le tome 3 (Absolute Midnight) est encore à attendre, même en VO… néanmoins, quand on voit le travail de titan que ça doit représenter, pas de quoi tenir rancune à l’auteur ^^.