lundi 28 novembre 2016

Le retour du roi [nouvelle traduction] – J.R.R. Tolkien


Après m’être jetée sur les deux premiers volumes de la nouvelle traduction (ici et ), j’ai pris mon temps avant de me procurer la conclusion. En effet, une fois cet ultime volume relu, quand trouverais-je un nouveau prétexte pour me replonger dans cette saga qui m’accompagne depuis seize ans ?

Difficile de ne pas répéter pour Le retour du roi ce que j’avais déjà dit pour La Fraternité de l’Anneau et pour Les deux tours : cette nouvelle traduction signée Daniel Lauzon vient considérablement rafraichir et alléger cette grande aventure, la rendant mille fois plus fluide et mille fois plus agréable à lire.

Chose importante également, cette nouvelle traduction colle moins aux mots pour mieux se soucier du rythme, si bien que sous le Tolkien créateur d’univers, on a enfin l’occasion de découvrir le Tolkien écrivain, au style légèrement archaïque mais souvent très chantant (ce qui n’était guère perceptible auparavant à moins de lire en VO).

Voilà un exemple, un passage qui ne m’avait jamais particulièrement marquée mais qui m’a pratiquement sauté au visage lors de ma relecture :
Version anglaise : « He knew in the core of his heart that he was not large enough to bear such a burden, even if such visions were not a mere cheat to betray him. The one small garden of a free gardener was all his need and due, not a garden swollen to a realm ; his own hands to use, not the hands of others to command. »
Traduction de Francis Ledoux : « Il savait au fond de son cœur qu'il n'était pas de taille à porter pareil fardeau, même si de telles visions n'étaient pas un leurre destiné à le tromper. Le seul petit jardin d'un jardinier libre répondait à son besoin et à son dû, et non pas un jardin enflé aux dimensions d'un royaume ; il devait se servir de ses propres mains et non commander à celles des autres. »
Traduction de Daniel Lauzon : « Il savait, en son for intérieur, qu'il n'était pas de taille à supporter un tel fardeau, en supposant que ces visions ne soient pas un simple leurre. Un tout petit jardin, celui d'un jardinier libre, tel était son unique besoin et son seul dû, non un jardin érigé en royaume ; travailler de ses propres mains et non commander celles des autres. »
La retraduction des noms fera bien sûr toujours débat (preuve que tout n’était pas à jeter dans la traduction de Francis Ledoux, bien au contraire), mais elle a le mérite de respecter les consignes de Tolkien, et au final c’est un prix fort faible à payer pour un formidable travail d’harmonisation qui évite notamment de voir des personnages changer de nom entre Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux.

C’est donc avec un grand plaisir que j’ai pour ma part revécu le siège de Minas Tirith, la chevauchée des Rohirrim et la traversée du Mordor par Frodo et Sam. J’ai été une fois de plus emportée par le caractère épique de cette aventure (qui n’est jamais que la partie émergée de l’iceberg, l’infime conclusion de l’immense saga de la Terre du Milieu imaginée par Tolkien) mais aussi par ses moments parfois intimistes et paisibles, qui ne font pas forcément dans la surenchère de batailles (elles sont d’ailleurs fort brèves quand on les compare à celles de l’adaptation de Peter Jackson !).

Une fois l’histoire close, on peut également profiter d’appendices remis à jour (et harmonisés, je l’ignorais jusque-là mais ils n’ont pas été traduits par Francis Ledoux) qui permettent d’avoir un aperçu rapide mais néanmoins fort dense de tout l’univers derrière Le Seigneur des Anneaux. Il y a juste une jolie bourde graphique sur l’arbre généalogique de Sam mais j’imagine que cela sera corrigé pour les éditions ou tirages futurs.

Comme les tomes précédents, cette nouvelle traduction vient également avec son lot d’illustrations signées Alan Lee (toujours aussi belles) et ses cartes très pratiques pour suivre l’action. Je regrette toujours un peu que le milieu de la carte générale soit toujours difficilement lisible sans casser le dos du livre, mais comme il y a la carte détaillée du Gondor dans ce tome-ci, cela gêne moins.

Voilà pour le tour de cette nouvelle édition. Je ne vous ai pas vraiment parlé de l’histoire mais si vous voulez en savoir plus à ce sujet, je vous renvoie à un article précédent où je chroniquais la version anglaise.

Reste à répondre à la question que vous vous posez sans doute, à savoir est-ce que cette nouvelle traduction en vaut vraiment la peine, surtout quand on a déjà une ou deux éditions différentes chez soi ?

Pour les fans (comme moi quoi !), je pense qu’elle est indispensable, tout simplement, parce qu’on a enfin l’occasion de lire un texte unifié du Hobbit au Retour du Roi où l’on découvre et redécouvre des tas de choses.

Pour quelqu’un qui n’a jamais lu l’œuvre parce qu’il trouvait le style difficilement accessible, c’est je pense l’occasion rêvée de s’y mettre (et si ça ne passe pas avec la nouvelle traduction, ma foi au moins vous aurez tout essayé !).

Et pour toutes les personnes à mi-chemin entre le fan et le novice, c’est à vous de voir. A l’heure actuelle c’est une lecture qui demande un certain investissement (60 euros en papier, pas beaucoup moins en numérique hélas) mais qui peut avoir son intérêt si on n’avait pas d’édition illustrée ou si on a envie de faire une belle relecture. Mais on peut toujours attendre la sortie d’une belle intégrale ou le passage en poche (ce qui devrait arriver également à terme).

Pour ma part j’espère que maintenant que cet énorme chantier est achevé, on va pouvoir savourer soit la suite de l’Histoire de la Terre du Milieu, soit une version révisée du Silmarillion (entre deux parutions de textes inédits bien sûr !).

CITRIQ

13 commentaires:

Lorhkan a dit…

Pour moi, ce sera la version intégrale, en version "beau livre" chez Christian Bourgois (comme celle que j'ai acheté du Hobbit), je l'attends avec impatience.

En ensuite, autre chose que j'attends avec impatience (et beaucoup d'anxiété aussi je dois dire tant je considère cette oeuvre comme un joyau absolu), c'est la retraduction du Silmarillion.

Shaya a dit…

Et moi j'attends la version poche pour pouvoir lire la nouvelle trad, et la version illustrée complète pour la collection. #fangirl

Nathalie L. a dit…

L'exemple que tu donnes est très parlant concernant la différence entre les deux traductions, en effet !

Elessar a dit…

J'attends aussi une version illustré en un volume pour m'y mettre. Vu que je n'ai pas de belle édition du seigneur des anneaux, ça sera l'occasion :)

Tigger Lilly a dit…

Passionnant !
Pareil j'attends une version illustrée :p

lutin82 a dit…

Dédié un article comme celui-ci à la nouvelle traduction est géniale. Cela montre à quel point ce travail de l'ombre est crucial dans l'appréciation d'une oeuvre.
Avec les éléments que tu donnes j'ai très envie de ma replongée dans la Contrée.

Vert a dit…

@Lorhkan
Je l'attends moi aussi (ceci dit avec les derniers tomes de l'Histoire de la Terre du Milieu tu as déjà accès à des version assez abouties et bien traduites... mais fragmentaires parfois ^^).

@Shaya
Oulà c'est pas pour tout de suite alors...

@Nathalie
Imagine tout le livre comme ça...

@Elessar & Tigger Lilly
Bon courage pour la relecture avec un gros pavé (je sais de quoi je parle, j'ai déjà essayé xD)

@lutin82
Je te souhaite de succomber et de replonger alors (c'est le Comté maintenant d'ailleurs :D).

Fánaríë a dit…

Je peux enfin me lancer dans la lecture maintenant que tout est sorti.
Et j'apprécie enfin d'avoir l'intégralité des indexes dans une versions françaises.

Alys a dit…

Youpi youpi ya. C'est très intéressant tout ça.

Vert a dit…

@Fánaríë
Tu veux parler des appendices ? Pour l'index complet il faudra attendre l'édition complète en un volume par contre.

@Alys
Ah ah, du coup tu as envie de le lire en VF hein ? :D

Alys a dit…

Haha! Ça pourrait être intéressant pour faire une étude comparative vu que je l'ai lu en italien et en anglais! Mais bon pas le temps, Tolkien inégalable, tout ça!!

Ksidraconis a dit…

Je n'ai pas non plus de belle édition du Seigneur des anneaux, c'est peut être l'occasion, et un bon prétexte pour relire la saga ! Ca donne envie en tous cas. L'année dernière j'y pensais pour ma maman, mais finalement ce sera peut être plutôt pour moi d'abord XD (mais je lui prêterai bien sûr :p)

Vert a dit…

@Ksidraconis
Je comprends tout à fait, il faut que tu t'assures de la qualité du travail après tout ;)